Petits arrangements au Kurdistan

Nouvelles révélations sur Bernard Kouchner
lundi 16 février 2009
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Après le Gabon, le Kurdistan irakien. En juin, le ministre a refourgué aux autorités de ce pays un vague contrat d’expertise médical. Avec 275 466 euros à la clé et ses copains à la caisse.

Par Nicolas Beau & Xavier Monnier

Ministre des Factures Etrangères, Bernard Kouchner se défend de tout mélange des genres entre son ancien boulot de consultant, sa casquette de ministre des Affaires Etrangères et son toujours actuel statut de gérant de société. Son très subtil avocat, Georges Kiejman, explique qu’il n’existe aucune preuve « du fait que Kouchner, étant devenu ministre, aurait réalisé n’importe quel rapport pour le compte de n’importe quel État étranger » Dont acte !

Amitié, quand tu nous tiens !

Mais nous sommes en mesure de révéler que Kouchner, devenu ministre, a fait conclure au Quai d’Orsay un très gros contrat de santé publique au Kurdistan irakien au profit de ses proches amis. Et quel contrat ! Vingt-cinq jours de présence pour 275 466 euros. Dont des per diem de 1 150 euros par jour et par expert, deux fois plus que les tarifs conseillés par la Banque Mondiale (820 dollars, soit 630 euros).

Le tout pour organiser une vague conférence en avril 2009, avec aux commandes un ancien de ses conseillers à la Santé et ex patron de Médecins du Monde, Patrick Aeberhard [1].

Détail amusant, ce médecin a été nommé professeur à Paris VIII par l’ancien président de la fac et grand ami de Kouchner, Pierre Lunel. Lequel Lunel appartient aujourd’hui au cabinet du ministre, malgré l’instruction dont il fait l’objet au tribunal de Bobigny. Les soupçons de la justice portent sur le mélange des genres dont ce pote du ministre se serait rendu coupable à la tète de Paris-VIII en organisant…de bien étranges missions médicales et culturelles.

Dans l’entourage de Kouchner, l’expertise médicale est devenu une seconde nature !

Échappées belles et … juteuses

A Erbil, capitale du Kurdistan irakien, se nouent apparemment de juteuses affaires. Ilot de tranquillité dans une zone en feu, cette jolie province est le passage obligé d’une bonne part du commerce entre l’Irak et son grand voisin turc. Voici une situation privilégiée et fort rentable, qu’il serait bien benêt de ne pas exploiter. Les Américains et les Russes exploitent le filon depuis des années.

L’ami Bernard n’est pas un perdreau de l’année à Erbil. L’ancien French Doctor y a posé sa mallette humanitaire en septembre 1974, pour dénoncer le le massacre des Kurdes par Saddam Hussein C’était il y a bien longtemps…

Le 2 juin dernier, le ministre est revenu au Kurdistan pour inaugurer l’antenne locale de l’ambassade de France en Irak. Le Quai d’Orsay ferme des postes partout à travers le monde ; mais Kouchner en ouvre en terre kurde et nomme comme consul son vieux pote Frédéric Tissot, lui aussi survivant de Médecin du monde. Et cette nomination vaut de l’or. Ce veinard de Tissot [2] est nommé au tour extérieur avec rang de ministre plénipotentiaire, un statut équivalant à l’ambassadeur de France à Bagdad, le risque en moins. Soit plus de 20000 euros par mois.

Une facture qui pèse lourd

Incorrigible, le ministre des Affaires Etrangères n’a pu s’empêcher, durant son escale kurde, de proposer au gouvernement local une mission d’expertise en Santé publique. Après le Congo, le Niger, le Gabon…le Kurdistan. « C’était hallucinant, se rappelle un diplomate occidental qui a assisté à la visite, le projet d’une mission sur la santé est le premier sujet, dont il a parlé avec Barzani (le Premier ministre kurde-NDR : et non Talabani comme honteusement écrit auparavant) et Yones (son ministre de la Santé »).

Dès son retour à Paris, le ministre et son cabinet multiplient les notes pour que le projet se fasse vite. Le contrat transite par France Coopération Internationale (FCI), [3] et cela le plus normalement du monde. Ce qui l’est moins, c’est que le cout de la mission, presque 300000 euros, est hors norme. Quant la facture elle même, que Bakchich a consultée, elle tient en une modeste page aux intitulés vagues.

Autre surprise, l’opération est entièrement à la charge des Kurdes. De l’inédit, dans les contrats passés en matière coopération avec des pays étrangers. « Franchement, c’est une première », note un coopérant.

Une véritable épreuve de fonds

L’objectif de la mission est « la préparation d’un document de travail pour un plan national de Santé et d’organiser une conférence nationale sur ce sujet stratégique ». Cerise sur le gâteau, la conférence, précise un document de travail interne au Quai, pourrait être présidée par Kouchner lui-même. Du moins s’il est encore ministre !

Vaste programme, qui ne va pas sans préparatifs. Selon les sources irakiennes consultées par Bakchich, les experts vont mettre la main à la pâte. Trois d’entre eux passent deux semaines à Erbil, puis une escouade de quatre spécialistes bat la campagne kurde pendant dix jours.

Heureusement, l’affaire reste entre de bonnes mains. L’ancien président de Médecins du Monde et ex- conseiller de Kouchner au secrétariat d’Etat à la Santé, Patrick Aeberhard, pilotera l’opération et doit même passer cinq jours sur place ! Mais son défraiement, au grand étonnement des officiels kurdes, n’a pas été budgétisé. Sans doute un oubli. Les consignes du ministre, relayés par son conseiller Moyen Orient Christophe Bigot, avaient pourtant été limpides. L’ordre écrit avait été donné, sitôt Kouchner rentré du Kurdistan, d’apporter tout l’aide matérielle au Professeur Aeberhard, notamment les frais de mission.

Gare aux maraudeurs

Du 22 au 25 février prochain, une mission économico-politique, forte d’une dizaines de parlementaires et de représentants de grandes entreprises françaises, dont Veolia, devait se rendre à Erbil, à l’invite des autorités kurdes. Hélas, le député UMP, Thierry Mariani, le gentil organisateur du voyage, a reçu, mercredi 4 février, une lettre d’annulation. Avec un mot d’excuses, prétextant les élections à venir.

Dès que la rumeur d’une mission parlementaire, début janvier, a été évoquée dans les milieux dits « « autorisés » », le consul Tissot est entré en résistance. « Il semble qu’il ne voyait pas ce projet d’un bon œil, comme si on voulait lui voler son gâteau », explique un proche de Mariani. « Sitôt qu’un émissaire se pointait pour rencontrer les officiels, raconte un diplomate, il lui collait aux basques et squattait presque tous ses déjeuners ».

6 000 euros et pas de charges

Avec ses factures africaines et ses diverses missions de consultant, Bernard Kouchner assure avoir, durant trois ans, touché un « peu plus 6000 euros par mois après impôts ». Après impôts peut-être, mais sans charges sociales, à en croire les comptes de BK conseils exhumés par Bakchich (voir document). Les lignes charges sociales, salaires et traitement se révèlent totalement vierge. Malin Bernard Kouchner s’est rémunéré en dividendes, ce qui évite de cotiser à la sécurité sociale et autres organismes (hors de la CSG). Et c’est tout bénéf’ pour l’ami Nanard qui bénéficie déjà de la sécurité sociale des anciens députés et des ex ministres. Prodigue en conseil sur la santé publique, le ministre des Affaires Etrangères se révèle moins compétent en matière de comblement du trou de la sécu…Rien d’illégal certes, mais un peu amoral…

Comme on peut le voir sur cet extrait de comptes, BK conseils est vierge de charges…

Quand, fin janvier, la mission Mariani adresse directement un courrier aux services du Premier ministre kurde pour dévoiler son programme, le consul sur place explique à ses interlocuteurs kurdes que « C’est un faux ». Les Kurdes s’étonnent. Sondent leurs différents émissaires à Paris. Un nouveau courrier est envoyé, via le Quai cette fois. Trop tard. Les Kurdes ont préféré annuler la mission.

Les humanitaires ont remporté la première manche. Pour combien de temps encore ?

bakchich.info


[1contacté, le professeur ne nous a pas encore répondu

[2« compagnon de route de Bernard Kouchner, dirigera bientôt la première représentation diplomatique de la France à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien. Un peuple pour lequel il s’est longtemps battu en tant que médecin puis diplomate, en 1989, lors de l’évacuation en France des Kurdes fuyant Saddam Hussein. » décrit Le Monde 2 du 27 septembre 2007

[3une agence officielle contactée FCI n’a pas encore répondu à nos sollicitations


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