Quelle stratégie pour le secteur santé protection sociale ?

lundi 15 décembre 2008
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Par Bernard Teper

Depuis que nous avons conscience de la stratégie des néolibéraux qui priorisent les attaques contre le secteur de la santé et de la protection sociale depuis de nombreuses années, depuis que nous savons que le processus de marchandisation et de privatisation de ce secteur est largement engagé, depuis que nous connaissons l’importance de ce secteur comme premier budget humain [1], depuis que nous voyons la prolifération des mobilisations locales regroupant toutes les couches de la société à commencer par les couches populaires(ouvriers ,employés), nous devons affiner notre stratégie.

D’autant plus que monsieur Denis Kessler, ex-numéro 2 du MEDEF, ex-président de la FFSA (structure patronale regroupant les multinationales de l’assurance) et actuel président de la SCOR (premier réassureur européen) a défini dans la revue Challenges le 4 octobre 2007 la principale caractéristique de la politique sarkoziste. Il a déclaré : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Si nous devons théoriser tous les combats, si nous devons globaliser tous les combats, il est néanmoins nécessaire dans le temps actuel (cela pourrait changer ultérieurement) de prioriser, nous aussi cette lutte et de ne pas trop se disperser devant la stratégie sarkoziste visant justement à disperser les forces antilibérales alors qu’eux ont bien défini leurs priorités. On le voit avec la crise, alors que les néolibéraux renationalisent certaines banques de par le monde, que probablement, ils vont retarder l’ouverture du capital de la Poste, ils continuent de vouloir passer en force pour la santé et la protection sociale. C’est bien la preuve d’une priorisation dans leurs attaques.

Où en sommes-nous ? Nous avons organisé un travail en commun entre trois collectifs nationaux :
- le Collectif national contre les franchises, pour l’accès aux soins partout et pour tous, et pour une sécurité sociale solidaire (Collectif regroupant 70 organisations associatives, syndicales, mutualistes et politiques et qui est organisé avec près de 60 comités locaux)
- la Coordination nationale des collectifs de défense des hôpitaux et maternités de proximité
- la Convergence nationale des collectifs de défense et de promotion des services publics.

Les retombées médiatiques des actions locales deviennent de plus en plus fréquentes et nous sommes en train de constituer de belles revues de presse. Preuve que la « mayonnaise » prend dans de plus en plus de localités et de territoires.
Mais la stratégie à front large marque le pas. Pourquoi ?

L’importance financière de ce secteur pour les néolibéraux est telle que le patronat et la droite néolibérale ont mis au point des stratégies pour diviser tant le mouvement syndical, que le mouvement mutualiste ou encore les partis politiques de gauche. C’est pour cela que malgré l’extension des actions locales de mobilisation, la convergence nationale des luttes n’a toujours pas été possible alors qu’elle a commencé sur l’école ou la poste par exemple.

Nous sommes donc à un tournant de notre lutte. Soit nous cédons sur la nécessité d’une stratégie à front large et nous décidons d’engager des actions nationales avec un front étroit et limité et nous faisons du témoignage sans créer le rapport de force nécessaire, soit nous engageons de vigoureuses campagnes d’éducation populaire tourné vers l’action, pour informer les usagers de la santé et de la sécurité sociale pour qu’ils prennent leurs responsabilités, pour former les militants de tous types d’ organisations dans cette nouvelle forme de lutte afin que ceux-ci puissent agir dans leurs organisations respectives pour réussir dans un deuxième temps la stratégie à front large qui est nécessaire pour gagner.

Cette deuxième stratégie, que je préconise, est largement démarrée. Plusieurs dizaines de structures locales des trois collectifs nationaux ou de regroupement d’organisations du Collectif national, ont engagé cette stratégie complémentaire aux actions de mobilisation habituelles. Bien que chaque structure locale mène sa lutte comme il l’entend, on peut aujourd’hui donner une indication sur un schéma théorique de campagne d’éducation populaire locale tourné vers l’action que chaque comité local adapte comme il l’entend. Le processus démarre par une réunion publique (initiée par un collectif le plus large possible) dans une grande agglomération sur une présentation éducation populaire d’une heure, une heure et quart de la situation actuelle, du processus engagé par les néolibéraux dans ce secteur, de l’analyse que nous pouvons en faire dans le cadre de la globalisation financière et de la crise, des solutions alternatives que nous pouvons présenter et des nécessités d’une mobilisation convergente. Ce type de réunion publique a jusqu’ici regroupé de 50 à 400 personnes dans chaque localité ou elle a eu lieu. Puis, nous passons à un stage de formation de militants locaux (sur trois demis journées d’un week-end) pour que ceux-ci puissent refaire cette présentation dans tous les cantons du département ou de l’arrondissement considéré. Comme cette stratégie se développe, nous allons avoir besoin de nouveaux orateurs et il serait très sain que ceux-ci puissent émaner de chaque organisation ou de chaque collectif national. Pour cela, nous avons besoin de nous rencontrer dans une réunion ad hoc pour en débattre.

Je serais heureux de pouvoir en discuter avec les camarades volontaires.

ufal.info


[1Si le budget de l’Etat, tous ministères confondus, est de moins de 300 milliards d’euros, le budget de la Sécurité sociale (santé et assurance-maladie, retraites, famille et accidents du travail et maladies professionnelles) est de plus de 420 milliards d’euros. Quand à la protection sociale (Sécu, assurance-chômage, politique du handicap, personnes âgées, etc.), il est de près de 540 milliards d’euros


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