Misère de la charité

lundi 8 décembre 2008
popularité : 2%

« Si dans 10 ans on existe encore, ça voudra dire qu’on aura perdu », disait Coluche en 1985. Vingt-trois ans après, les Restos du cœur non seulement sont toujours là, mais fleurissent un peu partout comme, paradoxalement, la misère qui leur permet d’exister et de se développer.

Par Mohamed Belaali

Chaque année, des millions de repas sont distribués par des bénévoles dévoués et sincères à des centaines de milliers de pauvres sans parler des milliers de bébés aidés par des « Restos et points Bébés du cœur ». Ces chiffres sont en augmentation constante. Il s’agit d’une véritable institution aimée par les grands médias et aidée par l’État. Mais c’est aussi et surtout le miroir d’une société qui célèbre, presque dans la joie, année après année la détresse et la souffrance humaine.

Des hommes et des femmes attendent sagement alignés derrière une ligne imaginaire, souvent dans le froid et sous la pluie, de recevoir leurs colis alimentaires dans l’indifférence quasi générale. Qui sont-ils ? Ce sont des femmes seules avec ou sans enfants, retraités avec pension de misère, jeunes précaires, travailleurs pauvres, personnes en fin de droit, Rmistes, bénéficiaires des minima sociaux, agriculteurs, SDF, etc. etc. L’afflux massif de retraités aux Restos montre à quel point les pensions sont insuffisantes pour vivre et mourir dignement.

Des hommes et des femmes pauvres dans un pays riche ! Des hommes et des femmes broyés par la machine infernale de l’économie de marché ! Une économie qui produit sans trêve richesse pour les uns et misère pour les autres. Cette misère plonge donc ses racines dans cette recherche sans limites du profit.

De la gestion des situations provisoires, les Restos se sont transformés, sous la pression du chômage et de la précarité, en une véritable institution condamnée à durer et à se développer. Leur sort est intimement lié au capitalisme. La crise de celui-ci va leur envoyer des bataillons entiers de laissés-pour-compte : «  avant même le démarrage de la campagne, les inscriptions sont en hausse de 5 à 10% par rapport à l’année dernière » [1] déclarait Olivier Berthe, président de l’association. Les Restos du cœur, comme d’ailleurs toutes les associations caritatives, ont un «  bel » avenir devant eux !

Ces aspects de la charité sont souvent ignorés par les grands médias notamment la télévision. Les images qu’elle diffuse tendent à occulter les véritables causes de la misère. Par contre, les concerts, spectacles et autres show organisés en faveur des Restos, eux, sont bien montrés. Artistes, sportifs de haut niveau, hommes et femmes politiques…bref, tout ce beau monde est ainsi mobilisé et projeté régulièrement sur la scène médiatique. Cette médiatisation à outrance de la charité permet de mieux exploiter la générosité des bénévoles et des citoyens et d’éviter du même coup tout travail de réflexion sur les racines politiques et économiques de la misère. Cela permet également à l’Etat de se décharger sur les associations caritatives et de remplacer les prestations fondées sur le droit par la charité et la morale avec tous ses préjugés et toutes ses culpabilisations. L’Etat, par le biais de la loi Coluche, offre aux généreux donateurs une réduction d’impôt égale à 75 % du montant du don. Un manque à gagner qui aurait pu contribuer par exemple à la construction des logements sociaux dont les familles et leurs enfants qui errent dans les rues par milliers ont tant besoin. Dans son projet de loi de finances pour 2009, le gouvernement prévoit une baisse de 30 % des crédits alloués à la construction des logements sociaux ; consacrant par là son désengagement de la politique du logement social au moment même où il fait beaucoup de bruit avec le droit au logement opposable.

Les riches, eux, peuvent se donner bonne conscience à peu de frais en jetant quelques miettes aux plus démunis qui doivent de surcroît se courber pour les ramasser. Cette forme de violence sociale, soigneusement masquée par l’idéologie dominante, reste invisible.

L’Histoire nous enseigne que les avancées sociales, petites et grandes, n’ont jamais été données par générosité ou par charité, mais toujours arrachées de haute lutte.

legrandsoir.info



Commentaires

Logo de krop
Misère de la charité
lundi 8 décembre 2008 à 22h11 - par  krop

déjà là honte ! après la charité ;ensuite la peur ! et l’enfance qui nous conduits dans Un maelström de bêtises subit...deS
gents sans "miroirs" qui se regarde à travers les ""AUTRE""s !

Site web :  les ""AUTRE""s
Logo de Gilles LECOQ
Misère de la charité
lundi 8 décembre 2008 à 07h52 - par  Gilles LECOQ

Bonjour,

La médiatisation de la Misère entame sa Saison d’Hiver !!!
A nous les "bons et beaux" reportages, juste larmoyants comme il faut, sur ces milliers de bénévoles qui tentent de venir en aide à de plus pauvres qu’eux, jolis effets de caméras sur des visages burinés par le vent et la pluie, dans des files d’attente qui ne cessent de grandir un peu plus tous les ans, avec de temps à autre des déclarations soporifiques sur les difficultés d’approvisionnement actuelles de ces ONG, Restos du Coeur, Emmaus, Secours Catholique, etc...

Les mêmes variantes nous sont également proposées sur les victimes de la saison, les SDF qui crèvent en bas de nos immeubles, et tout passe, le reportage suivant nous faisant découvrir l’ouverture des stations de sports d’hiver, ou bien le dernier truc à la mode chez les peoples !!!
La bonne conscience journalistique se fait ainsi de cette manière, sans jamais effleuré en profondeur le pourquoi réelle de cette situation, la Crise, une fois de plus,jouant son rôle tout trouvé et pratique de dénominateur commun aux "tracasseries vitales et mortelles" de nos concitoyennes et concitoyens.
Le Grand Barnum en "prime", s’iouplaît, de TF1, chaîne choisie pour son obole plus importante que les chaînes publiques pour retransmettre ce "Grand Guignol", sans omettre les coupures de Pub, faut bien vivre, comme disait un commentateur sportif depuis passé sur M6, charité bien ordonnée commence par faire re-rentrer dans ses caisses ce que l’on "offre", et ce sera reparti pour une année de plus, avec le bilan de fin d’année, qui va encore exploser.

De ce que doit et devrait faire un État dit Démocratique pour enrayer définitivement ce fléau de mort et de misère dans ce Pays, un Coluche, justement manque cruellement en cette période de distribution généreuse aux Grands Patrons, de serrage de ceinture permanent chez les petits, ou on assiste à une redistribution des milliards d’Euros, empruntés tout de même à des banques, vers des Groupes Industriels qui se gavent de juteux dividendes sur le dos de ses ouvriers, jetés à la rue à cause de leurs incompétences ou de leurs plans de développement, donc prévus de longue date, plutôt que de faire un peu le ménage chez ces bénéficiaires de Royalties Sarkoziennes, et de piocher allègrement là ou se trouve la veine de l’or des escrocs en tout genre, les caisses de ces mêmes Sociétés.

Que l’on arrête de nous prendre pour des andouilles, quand un Pays au bord de la faillite trouve les ressources pour réinjecter de "l’argent frais" chez ceux qui n’en ont aucun besoin, par quel tour de magie va-t-on nous faire gober que les salaires et les minima sociaux ne peuvent être augmenter, seul et unique moyen de relancer le "Fameux Pouvoir d’Achat", si cher à notre "Bon St Nicolas", qui, par ailleurs, augmente le sien plus vite que ne diminue celui du reste de "sa" population, le budget élyséen de Sire Sarkozy, lui, ne connait pas la crise, la Cour et ses Courtisanes, Poules de Luxe par excellence, ne pouvant dignement se contenter des miettes d’un État en lambeau, mais ronger jusqu’à l’os par ces chantres du "Redressement Économique National".
G.Lecoq.

Logo de fleurdepat
mardi 30 décembre 2008 à 14h55 - par  fleurdepat

L’esclave sans son maître n’en est plus un ! L’exemple de Gandhi, la désobéissance civile, permet la liberté de penser, mais aussi de vivre autrement. Où en sommes-nous arrivés aujourd’hui que de garder de notre enfance que la dépendance ? Il existe aux quatre coins de France des villages, de petites villes, où des constructions d’autrefois croulent sous le lierre et sous le temps par faute d’entretien et parce qu’on est plus pressé de construire "moderne". Alors qu’en même temps, des milliers de gens dorment à même l’asphalte. Leur misère n’est pas de ne pas avoir à manger, de dormir dehors, mais d’être dépendants d’un lavage de cerveaux qui a fort bien fonctionné, les faisant regretter chaque jour le statut des forçats salariés (croulant sous les dettes, incapables d’avoir une vie familiale harmonieuse, obligés ou interdits, ainsi va leur vie). Comme chaque année aux périodes de fête, les grands et petits bourgeois font reluire leur conscience en distribuant aux restos du coeur et autres associations caritatives quelque menu fretin (surplus de pâtes, vieux jouets, vêtements usés, petits chèques).
La charité apporte la dépendance et la dépendance apporte la mort ; mort de l’esprit, mort de l’honneur, mort de la fierté, génocide de l’être. Les associations caritatives telles que les restos du coeur, l’armée du salut, le secours catholique, St Vincent de Paul, obligent les gens à produire moult paperasse (attestation RMI, preuve de SDF, carte d’identité, justificatifs de non-revenus) mettant à la porte ceux qui n’en pas tous les formulaires adéquats et livrant les sans-papiers (comme autrefois on livrait les juifs), rabaissant l’homme au rang de marchandise. Ce mal est si récurrent que les SDF et autres "marginaux" ne s’en remettent jamais. Trouver à manger, c’est toujours faisable, de quoi dormir aussi mais retrouver sa fierté face aux bourreaux économiques, étatiques et associatifs, jamais. Alors, oui c’est scandaleux, ces gens qui dorment dehors, il faut faire quelque chose... donnez !
Je refuse la tolérance, parce que dans tolérance il y a prétention, je refuse la charité parce que dans charité il y a condescendance. Je veux le partage, l’effort commun, l’insoumission à un Etat tyrannique et injuste. Si tous les hommes pensaient à eux en tant qu’homme libre et non en tant que citoyen d’un Etat, il n’y aurait pas de misère en France.
Lors de ce Noël 2008, j’ai proposé aux restos du coeur de Laval (Mayenne) d’organiser avec leur aide une soirée de Noël bretonne pour les SDF offrant cidre et crêpes mais il m’a été répondu "qu’on n’avait rien prévu pour Noël". On peut être laïc sans aller jusqu’au cynisme ! En désespoir de cause, j’ai voulu offrir aux restos du coeur la centaine de litres de cidre fermier que j’avais. Il m’a été répondu que les soixante km à faire (aller et retour) étaient trop pour eux, alors notre ami Coluche doit se retourner dans sa tombe. L’armée du salut contactée également nous a proposé d’aller trouver les enfants dans des foyers pour leur distribuer du cidre lorsque nous avons argué du fait qu’il s’agissait d’alcool et que les enfants n’étaient pas la cible bien désignée à cet effet, il nous a été répondu que "libre à nous de considérer le cidre comme un alcool" et que eux n’avaient rien prévu non plus pour Noël. Le secours populaire, lui non plus n’organisait rien, néanmoins, moins intransigeants que les autres, ils acceptent tout le monde avec ou sans papiers et sont harcelés par l’Etat à cause de cela. Alors de guerre lasse, nous avons pris nos bières dans un sac à dos le soir de Noël et sommes allés arpenter la gare et les parcs de Nantes, lieux de prédilection des clochards et sans-abris. Mais à notre grand étonnement, aucun sans-abris, ni à la gare ni dans les parcs. Assurément, les services communaux de nettoyage étaient passés avant. Je tiens pour gageure qu’après les fêtes, nos chers clochards refleuriront les parcs. Pourquoi faut-il qu’un Etat, un tiers s’occupe de ceux qui ont choisi un autre mode de vie parce qu’il ne voulait pas courber ? Les sans-abris et les clochards sont des âmes de poètes, de vagabonds, d’itinérants, ils voient la vie en kaléidoscope et les restrictions gouvernementales, sociales, morales les ont anéantis. La charité, c’est juste se donner bonne conscience. L’union fait toujours la force, qu’est-ce qui empêche ces milliers de gens de parcourir les campagnes, retapant de vieilles maisons de pierre, cultivant la terre, creusant des puits pour récolter l’eau ? Réponse : l’Etat et la charité = obligation et dépendance. Tout ce qui manque aux pauvres, c’est la fierté. Allons-nous les plaindre ou les aider à recouvrer la liberté par les voies de l’insurrection ?

Agenda

<<

2020

 

<<

Janvier

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Sans papiers

mardi 3 juillet 2007

Selon le quotidien O Globo, les autorités brésiliennes ont infligé une amende à la compagnie Alitalia pour avoir transporté deux voyageurs sans papiers, arrivés à Sao Paolo le 9 mai dernier.

Le premier, connu sous le nom de Benoît XVI, s’appelle Joseph Ratzinger.
Le second, Tarcisio Bertone, est secrétaire d’Etat du Vatican.
Ni l’un ni l’autre n’avait songé à emporter son passeport.
O Globo ne précise pas si les deux clients d’Alitalia avaient subi le contrôle de sécurité au départ de Rome.

Les photos montrent pourtant, très distinctement, un objet métallique assez volumineux, en forme de croix, sur la poitrine de l’un et de l’autre.
Il serait étonnant qu’à leur passage le portique n’ait pas sonné.
A-t-on procédé alors à une fouille manuelle ?
Les longues robes des deux voyageurs - blanche pour le premier, noire avec une ceinture rouge pour le deuxième - devaient bien cacher quelque livre subversif.

Peut-être même le plus subversif de tous : celui qui invite à aimer ses ennemis, tendre l’autre joue et accueillir l’étranger, même sans papiers.

Transmis par Linsay

rougemidi.org

Martin Hirsch a des absences...

mercredi 27 juin 2007

Reçu de Daniel Deriot

Mercredi après midi, près d’une centaine de familles de mal logés de PARIS ont envahi un amphithéatre du Conservatoire National des Arts et Métiers,ou se déroulait un colloque intitulé "travailleurs pauvres et action sociale : nouvelle question sociale ? de l’impensé vers l’action..."Le Haut Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, M.Martin HIRSCH aurait dû conclure cette rencontre, mais il ne s’est pas déplacé.

Alors que se terminait le quatrième mini forum de ce colloque organisé par l’École Supérieure de travail Social de PARIS, près d’une centaine de familles ont envahi un amphithéatre du C.N.AM (Paris 3éme) et ont déployé une banderole sur laquelle l’on pouvait lire "Mal logés en colère, non aux expulsions ". Les manifestants souhaitaient attirer l’attention de M.HIRSCH qui n’est autre que l’ancien président d’EMMAUS FRANCE sur les conditions de logement que rencontrent un nombre croissant d’habitants de l’Ile de France.

Le tout nouveau haut Commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté ne s’est pas déplacé, il devait conclure ce colloque de deux jours qui a regroupé des étudiants, des chercheurs et acteurs de l’action sociale autour des thèmes de la nouvelle pauvreté, de la valeur travail et de la construction du lien social... Les participants ont néanmoins mis à profit la fin de ces deux jours pour nouer des liens avec les familles en difficultés qui entendaient faire droit à leurs revendications avec une certaine détermination.