Entretien avec le Professeur Charles Sultan

samedi 8 novembre 2008
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Charles Sultan est Professeur en Endocrinologie Pédiatrique au CHU de Montpellier, chef du service d’hormonologie, responsable du groupe INSERM « Pathologie moléculaire des androgènes », représentant français du projet européen « Environnement et santé de l’homme ». Il a déjà rédigé plusieurs travaux pour des revues internationales et s’apprête à publier une étude dans Environmental Research sur les malformations génitales d’enfants d’agriculteurs suggérant un effet de perturbation hormonale du à une exposition aux pesticides. Charles Sultan est également membre du Conseil Scientifique du CRII-GEN et
conseiller scientifique auprès de l’Association Hhorages (victimes du distilbène).

Avez-vous été surpris que l’étude Greenpeace/WWF ait trouvé des substances chimiques synthétiques dans le sang du cordon ombilical ?

Plusieurs études précédentes ont montré la présence de substances chimiques de synthèse dans le sang d’hommes sains, je ne suis donc pas surpris. L’intérêt de vos recherches, c’est qu’en plus de cette présence, vous mettez en évidence la multiplicité de cette contamination
et surtout son intervention dès la période foetale.

Quels commentaires vous inspirent les conclusions du rapport ?

Je suis terriblement préoccupé. La présence de substances synthétiques dans le sang du cordon ombilical indique clairement que le placenta n’a pas joué son rôle de filtre. Ce fait est rendu possible par le caractère lipophile des substances incriminées. Trois éléments m’apparaissent particulièrement préoccupants.
Premièrement, la possibilité d’effets
additionnels ou synergiques de ce cocktail de substances chimiques. _ Deuxièmement, le foetus est un organisme en développement et par conséquent plus fragile aux agressions de son environnement, nous en avons fait la malheureuse expérience avec certains médicaments tels que le distilbène, et la croissance cellulaire exacerbe cette sensibilité.
Troisièmement, les mécanismes de détoxication ne sont pas matures chez le foetus.
Quatrièmement, ces données sont d’autant plus inquiétantes que tout au cours de son
développement l’enfant, puis l’adolescent sera au contact de perturbateurs endocriniens
environnementaux, à partir de l’air qu’il respire, de l’eau qu’il va boire et de certains fruits et
légumes contaminés par les pesticides.

Y a t-il de sérieuses possibilités que cette contamination provoque des impacts
sanitaires chez l’enfant ?

Cette contamination précoce est une empreinte presque indélébile pour l’individu car elle
s’accumule dans les tissus adipeux. Ce cocktail chimique peut avoir un impact potentiel
pluripotent sur le foetus en interférant avec les mécanismes de différenciation sexuelle, de
croissance foetale, de développement du cerveau et du système immunitaire. Si le lien entre
la contamination et les conséquences cliniques reste toujours à démontrer, les scientifiques
et les médecins ne manquent pas de données expérimentales indiquant les impacts de
substances chimiques sur le système endocrinien. Certaines sont capables de modifier
l’expression des gênes et par là provoquer le développement de cancers chez l’enfant, un
phénomène en pleine croissance. Une étude épidémiologique a récemment montré que le
cancer précoce des testicules a été multiplié par 4 sur les 15 dernières années en France.

Pourtant à lire certains responsables scientifiques, industriels ou politiques, il
s’agirait là d’un débat
« émotionnel » ?

Avec ce qualificatif d’« émotionnel », les lobbies et leurs porte-voix laissent entendre que ce
n’est pas une préoccupation scientifique, que cela relève du subjectif et de la manipulation
psychologique de l’opinion publique par certains acteurs comme les ONG. Il y a une école
« optimiste » qui se cache derrière l’argument que présence de substances n’est pas synonyme de maladies et que nous possédons des défenses, mais c’est une argumentation
fallacieuse qui nie les données expérimentales que la science confirme tous les jours. Il faut
dire que nous avons en France un lobby de l’industrie phytosanitaire tellement puissant qu’il
dénie la Charte de l’Environnement.

Y a t-il contradiction entre votre travail scientifique et vos préoccupations
citoyennes ?

Non, mes préoccupations citoyennes sont scientifiques, ce sont mes travaux qui les
inspirent. Des études sur l’exposition précoce au Fipronil (la substance active du Gaucho)
ont montré qu’elle pouvait faire chuter les hormones mâles de 20 à 30%. De quoi s’agit-il ?
Ce n’est pas un simple chiffre. Les hormones ont une action qualitative et quantitative sur le
développement du système nerveux. Quantitativement, cette perte hormonale se traduira par
des déficiences psychomotrices, qualitativement, c’est l’identité sexuelle de l’individu qui
risque d’être perturbée.

Que recommanderiez vous en terme de politiques publiques ?

Avant tout, la défense la plus rigoureuse du principe de précaution, qui assure la défense
des intérêts du citoyen contre les apprenti-sorciers. Ensuite, un moratoire d’utilisation des
pesticides et de tous les contaminants chimiques environnementaux, au même titre que les
AMM pour les médicaments. L’évaluation complète des 100 000 molécules sur le marché et
de leurs métabolites sur des modèles cellulaires est peut-être une vision utopiste mais ce
serait la voie à suivre. Et puis, il faudra réformer nos institutions de surveillance sanitaire,
dans le sens de la transparence et de la protection réelle de l’intérêt public. Aujourd’hui les
Agences tiennent des propos lénifiants, certainement pas à la hauteur des enjeux santé
publique.

Propos recueillis par Yannick Vicaire
2 septembre 2005


greenpeace.org


Commentaires

Entretien avec le Professeur Charles Sultan
mercredi 26 novembre 2008 à 17h57

Bonjour,
je souhaite savoir de quoi il s’agit précisement dans votre article.
Vous parlez du "fipronil (Matière active du Gaucho)" hors le gaucho ne contient pas de fipronil mais de l’imidaclopride.
Pouvez-vous mettre à jour votre article afin déviter cette confusion ? Et surtout de citer clairement si les études portent sur les deux substances (fipronil et imidaclopride).

Merci à vous.

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mercredi 14 janvier 2009 à 09h26 - par  agriculturepropre

Vous avez raison et c’est comme ça que par exemple le Pr Belpomme a été obligé de revenir sur ses déclarations sur la chlordécone et de s’excuser platement devant la commission parlementaire pour le tissu d’ânerie qu’il a communiqué.

Beaucoup de bruit, beaucoup de médias, mais le plus important pour les personnes c’est de savoir que ça fait "plouf dans l’eau". Et ça je ne l’admets pas parce que tous ces problèmes sont graves et nous devons trouver les vraies causes pour en déduire des solutions radicales.

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mardi 13 janvier 2009 à 19h31 - par  Michel Berthelot

Perte de temps, gain de temps, avancée, reculade, trop de pub, pas assez de com... Tout cela est bien confus, abscons et abstrus, pour le vulgum pecus, Monsieur !

L’important pour le citoyen lambda étant la recherche dans l’intérêt général et non pas la discorde, la mésentente, la médisance et les guéguerres d’ego entre chercheurs...

Ces querelles de chapelles et ces conflits de personnes étant également des pertes de temps et d’argent dont le contribuable fait les frais !

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mardi 13 janvier 2009 à 11h52 - par  agriculturepropre

Cher Monsieur,

Vous avez entièrement raison, le ridicule ne tue pas mais il fait régresser.

Le problème dont parle le professeur Charles Sultan est un vrai problème qui existe et il n’est pas le seul à travailler dessus, et ce n’est que le début des recherches, alors communiquer de cette façon malheureusement fait beaucoup de bruit mais ne fait pas avancer la recherche.

Les pesticides sont déjà extrêmement bien étudiés (pour certain on a plus de 20 ans de recherche). Qu’il faille augmenter les études d’un point de vue endocrinien je suis entièrement favorable et pousse en ce sens par contre nommer des molécules à ce stade de la recherche devient déjà beaucoup plus délicat et pourrait faire perdre du temps à tous le monde.

Si on reste sur le fipronil qui a disparu du marché français pour l’usage agricole, on voit bien qu’aujourd’hui l’impact sur la mortalité des abeilles est nul. Encore une fois la communication a pris le pas sur la science et l’on a perdu du temps car les scientifiques se sont focalisés pendant 3 ans à démontrer l’absence d’implication de la molécule sur les abeilles au lieu de travailler sur les causes de mortalité des abeilles : on a perdu du temps et de l’argent face à un problème qui demande à être résolu rapidement et qui ne l’est toujours pas. Conclusion beaucoup de bruit pour aucun résultat par rapport au problème concerné.

Faire un moratoire sur les pesticides c’est facile à dire mais malheureusement pas si facile à faire sinon cela fait bien longtemps que l’on aurait arrêté les pesticides. Pour preuve même l’agriculture bio en utilise et commence à s’inquiéter de l’exclusion de l’annex I du cuivre.

Travaillons et quand les causes seront trouvées alors on pourra agir de façon durable dessus.

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lundi 12 janvier 2009 à 22h25 - par  Michel Berthelot

Cher Monsieur,

Le ridicule, auquel vous faites allusion, ne tue pas contrairement à certaines substances chimiques contenues dans les pesticides !

Seriez-vous, vous-même, un spécialiste chrevronné et un scientifique éclairé pour être aussi péremptoire et définitif en si peu de mots ? Diable, c’est que les apprentis sorciers pullulent dans toutes les disciplines en ce début de troisième millénaire !

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lundi 12 janvier 2009 à 17h25 - par  agriculturepropre

Bonjour,

Je ne comprends pas comment un spécialiste du sujet puisse faire une erreur entre le fipronil et l’imidaclopride... ...malheureusement ce genre d’erreur révèle avec quelle rigueur scientifique il analyse ses expériences. Je pense que sur ce genre de sujet il vaut mieux se concentrer avec une exigence extrême sur la compréhension des phénomènes qui actuellement sont encore méconnus au niveau de leurs origines et de leurs interactions plutôt que de se livrer à de la communication facile et erronée voire ridicule le tout sur un fond de peur.
.

Logo de Catherine Declis
jeudi 27 novembre 2008 à 09h52 - par  Catherine Declis

Je pense que l’émission télévisée d’Arté hier soir quant aux effets endocriniens sur la stérilité engendrés par certains produits toxiques présents dans moult produits courants en vente sur le marché a quelque peu dérangé certains en qualité de responsabilité et arrangé personne en qualité de santé publique

Et les enfants dans tout cela, on leur dit quoi ?

Bonne journée pour tous ?

Catherine.

Logo de Catherine Declis
mercredi 26 novembre 2008 à 22h33 - par  Michel Berthelot

Cher Monsieur ?...

Nous ne cédons jamais aux ukases et autres mises en demeure des contributeurs anonymes !...

Si vous désirez vraiment être pris au sérieux il vous faut au mininum avoir la politesse et la correction de vous identifier de manière vérifiable, merci...

Logo de Catherine Declis
mercredi 26 novembre 2008 à 20h46 - par  Catherine Declis

Je pense que l’émission télévisée d’Arté hier soir quant aux effets endocriniens sur la stérilité engendrés par certains produits toxiques présents dans moult produits courants en vente sur le marché a quelque peu dérangé certains en qualité de responsabilité et arrangé personne en qualité de santé publique

Et les enfants dans tout cela, on leur dit quoi ?

Bonne journée pour tous ?

Catherine.

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Entretien avec le Professeur Charles Sultan
lundi 17 novembre 2008 à 19h22 - par  Jean

J’ai du mal à comprendre que les phénomènes reportés avec la molécule fipronil et les implications des resultats dans le vrai monde....

Les effets sont rapportes avec des tests réalisés à des concentrations élevées voisines de la limite de solubilité de la molécule. Ces doses n’ont rien à voir avec les niveaux d’exposition dans les conditions d’usage préconisées. Par ailleurs, aucun des tests in vivo conduit sur plusieurs générations ne met en évidence de tels effets aux doses pertinentes. Fipronil n’est pas classé comme pouvant etre toxique pour la reproduction.

Est-ce que la phase logique après un test de labo n’est pas de regarder se qui se passe dans les etudes in vivo disponible et de confronter les resultats ?

Logo de Catherine Declis
mardi 18 novembre 2008 à 15h43 - par  Catherine Declis

Bonjour Jean,

Vous abordez là un sujet d’expert nourri par des compétences au passé auxquelles je serais bien incapable de me mesurer, n’en ayant pas la faculté et la mémoire quelque peu dépassée ou effacée

Cependant, je me pose la simple question du bilan au présent, il s’agit bien là d’enfants dont les cas d’anormalités génitales sont croissants et pense qu’il est plus sage d’oser aller de l’avant pour ne pas dire s’en faire un devoir prioritaire, afin de leur construire avec coeur un avenir à venir

Mes bonnes pensées,

Catherine.

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Entretien avec le Professeur Charles Sultan
samedi 8 novembre 2008 à 10h31 - par  Catherine Declis

En 2003, le Professeur Charles Sultan mettait en évidence les conséquences des pesticides sur les malformations génitales des enfants
http://www.pesticides-etudes.mdrgf.org/2003_03_01_lespesticides_archive.html

Au jour d’aujourd’hui, ses propos sont au delà de l’alarmant

Les enfants qui naissent ont en mémoire la trace de 250 produits toxiques parmi les 1000 recensés et le méconium du nouveau né comporte déjà 50 produits toxiques

Ces enfants sont malades dès la naissance et leur état ne fera qu’empirer avec la mise en contact des produits durant leur vie, conduisant à des atteintes neurologiques, malformations génitales, des pathologies majeures et fulgurantes

Nous en voyons déjà les effets qui ne feront que s’amplifier et n’épargneront absolument personne

Mais jusqu’où faudra-t-il donc aller et enfin considérer en priorité ce qui en est vraiment une, le respect de la vie ?

C’est dorénavant une question de temps plus que de politique ou d’argent, et ceci dès maintenant, par respect pour les enfants face auxquels ceux qu’on dit adultes et grands se montrent totalement irresponsables et incohérents

Bonne journée pour tous,

Catherine.

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Brèves

Annulation essais OGM de 2006

dimanche 30 novembre 2008

La Confédération paysanne vient enfin de se voir notifier à la suite des
recours déposés par le syndicat et d¹autres intervenants l¹annulation par
des arrêts successifs du Conseil d’État dans les dernières semaines de
toutes les autorisations d’essais OGM accordées en 2006.

Ainsi, Biogemma, Monsanto, Pioneer et Syngenta ont semé en 2006, 2007 et
pour certains en 2008 des essais aujourd’hui dépourvus de base légale.

Plus d’infos :
confederationpaysanne.fr

Le Collectif des Faucheurs Volontaires Rhône-Loire