Vassalisation journalistique

mercredi 17 septembre 2008
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« Le Monde », autrefois fer de lance du journalisme français, s’incline désormais devant la vision anglo-saxonne du métier.

par Paul Litzer

C’est un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître : à l’époque, le journal Le Monde était une référence dans toutes les chancelleries. Les décideurs politiques et diplomatiques de nombreux pays attendaient de savoir ce qu’écrivait le quotidien français. Il se passe quelque chose d’assez extraordinaire depuis quelques années : Le Monde ne tourne plus rond. On ne veut pas parler de ses problèmes financiers chroniques. Depuis 15 ans, le journal n’a jamais eu un vrai patron sachant gérer une entreprise. Le meilleur exemple – si l’on peut dire – a été Jean-Marie Colombani, qui a su séduire la rédaction pour être élu à la tête du Monde et qui s’est pris pour Citizen Kane. Grâce aux conseils du génial consultant multicartes Alain Minc – champion d’Europe incontesté des OPA ratées –, il a multiplié les acquisitions, pillant les sociétés rachetées pour financer un groupe qui s’est finalement effondré sur lui-même. Un plan de départs de plus de 100 salariés vient d’être bouclé.

Nous sommes tous américains, le retour

Mais plaie d’argent n’est pas mortelle. Toute entreprise peut traverser des difficultés. Ce qui est plus inquiétant avec Le Monde, c’est la décision de ses dirigeants d’accepter une sorte de vassalisation journalistique. Dernier exemple : le quotidien était tout fier de publier, dans son supplément «  Économie » de lundi après-midi, une chronique de Martin Wolf, une des signatures du journal économique anglais Financial Times. L’arrivée de cette plume a même été annoncée en première page du Monde le week-end dernier. On rappellera que, depuis quelques années, ce qui fut le « quotidien de référence » français propose chaque vendredi après-midi un supplément reprenant en anglais des articles du New York Times

De fait, Le Monde s’est clairement mis dans une position d’infériorité par rapport aux médias anglo-saxons. Hubert Beuve-Méry doit se retourner dans sa tombe. Ses successeurs sont incapables de mettre en avant des éditorialistes et chroniqueurs « maison » pouvant donner un éclairage sur le monde. De fait, une vision anglo-saxonne – que paradoxalement Martin Wolf explique très bien dans sa chronique dont la première phrase est « Nous sommes tous américains » – se répand ainsi partout dans le monde (sans jeu de mot). Faut-il s’étonner que le journal Le Monde l’accepte ? Pas vraiment. Depuis quelques années, le quotidien du soir a fait de Bernard-Henri Lévy – autoproclamé philosophe parce qu’il est agrégé de philosophie – sa figure de proue sur les grandes questions internationales. Le Darfour est à feu et à sang ? Le BHV de la pensée y accourt et signe un long article truffé d’approximations. Idem en Algérie, où il oublie de préciser les conditions de son séjour. Et dernièrement en Géorgie où il a vu des choses que même ses proches n’ont pas vues

Faut-il s’inquiéter ? Alors là, oui. Car si un grand quotidien français n’est plus capable de produire ses propres analyses et se contente de publier des chroniques de journaux anglo-saxons et d’un écrivain auto-centré pourquoi devrions-nous continuer à l’acheter ?

bakchich.


Commentaires

Logo de Gilles LECOQ
Vassalisation journalistique
jeudi 18 septembre 2008 à 07h04 - par  Gilles LECOQ

Bonjour,

La question est :
Reste-t-il un quotidien français digne de ce nom ??
La Presse est-elle encore indépendante ??
Et ce n’est pas la triste aventure d’un Val de Libé, obséquieux laquais d’un Pouvoir en place, amateur de petits fours dans des noces de grandes surfaces, du type électroménager avec contrat de "confiance",qui va redorer le blason d’une bande de journaleux, obsédés du microcosme parisien, qui ne jure que dans les mirages d’une Tour Eiffel illuminée avec fracas et inutilités absurdes de grandiloquence ridicule, (combien de foyers de sans papiers et autres esquintés de la vie éclairés grâce à cet abus de lumières ??),dans des "fiestas" parisiennes by night ou ne se croisent et s’entrecroisent que les habitué(e)s de ces réunions mondaines ou il faut être vu, sous peine de disparaître de leurs propres Who’s Who, ces champions de la démagogie de bas quartier ou rien n’est trop beau pour flatter le Pouvoir et en recueillir quelque avantage sonnant et trébuchant de préférence, apôtres d’une presse non plus aux ordres, mais tellement impliquée qu’elle n’en attend même plus pour diffamer ou diffuser des informations si complaisantes envers leurs donneurs de ces mêmes ordres, que dans un temps pas si lointain, on les appelait encore des Courtisan(e)s, valetaille accourant apeurée au moindre désidérata de leur Petit Maître, leur Bon Prince Nicolas, avec sa hotte sur le dos, remplie de bons points et de gages de bonne conduite, qu’il ne distingue même plus dans le brouillard de leurs incompétences notoires leurs propres déchéances pour un Métier qui était l’un des plus beaux sur cette Planète, puisqu’il devait faire état d’une vérité vérifiée et indépendante !!

Mais dans ce Monde de Grand Spectacle Perpétuel,ou l’apparence a pris le pas sur le Vrai et le Réel,ou l’argent à tout prix est devenu la nouvelle norme et non plus l’honnêteté et la probité, ces "témoins-rapporteurs" de la vie qu’étaient encore hier les reporters- sans-contrainte sont devenus au fil du temps denrée aussi rare qu’un Homme ou une Femme Politique Honnête !!
G.Lecoq.

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