La photo qui fait honte à l’Italie

mardi 5 août 2008
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Des touristes prennent le soleil sur la plage, à côté de Naples, indifférents aux corps de deux adolescentes roms, mortes-noyées.

par Peter Popham

C’est un de ces doux week-ends parmi d’autres sur la plage de Naples. Près des rochers, un couple fait le plein de soleil. Quelques mètres plus loin, sont allongés les corps de deux filles Roms qui se sont noyées, seuls leurs pieds dépassent des serviettes de bain qui recouvrent leurs visages et leurs corps.

Les jeunes filles, Cristina, âgée de 16 ans, et Violetta, de 14 ans, ont été enterrées hier soir alors que les retombées des circonstances de leur mort secouaient toute l’Italie.

Cette image illustre l’inquiétude qui monte dans tout le pays au sujet du traitement réservé aux Roms, surtout après que des camps roms aient été brûlés et que le gouvernement ait décidé de collecter les empreintes digitales de chaque membre de la population rom.

Deux jeunes sœurs roms se sont noyées après s’être baignées dans les eaux traîtres de la plage de Torregaveta. Leurs corps ont été emportés par la mer, puis sont ensuite restés sur la plage pendant des heures pendant que les touristes continuaient de prendre des bains de soleil et de pique-niquer à proximité.

Elles étaient venues à la plage dans la banlieue de Naples, samedi, avec leur autre soeur, Diana, âgée de 9 ans, et une cousine âgée de 16 ans, Manuela, pour se faire un peu d’argent en vendant des aimants colorés et autres babioles aux vacanciers. Mais il faisait terriblement chaud ce jour-là et, vers 14 h, les filles ont cédé à la tentation de se rafraîchir dans la mer, même si apparemment, elle ne savaient pas nager.

"La mer était agitée ce samedi", a indiqué Enzo Esposito, le trésorier national de l’Opéra Nomadi, une des plus grandes organisations roms d’Italie. "Christina et Violetta se sont éloignées plus que les deux autres quand une grosse vague a soudain surgi et les a projetées sur les rochers. Elles ont alors disparu pendant quelques instants quand Manuela et Diana qui se trouvaient dans des eaux peu profondes, sont revenues sur le rivage, aidées par des gens sur la plage, et ont couru chercher des secours." D’autres témoignages indiquent que des sauveteurs venus des plages privées aux alentours ont également tenté de les sauver mais sans succès. "Quand Manuela et Diana sont revenues," poursuit Esposito, "les corps de leurs cousines étaient réapparus mais elles étaient déjà mortes."

C’est le genre de tragédie qui peut se produire sur n’importe quelle plage. Mais ce qui s’est passé ensuite a profondément choqué l’Italie. Les corps des deux filles ont été étendus sur le sable ; leurs sœur et cousine ont été emmenées par la police pour établir leurs identités et contacter les parents. Des âmes pieuses ont donné leurs serviettes de bain afin de préserver une certaine décence. Puis la vie sur la plage a repris son cours.

Pour beaucoup, cette indifférence est une preuve manifeste et choquante du manque de sympathie de beaucoup d’Italiens envers les Roms, même si les deux communautés cohabitent depuis des générations.

« Ce qui est terrible, en plus de la noyade des filles », a déclaré M. Esposito, "est la normalité avec laquelle les gens ont agit : ils ont continué à prendre le soleil, pendant 3 heures, à quelques mètres seulement des corps. Ils auraient pu changer de plage. Il semble impossible de pouvoir regarder deux jeunes mourir puis de continuer ses activités comme si rien n’était arrivé. Cela montre un manque profond de sensibilité et de respect. »

Les mentalités de la population italienne envers les Roms, même si les relations n’ont jamais été très amicales, se sont refroidies ces dernières années et se sont encore aggravées avec les couvertures sensationnelles faites par la presse sur des crimes supposés commis par des Gitans et aussi par la confusion largement répandue qui existe entre les Roms et les Roumains non-roms qui continuent d’arriver en Italie. Le gouvernement de Berlusconi a lancé une campagne qui fait beaucoup de bruit contre la communauté, menée par le Ministre de l’Intérieur, Roberto Marroni, avec son programme de collecte des empreintes digitales de toute la population Rom. Ce programme a été dénoncé en Italie et ailleurs, comme un retour aux registres raciaux mis en place par le régime fasciste dans les années 1930. La collecte des empreintes digitales des Roms à Naples a commencé depuis le 19 juin 2008.

Le plus ancien représentant catholique de Naples, le Cardinal Crescenzo Sepe, a rapidement fait remarquer la vulgarité des sentiments humains représentée par l’attitude des gens sur la plage. Mais le Maire de Monte di Procida, la ville située dans la banlieue où se trouve la plage de Torregaveta, a défendu le comportement de ses citoyens. « Quand les filles roms se sont trouvées en difficulté », a t’il indiqué, « il y a eu une race composée des baigneurs, des sauveteurs et des carabiniers qui a essayé de les aider ». Il a rejeté l’accusation attribuant la cause de l’indifférence des baigneurs au fait que les filles étaient roms.

Les deux cousines ont reçu un service funèbre chrétien orthodoxe dans le camp rom de Naples, suivi par 300 Roms et des représentants de la ville et de la région.

Dans un discours hier, M. Marroni a proposé, «  pour des raisons humanitaires », d’accorder la citoyenneté italienne à tous les enfants Roms d’Italie, abandonnés par leurs parents.

Les italiens et les Roms

Les Roms vivent en Italie depuis sept siècles et environ 150 000 vivent dans le pays dans des conditions sordides au sein d’un des 700 campements dans les banlieues des grandes villes comme Rome, Milan et Naples. Ils représentent moins de 0,3 % de la population, une des plus faibles proportions d’Europe. Mais leur pauvreté et leur résistance à l’intégration les ont rendu bien plus visibles que les autres communautés. De plus, l’afflux de milliers d’immigrés de Roumanie, ces dernières années, a encore accentué la vision raciste de beaucoup d’Italiens sur les Gitans et leurs camps d’horreur, qui sont devenus la source de tous leurs problèmes. Le groupe ethnique est souvent accusé de petits actes de vandalisme et de cambriolages. Selon un récent sondage, plus de deux tiers des Italiens souhaiteraient que les Gitans soient expulsés, qu’ils détiennent ou non un passeport italien.

Traduit par Isabelle Rousselot

independent

Sur l’auteur

Isabelle Rousselot est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.

tlaxcala


Commentaires

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La photo qui fait honte à l’Italie
mercredi 6 août 2008 à 07h45 - par  fanette

Une communauté de roms a été expulsée d’une école désaffectée à St-Etienne.
Ils ont élu domicile pendant près de deux semaines sur l’une des principales places de la ville et y ont posé des tentes...
Tout autour de cette belle place, de belles brasseries, avec de beaux gens, qui mangent dans de belles assiettes...
In-différence...

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