Au bord de la folie

L’homme de la Vukojebina
mardi 29 juillet 2008
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Après avoir échappé pendant 13 ans aux poursuites pour crimes de guerre et génocide, l’ancien chef des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic est enfin en détention. Ed Vulliamy, qui a couvert abondamment la guerre, rappelle sa rencontre avec ce tueur de masse naïf et raconte comment la manipulation de l’Occident par Karadzic lui a permis de déclencher le plus sanglant carnage de l’après-guerre en Europe.

par Ed Vulliamy

Je dois l’avouer, j’ai pris cela à cœur, et j’attendais depuis longtemps que ce message arrive de quelque part, dans ce cas d’un mien collègue et cher ami de Bosnie : "Le Dr K. arrêté."

KRIMES DE GUERRE , par Juan Kalvellido, Tlaxcala

L’expérience de la guerre de Bosnie du début des années 1990 était de celles qui changent une vie et, enfin, un de ses trois principaux architectes est là où il devait être : face à la justice. Après 13 ans de cavale, Radovan Karadzic, l’ancien chef des Serbes de Bosnie, est sur le chemin de La Haye pour faire face à des accusations de génocide et avoir conçu le plus sanglant carnage infligé à l’Europe depuis le Troisième Reich. Malgré toutes ses lacunes, j’ai été un partisan du Tribunal de La Haye et j’ai témoigné, par devoir, contre des criminels de guerre de rang intermédiaire et inférieur. Mais, à part la tragi-comédie du procès de Slobodan Milosevic, il y avait toujours ce vide au sommet, un vide appelé Radovan Karadzic et Ratko Mladic, aujourd’hui rempli à moitié (mais seulement à moitié). Et cet homme qui avait l’air d’un Père Noël, c’était lui, Karadzic ! L’homme qui a organisé la tuerie de masse de 100 000 personnes et la déportation forcée de millions d’autres ? Toutes ces maisons réduites en cendres, les camps où l’on violait en masse, les déportations de masse sous la menace des armes. Mais le fait qu’il a exercé la médecine alternative n’est pas choquant - ses prétentions et son aveuglement à son propre égard ne connaissaient pas de limites, que ce soit lorsqu’il parlait avec nous à Pale, près de Sarajevo, sur les tribulations et les sacrifices des Serbes au cours des siècles, ou qu’il soignait les affections de ses patients. Je me demande si ceux-ci savaient qui il était, et s’ils s’en souciaient.

Karadzic a une poignée de main molle. Je l’ai rencontré en août 1992, quand il nous a accueillis, avec une équipe d’ITN, devant son QG dans un hôtel de la station thermale de montagne de Pale, dont Karadzic avait fait la capitale de cette "République serbe de Bosnie-Herzégovine", une perversion dont il s’était proclamé président. Mais alors que sa vision était toute de violence, sa main était molle, et son regard vague, glissant à mi-distance quand il a commencé à parler, passant ses doigts dans ses cheveux d’une manière qui lui donnait plus un air de professeur excentrique que de tueur de masse.

C’était juste trois mois après le début de la guerre de Bosnie, après que Karadzic le politicien et son commandant militaire Mladic avaient déclenché un ouragan meurtrier à travers la moitié de la Bosnie, sur le territoire de laquelle ils voulaient que des Serbes, et seulement des Serbes, vivent. Sa population musulmane et croate fut éliminée par la mort, l’internement et la déportation de masse, et toute mémoire de leur existence réduite en cendres. Nous avions pris un hélicoptère militaire de Belgrade pour venir le rencontrer, et nous avions eu une vue aérienne de l’est de la Bosnie, et de ce que Karadzic est accusé d’avoir ordonné : ville après ville, village après village, brûlés, sans vie et vides.

Le rendez-vous avait été organisé à Londres, quelques jours auparavant. Karadzic était en visite dans la capitale britannique pour le énième round de pourparlers de paix auxquels il était régulièrement invité par des diplomates occidentaux. À cette époque, on avait fait état d’un goulag de camps de concentration de l’autre côté du pays, au nord-ouest, en particulier à Omarska. Des déportés qui avaient fui en Croatie avaient parlé de massacres, de tortures et de passages à tabac dans les camps, mais Karadzic a nié les allégations et dit que si nous insistions, ITN et moi pourrions venir « voir par nous-mêmes » - Je n’ai jamais compris pourquoi, et ses gardes ont simulé une embuscade centre notre convoi pour nous dissuader d’aller voir Omarska. Lorsque nous l’avons rencontré sur le perron de son QG, cependant, Karadzic n’a pas caché son autorité sur le camp : sur un mot de lui, nous dit-il, nous pourrions entrer dans ce qu’il insistait pour appeler un « centre ».

Mais le plus gros de son discours concernait les tribulations des Serbes tout au long d’une histoire épique de souffrance et de combat, et si ça n’avait pas été si meurtrier, le sens du mélodrame et le faux vernis universitaire de Karadzic auraient été pathétique. Et s’il n’y avait pas eu ce que nous avons trouvé deux jours plus tard, quand nous sommes entrés à Omarska : des hommes à divers stades de délabrement, certains squelettiques, escortés hors d’un hangar, clignant des yeux dans la lumière du soleil et poussés vers une "cantine" sous les yeux d’un tireur corpulent au sommet de son mirador. Là ils ont dévoré une lavasse de haricots comme des chiens affamés, leur peau desséchée faisant des plis sur leurs os comme du parchemin. Sous les yeux et les fusils de leurs geôliers, ils avaient trop peur pour parler, à l’exception d’un homme nommé Djemal Partusic, qui a déclaré : "Je ne veux pas raconter de mensonges, mais je ne peux pas dire la vérité." (Je l’ai rencontré une décennie plus tard, vivant à Borehamwood, ce sont les bizarreries de la vie.) Lorsque le commandant du camp a refusé de nous laisser entrer dans le hangar pour voir comment les détenus y étaient installés, nous avons commencé à marcher vers celui-ci. Le commandant, qui a été récemment condamné par le tribunal des crimes de guerre à Sarajevo, nous a alors barré la route pendant que ses sbires débloquaient la sécurité de leurs armes. Nous avons protesté, arguant le fait que Karadzic avait garanti que nous pourrions inspecter le camp, ce à quoi le traducteur des autorités locales serbes, Nada Balban, a rétorqué : "[Karadzic] nous a dit, vous pouvez voir ceci et cela, mais pas ça." Lorsque nous avons essayé de nouveau, nous avons été éjectés du camp.

Nous en avions vu très peu, et c’est seulement avec le temps et avec les procès à La Haye de Serbes de Bosnie de rang subalterne, qu’est apparu clairement ce que Karadzic ne voulait pas que nous voyions. Des scènes routinières de sadisme telles que celle décrite par Halid Mujkanovic, un survivant, au sujet d’un prisonnier forcé d’exécuter une fellation sur un autre détenu, puis de mordre ses testicules tandis que qu’un pigeon vivant était enfoncé dans la gorge de l’homme pour étouffer ses cris pendant qu’il agonisait. La victime était Fikret Harambasic et l’homme a été contraint de le castrer afin de sauver la vie de ses codétenus, menacés d’exécution si il n’y avait pas de « volontaires ». La foule des gardes qui surveillaient ce divertissement "regardaient comme s’ils assistaient à un match sportif, jouant les supporters", a déclaré Mujkanovic.

"Vous pouvez voir ceci et cela, mais pas ça", en effet. Pendant tout ce temps-là, Karadzic était à Pale avec ses interminables récitals de poésie épique serbe, dont ses propres oeuvres, ses cartes anciennes - il a toujours été l’homme aux cartes, décidant « ça, c’est à nous »- et aux rêves fous. Mais la réalité c’était que la mort de Harambasic n’était que l’une des 100 000 estimées.

Karadzic est né dans le village de Petnjica, dans la région sauvage, montagneuse et boisée, à la lisière de la Bosnie et du Monténégro, où la plupart des pierres tombales dans le petit cimetière portent son nom de famille. Les Bosniaques appellent ce territoire accidenté "Vukojebina" - littéralement : là où les loups copulent.

Le père de Karadzic avait été ostracisé même dans ce petit hameau après le viol et le meurtre d’un(e) cousin(e) avant la naissance de Karadzic, et un de ses grands-pères avait assassiné un voisin dans une dispute à propos de bétail. Aujourd’hui, cependant, les parents et les voisins de Karadzic l’adulent, et dans l’attente de son procès, ils préparent un festival littéraire biennal où ils pourront lire la poésie et la prose de Karadzic. C’est un drôle de matériau, dont son éditeur Miroslav Toholj, rencontré l’année dernière à Belgrade, chante les louanges enthousiastes de manière extravagante : "Quand j’ai vu le dernier roman de Radovan, son style et son évocation du subliminal m’ont rappelé l’Ulysse de Joyce." Assise à la même table, en train de boire, Brana Crncevic, une ancienne membre du cabinet serbe du Président Milosevic, comparait "la langue de ses pères" de Karadzic à celle de de Tchekov. Un poème est intitulé Sarajevo, la capitale bosniaque que Karadzic est accusé d’avoir soumis à un siège long et meurtrier : « J’ai entendu l’enfilement des malheurs / transformé en scarabée comme si un vieux chanteur / avait été écrasé par le silence et était devenu une voix. / La ville brûle comme de l’encens / Dans la fumée gronde notre conscience. »

Mais ce n’est pas la poésie qui a conduit le jeune et diligent Karadzic de la Vukojebina à Sarajevo. Le petit gars de la campagne a suivi une formation de psychiatre dans la ville et a travaillé comme consultant et kiné pour l’équipe locale de football, mais n’a jamais été vraiment accepté par les cercles cosmopolites de la ville. Cet homme désespérément en quête d’admiration, d’être admiré, a vu son heure arriver lorsque Milosevic s’est mis en tête de briser la Yougoslavie et d’unir les Serbes dans une communauté ethniquement "pure" à travers les frontières de la Serbie, de la Croatie, de la Bosnie, du Monténégro et du Kosovo. Au moment où la Bosnie a voté la sécession de la Yougoslavie au printemps 1992, Karadzic est devenu le chef du Parti démocratique serbe (SDS), qui s’est engagé à veiller à ce que les Serbes de Bosnie ne vivent plus dans le tissu ethnique complexe qui avait tenu pendant des siècles, mais sur une terre racialement "pure" alignée sur la Serbie. Karadzic a quitté avec son parti l’hôtel Holiday Inn du centre-ville pour se retirer à Pale dans les collines environnantes, et s’est mis à assiéger et torturer la ville, comme l’a dit son camarade Mladic, "jusqu’au bord de la folie".

Notre rencontre à Pale, et la découverte des camps, n’étaient que le début de la guerre de Bosnie. Pendant encore trois années sanglantes, bien que les atrocités que Karadzic est accusé d’avoir ordonné aient été rapportées à travers le monde et que le siège de Sarajevo soit passé à la télévision presque chaque soir, la main de Karadzic était frénétiquement serrée par les leaders de la diplomatie mondiale sous les lustres de Londres, Paris, Genève et d’ailleurs. Et c’est ce qui rendra le procès de Karadzic si fascinant, entre beaucoup d’autres choses : c’est qu’il devient dangereux, une fois dans le box des accusés, pour ceux qui ont dealé avec lui, et peut dire au monde ce que le monde lui a dit, et lui a garanti, au cours de ces trois années.

Karadzic n’était pas un idiot, il parlait la langue des diplomates et, en retour, la Grande-Bretagne, la France et l’ONU ont conduit la politique internationale qui a prévalu, de refus calculés pour l’arrêter, faisant ainsi progresser ses objectifs. Les gouvernements de la Grande-Bretagne et de la France en particulier - ainsi que la direction de l’ONU – n’ont pas vu en Karadzic celui qu’ils désignent aujourd’hui comme criminel de guerre, mais un collègue, un homme politique avec qui faire des affaires. Karadzic a traité - directement ou indirectement - avec Lord Peter Carrington, Malcolm Rifkind, Lord David Owen, Cyrus Vance, Douglas Hurd et Dame Pauline Neville-Jones comme un égal méritant un protocole diplomatique complet. Dans un livre récent de l’avocate Carole Hodge, Karadzic, en retour, loue la "diplomatie raffinée" britannique. Les diplomates occidentaux ont accepté les promesses inépuisables et vides de Karadzic, ses "cessez-le-feu" bidons et flottants, ce qui provoquait l’hilarité des Serbes en privé. Ils ont accepté de refouler l’aide aux "zones de sécurité", désespérées déclarées mais trahies par l’ONU. Ils ont été en collusion avec les cartes et les « plans de paix » qui ont donné à Karadzic tout ce qu’il avait gagné par la violence, ils ont toléré le siège de Sarajevo, qu’il est accusé d’avoir supervisé personnellement.

Au cours d’une rencontre à Belgrade l’année dernière, Luka, le frère farouchement fidèle de Karadzic, décrivait Radovan comme « un médecin, poète et humaniste », ajoutant : « S’il est un criminel de guerre, pourquoi l’Occident a-t-il négocié avec lui toutes ces années ? » Il marque là un point. « C’était un négociateur difficile », disait Luka. « Je sais cela par les discussions auxquelles j’ai assisté - et ils se comprenaient bien, mon frère et les diplomates occidentaux, en particulier Vance et Owen. »

Karadzic a été inculpé par La Haye en 1996, et le fait qu’il continue à être en liberté a été une cause écrasante d’embarras pour la communauté internationale, artificiellement impuissante durant la guerre en Bosnie et incapable pendant 13 ans d’accomplir une tâche élémentaire de détection. «  Comment la plus puissante alliance du monde peut-elle prétendre qu’elle ne peut pas trouver deux Serbes ? », commentait Jacques Klein il y a sept ans, lorsqu’ il était coordonnateur de la mission de l’ONU en Bosnie. L’ancienne procureure en chef à La Haye, Carla Del Ponte, a appelé Karadzic et Mladic "l’os dans ma gorge" et le fait qu’ils étaient en liberté alors qu’elle était en poste comme sa "terrible déception ".

Dans les années après la guerre, à partir de 1995, tandis que 60 000 soldats étrangers patrouillaient en Bosnie, le fugitif Karadzic a vécu ouvertement à Pale et se déplaçait à travers le pays, slalomant entre les barrages routiers de l’OTAN. Une fois, j’ai vu sa voiture immédiatement reconnaissable, avec ses vitres fumées et sa plaque personnalisée, stationnée toute une nuit devant un hôtel de Banja Luka en 1996, la base locale de l’OTAN ne montrant aucun intérêt pour l’affaire. Après 1999, on a fait des efforts plus sérieux, avec des raids sur la famille de Karadzic et des sanctions financières contre elle, et Karadzic a disparu. On l’a signalé à Belgrade et dans des monastères orthodoxes serbes pour lesquels Karadzic avait été si généreux durant sa présidence. Un raid spectaculaire par des forces spéciales en tenues de Ninjas sur le village reculé de Celebici, près de sa maison d’enfance, l’a manqué de 2 km, et une autre piste suivie par l’équipe de détectives de La Haye, près de Visegrad n’a pas été suivie jusqu’au bout. En fait, c’est la stratégie politique serbe, et pas une chasse à l’homme internationale, qui l’a livré.

L’année dernière, la farce de la chasse à Karadzic a fait l’objet d’un film de Hollywood : La partie de chasse avec Richard Gere. Le film - et un livre de Florence Hartmann, assistante pendant plusieurs années de Del Ponte à La Haye – a alimenté la thèse que Karadzic s’était vu offrir l’immunité à La Haye parce qu’il en savait trop, et tant qu’il se tiendrait à l’écart de toute charge politique. La fille de Karadzic Sonja, au cours d’un déjeuner à Pale l’année dernière, se rappelait une rencontre avec des agents des services secrets occidentaux à Athènes au printemps 1995, où l’immunité avait été garantie à son père. Il a réuni la famille, raconta-t-elle, et a dit qu’il quitterait ses fonctions en échange de la garantie de sa liberté. À propos des hommes politiques qui ont traité avec son père pendant la guerre, Sonja remarque : « Ce sont souvent des gens qui se vantent de leurs prouesses diplomatiques dans des livres qui occultent les choses qui étayent ce que nous disions à l’époque, et ils ne veulent pas que ces choses apparaissent maintenant au grand jour. Mon père et eux sont les seuls qui savent ce que sont ces choses et il n’est de secret mieux gardé que celui que tout le monde est encore en train d’essayer de deviner. » Au tribunal, Karadzic risque de déballer tous les secrets qu’il connaît [s’il ne meurt pas « accidentellement » avant, NdT].

L’un des confidents de Karadzic pendant le siège de Sarajevo et le "nettoyage ethnique" (c’est le terme de Karadzic) des musulmans à l’est de la ville a été Miovan Bjelica, connu comme "le Chaton", qui l’an dernier rappelait que tout au long de la guerre, les diplomates occidentaux « ont toujours pris Radovan au sérieux, l’ont traité avec respect et comme le président d’un petit pays [c’est-à-dire son mini-État autoproclamé]. Les gens le plus haut placés sont venus le voir, et ce qu’ils ont convenu entre eux, lui le sait et eux le savent. Je suis sûr qu’il lui a été promis beaucoup de choses qu’ils ne voudraient pas l’entendre dire maintenant, quand il va aller à La Haye ».

Ainsi donc, Karadzic et Mladic ont eu les mains libres pendant les trois années qui ont suivi notre rencontre à Pale, avant de porter la guerre, selon les actes d’accusation contre chacun d’eux, à son nadir : le massacre de Srebrenica, qui a été déclaré un génocide, et que Karadzic et Mladic sont accusés d’avoir ordonné. La "zone de sécurité" a été facilement envahie en Juillet 1995, sous les yeux des Casques bleus néerlandais mandatés pour la protéger et alors que le commandant de l’ONU, le général Bernard Janvier, refusait d’intervenir depuis Sarajevo, après avoir dîné avec Mladic quelques jours auparavant*. Pendant que les soldats de l’ONU regardaient faire, les femmes et les enfants ont été séparés des hommes et des garçons, qui ont été emmenés vers des sites comme un entrepôt, un barrage et une école pour des exécutions sommaires. Des milliers d’autres qui ont fui à travers les forêts sur ce qui a été connu comme la "route de la mort" ont également été raflés et tués. En cinq jours, 8 000 personnes ont été assassinées.

Seule une poignée d’hommes - pas plus de 15 – a survécu sur les lieux d’exécution de masse vers lesquels les hommes de Srebrenica ont été acheminés par camions et autobus. L’un d’eux était Mevludin Oric, un homme blême et mince, que j’ai rencontré dans un appartement chaotique à Sarajevo. Tout d’abord, ceux qui étaient dans le même camion que lui ont été conduits dans une salle de gym, où « il faisait si chaud que les gens s’évanouissaient. Ils nous ont donné l’eau, mais nous nous sommes battus si bien qu’elle s’est renversée, et les hommes la léchaient par terre ». Puis, « ils nous ont conduits dans un champ », se souvient-il, « et quand ils ont arrêté les camions et ont dit : ‘Mettez-vous en rangs !’, j’ai su ce qui nous attendait. Je pouvais voir des corps sur le terrain. Ils étaient en train d’armer leurs mitraillettes. J’ai pris mon neveu Haris par la main. Il a demandé : « Est-ce qu’ils vont nous tuer ?’ J’ai dit non, alors ils ont commencé à tirer. Haris a pris une balle et nous sommes tombés tous les deux. Je n’ai pas été atteint. Je me suis juste jeté au sol. Mon neveu a tressauté et il est mort en s’abattant sur moi. »

Mevludin est resté allongé, visage contre terre. « Je pouvais entendre des cris et des supplications, mais ils ont continué à tirer. Ça a duré toute la journée, jusqu’à ce que les tueurs se fatiguent et deviennent soûls, continuant à tirer à la lumière des bulldozers. Enfin, ils ont éteint les phares. J’ai commencé à me déplacer un peu. Je me suis dégagé du corps de mon neveu. J’ai vu le champ plein de corps, partout, aussi loin que je pouvais voir. Et je me suis mis à pleurer, sans pouvoir m’arrêter. »

Mais Karadzic est accusé d’avoir ordonné beaucoup plus au cours de ces trois années, entre Omarska et Srebrenica - cette dernière étant emblématique de tant d’atrocités dans autant de lieux dont la notoriété de Srebrenica tend maintenant à détourner, au lieu d’attirer l’attention sur elles. Atrocités dans des lieux dont les noms, à peine connus, ont été vite oubliés dans le monde extérieur. Qui parle maintenant des massacres commis par des Serbes de Bosnie à Zvornik, Vlasenica, Brcko ou Bijeljina (Ou encore les sites d’atrocités croates, comme Ahmici, ou le camp des Musulmans de Bosnie à Celebici) ? Quand Karadzic sera à La Haye, il sera jugé dans la salle d’audience à côté de celle dans laquelle est jugé un homme qu’il connaît bien : Milan Lukic, d’une ville nommée Visegrad, qui était un des hommes de confiance du cercle de la "Preventiva" chargé de la protection rapprochée de Karadzic alors qu’il était en fuite. Lukic s’est querellé avec le cercle intime de Karadzic a fui à la fois leurs représailles et l’inculpation à La Haye vers l’Argentine, où il a finalement été arrêté en 2005.

Visegrad se niche dans la vallée de la rivière Drina, à un endroit particulièrement beau, et le fugitif Karadzic y avait été repéré en 2004. Chevauchant la rivière, il y a un magnifique pont ottoman, emblématique de la Bosnie, qui a été transformé en abattoir par les Serbes de Bosnie. Nuit après nuit, des camions ont déchargé des civils musulmans de Bosnie sur le pont et sur les berges de la rivière sous la surveillance de miliciens serbes de Bosnie, qui auraient été sous les ordres de Lukic, et massacrés parfois au couteau, parfois par balles et jetés dans la rivière, morts ou à demi morts – rendant les eaux turquoise de la Drina rouges de sang. Des centaines d’autres musulmans y compris des femmes, des enfants et des bébés ont été enfermés dans des maisons et brûlés vifs. Quand il a été arrêté, Lukic a déclaré : « Mladic a toujours été et restera le véritable héros et idole, et Karadizic le chef de mon peuple. »

Lire également à ce sujet Radovan Karadzic, Srebrenica et Chirac - Pour rafraîchir les mémoires : La responsabilité française dans le génocide bosniaque

guardian.co.uk
Traduit par Fausto Giudice
tlaxcala


Commentaires

Au bord de la calomnie
mardi 29 juillet 2008 à 19h51

Je n’aime pas cet article. L’auteur en fait trop !!...pourquoi en rajouter ?

L’auteur a une dent contre Karadzic, donc pas d’objectivité.

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