Les grandes oreilles de Sigonella

Servitudes militaires : Les bases US
vendredi 11 juillet 2008
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par Manlio Dinucci (*)

Tandis que le Tar (Tribunal Administratif Régional, NdT) de Vénétie bloque le doublement de la base étasunienne Dal Molin de Vicence, à cause, aussi, de son impact environnemental (outre le défaut d’accord documenté et d’engagement de la population de la part du gouvernement Prodi) un projet plus dangereux encore est en train d’être réalisé à Sigonella, dans le plus grand secret.

Il s’agit de l’installation d’une des stations terrestres du Muos (Mobile User Objective System), le nouveau système de communication de la marine étasunienne. Le Muos, formé d’une constellation de quatre satellites géosynchrones, plus un de réserve, permettra de relier, par communications radio, vidéo et transmissions de données à haute fréquence, les porte-avions et autres unités de surface, les sous-marins, les bombardiers de chasse, les missiles balistiques et de croisière, les avions sans pilote, les centres d’espionnage, dans n’importe quelle partie du monde où ils se trouveraient, et de relier les forces navales à celles aériennes et terrestres. Il y aura en tout quatre stations terrestres du Muos : deux en territoire étasunien, à Norfolk (Virginie) et à Hawaï, une en Australie et une en Sicile, dans la base aéronavale de Sigonella, à deux pas de Catane. Communiqué par le Spawar (Space and Naval Warfare Systems Command), le commandement de San Diego responsable du Muos.

Le point où en est ce projet, nous l’apprenons non pas du gouvernement italien, mais australien. Le ministre de la Défense Joel Fitzgibon a de fait annoncé avant-hier (vendredi 20 juin) que les travaux pour la station australienne du Muos, située à Geraldton, à l’ouest du pays, commenceront en juillet prochain ou, au plus tard, en août. La station sera constituée de trois édifices avec des équipements électroniques sophistiqués, trois grandes paraboles satellitaires (18 mètres de haut) et deux autres antennes. Ceci qui signifie que commenceront aussi au même moment les travaux pour la construction de la station Muos de Sigonella, financée par le Pentagone en 2007, pour 13 millions de dollars. Quand, entre 2009 et 2011, les satellites Muos seront lancés, les quatre stations terrestres devront déjà être opérationnelles.

On ne sait pas quand le gouvernement italien a autorisé le Spawar à installer la station de Sigonella, dans cette base qui est déjà candidate pour accueillir le nouveau système OTAN de surveillance Ags (Alliance Ground Surveillance)- avec comme objectif le Moyen-Orient- système qui devrait être fonctionnel sous peu. En Australie cela s’est fait via un mémorandum d’entente secret : il est donc probable qu’il en ait été de même en Italie, comme cela s’est déjà produit dans le passé. Ce qui signifie que le projet est soustrait aux contrôles sur l’impact environnemental, comme ceux que le Tar de Vénétie a considérés comme fondamentaux pour l’autorisation de la réalisation de la base Dal Molin à Vicence. Et pourtant l’impact existe et il est très dangereux. Comme l’a montré l‘enquête de Rainews24 « Bases Usa à Sigonella : le danger annoncé » (diffusée le 22 novembre 2007), l’étude sur l’impact environnemental, réalisée pour le compte de la marine étasunienne par la société étasunienne Agi, par l’intermédiaire de Maxim Systems, a conclu que la station Muos ne devrait pas être installée à Sigonella.

Le danger existe, de fait, que les très fortes émissions électromagnétiques amorcent la détonation des engins présents dans la base militaire. L’alarme a été confirmée par le responsable de Gmspazio, représentant italien de l’Agi. Malgré cela, la marine étasunienne a confirmé le choix de Sigonella, qui est déjà une base stratégique pour les Usa de par sa position de fenêtre sur le Proche-Orient. On ne sait pas si, dans l’étude, on a pris en considération les conséquences de la très importante pollution électromagnétique sur la population de la zone environnante : où l’on a déjà observé une incidence de tumeurs, en particulier leucémies infantiles, plus haute que dans d’autres zones (la base se trouve dans une zone, entre Priolo et Augusta, à très grand risque environnemental). On peut de toutes façons penser que si les émissions électromagnétiques sont fortes au point d’amorcer la détonation d’engins explosifs, elles sont aussi dangereuses pour la population de la zone. Ceux qui seront exposés à la très dangereuse pollution électromagnétique de la station Muos pourront en tout cas se consoler en pensant que le Spawar, d’après le gouvernement étasunien, est « engagé à préserver notre paix et à défendre notre nation et ses alliés ».

(*) Manlio Dinucci, géographe et journaliste italien.

ilmanifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


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