CANICULE

Retour sur un coup de chaud
jeudi 28 août 2003
par  Agnès Maillard
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En France, la polémique enfle sur fond d’inflation statistique : la chaleur exceptionnelle du mois d’Août aurait fait 13 632 victimes [1]. Au-delà de l’indécent petit jeu de ping-pong politicien qui se joue autour des chiffres, des responsabilités, se pose la question de notre choix de société actuel, débat qui, comme à l’accoutumé, sera soigneusement évité.

La France a chaud, la France a soif

Dès début juin, la vague de chaleur qui a étouffé l’Europe une bonne partie de l’été a frappé fort. En quelques jours, les thermomètres ont vu leur niveau de mercure grimper de 10, 15, voire 20 graduations et la chaleur, moite, étouffante, dure, s’est installée. Dans certaines régions de France, elle n’a, ensuite, pas desserré son étreinte mortelle pendant 2 longs mois et demi. Etait-il vraiment nécessaire, dès ce moment-là, d’attendre une hypothétique alerte sanitaire d’on ne sait où, quand on est un médecin et que l’on est ministre de la santé ?
Peut-on ignorer, à ce moment, que la France est un des pays qui a la plus forte proportion de personnes âgées à très âgées du monde et que leur organisme est très sensible à ce genre de stress ?

Bien sûr que non ! Dès la mi-juillet, dans le sud de la France, on prenait la mesure du caractère exceptionnel de la canicule.

Canicule exceptionnelle ?

Il est aujourd’hui établi que la vague de chaleur qui s’est abattue sur l’Europe n’avait pas de précédent depuis que nous enregistrons les données météos, soit plus de 130 ans.
Par ailleurs, cela fait plusieurs années que les météorologistes, les climatologues tirent la sonnette d’alarme sur le réchauffement global de la planète du aux émissions humaines de gaz à effets de serre. La débâcle de la conférence de Kyoto n’a montré que deux choses :

- Tout le monde est parfaitement au courant et conscient de l’impact environnemental de l’activité humaine.
- Les principaux pollueurs de la planète ont une vision à très court terme de leur responsabilité et choisissent de ne pas remettre en cause leur mode de vie et de laisser la facture à la génération suivante

A partir de ce constat, on peut s’interroger sur le caractère réellement exceptionnel de la canicule. Et s’il s’agissait du coup d’envoi d’une nouvelle ère climatique en Europe ?
Sommes nous prêt à faire face à une telle modification de notre environnement ?
La réponse est non. Nos habitations récentes, sous la poussée du "plus vite, moins cher" ne sont plus pensées en fonction du climat, du terrain, du mode de vie de leurs habitants, mais sont standardisées, selon la logique du moins-coûtant. La politique du tout-électrique en France a poussé à construire des habitations peu ou mal isolées, gourmandes en énergie. La fuite en avant qui, comme le font les américains, consisterait à équiper massivement nos constructions de climatisation serait la confirmation de la politique de l’autruche, en favorisant encore plus un mode de vie délétère, irrespectueux de notre planète, toujours plus gourmand en énergie non renouvelable et à fort impact sur l’effet de serre.

D’ailleurs qui se pose aujourd’hui la question de l’augmentation effarante du parc d’automobiles climatisées en France ? Sachant qu’un véhicule climatisé consomme 33% de carburant en plus, il contribue d’autant plus au réchauffement global. Mais pourquoi cette explosion ? Personne ne saurait le dire, mais qui se souvient, lors des grandes transhumances estivales d’il y a seulement 15 ou 20 ans, des magnifiques arches de platanes qui ombrageaient nos nationnales et raffraichissaient l’automobiliste aux heures les plus chaude de la journée ? Sacrifiés, les platanes, au nom de la sécurité. Alors que 13 000 mort d’hyperthermie en seulement un mois, c’est quand même un bien meilleur score que les 8 000 accidentés de la route annuels qui ont mobilisé tant de volonté politique et de moyens. C’était la faute aux platanes. Dormons tranquilles, nous tenons les coupables.

Une politique de la vieillesse ?

Les français vivent vieux. Parmis les plus vieux de la planète. Félicitons-nous en ! C’est beau un pays où l’on peut jouir de longues années de repos après une vie de labeur. Mais tout dépend bien sûr de ce que l’allongement de la vie nous offre comme qualité de vie. Des voyages, des activités culturelles, du sport, la vie de jeune retraité est bien agréable chez nous, tant qu’on a des moyens et une bonne santé (la réforme des retraites fait partie des nouveaux choix de société !). Mais qu’en est-il de nos super vieux, nos conquérants du 4ème âge ?

Bien plus pauvres, car n’ayant cotisé qu’à partir de la mise en oeuvre de l’assurance retraite, bien moins mobiles, parfois grabataires, ces personnes n’ont plus franchement de place dans notre mode de vie. Toujours plus de flexibilité, de mobilité étire les distances entre membres de la même famille et délite les liens affectifs. Quand le prix du mètre carré flambe dans les grandes villes pourvoyeuses d’emplois, la solidarité familiale s’épuise et les personnes âgèes dépendantes se retrouvent seules, isolées, dans des zones rurales qui continuent à laisser fuir les jeunes familles. Dans ces conditions, seules les aides à domicile et les établissements spécialisés accompagnent les personnes âgées dans leur quotidien. Encore faut-il qu’il y ait une volonté réelle et des moyens.

Dans des départements ruraux comme le Gers, le financement de l’aide à domicile des personnes dépendantes représente le principal poste budgétaire, loin devant l’aménagement du territoire ou les écoles. Et les maisons de retraites, bien plus nombreuses que les maternités, souvent vétustes, qualifiées parfois de mouroirs, ont vu leur dotation financière d’Etat pour 2003 diminuée de plus de moitié, voire gelée ou annulée, dans certains cas. Personnel insuffisant, peu qualifié, dossiers de demande d’APA "égarés" (pour les plus de 90 ans, on joue clairement la montre !!), l’ensemble de la politique sociale en direction des personnes âgées court de toute manière droit à la catastrophe, climat déréglé ou pas.

Tout cela pour dire qu’il n’y a eu aucune fatalité pendant la canicule, juste le résultat d’une certaine inconséquence collective, d’un certain choix de société.

Article publié le 28 Août 2003 dans L’Echo du Village n°258 . Et toujours d’actualité.
[1] Au 21 Août 2003 => la dépêche


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