La santé polluée... la télé aussi !!!

samedi 14 juin 2008
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par Denis Lebioda

L’émission de France 3, "La santé polluée", diffusée lundi 2 juin avait tout pour elle : un sujet important, des invités connus et reconnus dans leurs domaines de compétences, des reportages sur des cas concrets... sans oublier de mentionner une diffusion à une heure de grande écoute. Donc, a priori, bravo à France 3 pour ce qui s’annonçait comme une émission évènement !

Après deux heures d’émission, le bilan que l’on peut en dresser est toutefois mitigé, et en tout cas lourd de questionnements. Je m’explique...

Je ne suis ni un spécialiste de la santé, pas plus qu’un spécialiste des média : tout juste un citoyen intéressé par le sujet, dans la mesure où, depuis une bonne décennie maintenant, je vis et me débats au quotidien avec l’une de ces "affections bizarres" vraissemblablement causées par des "pollutions". En effet, je suis atteint de ce qui est décrit dans la littérature scientifique et médicale comme une "hypersensibilité chimique multiple" ainsi que par une forte intolérance aux ondes électromagnétiques, que l’on qualifie également "d’électrosensibilité". Des raisons suffisantes pour se sentir particulièrement concerné par une telle émission et attendre sa diffusion avec impatience.

Durant les deux heures de l’émission, à quoi avons nous donc assisté ?

Au visionnage de plusieurs reportages, plutôt bien faits, succints, allant à l’essentiel, présentant de façon objective les témoignages. Des reportages un peu courts certes, mais c’est la loi du genre...

A des interventions riches en contenus, très claires, de la part de spécialistes pertinents et reconnus comme Jean-François Narbonne, André Cicollella, Pierre le Ruz, Gaëlle Bouttier-Guérive.

A des témoignages, comme celui de Georges Méar, malade atteint d’hypersensibilité chimique et auteur d’un ouvrage de référence sur le sujet ( "Nos maisons nous empoisonnent"- Ed Terre Vivante - 2004) qui avait fait l’effort de venir sur le plateau et mettra sans doute quelques jours à s’en remettre.

Jusque là, si ce n’est le regret du format de l’émission qui n’a pas permis de laisser plus de temps de parole aux intervenants, rien à redire.

C’est sur les autres points que cela se gâte...

Tout d’abord les interventions d’une personne de l’AFSSET (son nom n’apparait pas sur le site de l’émission et je ne l’ai pas noté...). Celles et ceux qui s’intéressent aux questions de santé et d’environnement sont assez nombreux à porter une analyse plutôt critique sur la façon dont l’AFSSET traite ces sujets, et sur la propension de cette agence officielle à minimiser constamment les risques. Nous avons donc eu de la part de sa représentante d’un soir, sans grande surprise, un classique et bien rodé numéro de "Tout va très bien, Madame la Marquise !". De prise de parole en prise de parole, ce fut "Dormez bonnes gens, les pouvoirs publics veillent à votre santé et surveillent les normes" (Fixées par qui ? En fonction de quels critères ? Avec quelles marges d’erreurs et quelles conséquences pour les personnes "hors-normes" ? Silence...).

Beaucoup plus génant à mon sens apparait l’animation de l’émission par Marina Carrère d’Encausse et Michel Cymes (Ce dernier étant par ailleurs médecin, c’est utile - et affligeant - de le rappeler !). L’un et l’autre ont fait preuve tout au long de la soirée d’une méconnaissance du sujet qui ne fait pas honneur au métier de journaliste. Mais bien pire : leur façon de traiter par un rire bête, des blagues de potaches, la dérision ou le mépris la plupart des sujets abordés et des interventions des invités est une véritable honte. Un exemple parmi plusieurs autres que l’on pourrait retenir : lorsque Jean-François Narbonne annonce qu’en 2060 le sperme humain sera devenu stérile les deux animateurs ont une réaction que l’on aurait (peut-être ?) supporté chez Laurent Ruquier ou aux "Grosses Têtes" mais qui n’est certainement pas acceptable dans une émission d’information se voulant sérieuse et scientifique !

Enfin, le clou de la soirée ce fut sans doute les interventions pitoyables de Jean-Louis Etienne (scientifique, explorateur... mais également médecin lui aussi !!!) que l’on avait connu mieux inspiré. Sa prestation, d’une inconséquence totale, apparait également particulièrement honteuse par sa façon de se moquer des personnes malades, allant en fin d’émission jusqu’à conseiller à une personne électrosensible de s’acheter des sous-vètements en aluminium, ou vantant le développement des consultations de psychologues spécialisés aux États-Unis. Le tout sur un ton badin, assénant que l’homme en a vu d’autres et finira bien par s’adapter (Peut-être, Mais à quelles conditions ? A quel prix ? Avec quels dégats pour combien de personnes ? Cela il n’en a pas dit mot...). Un tel niveau de bétise de la part de notre "explorateur national" était hélas parfaitement en phase avec la plupart des propos de Marina Carrère d’Encausse, déclarant très sérieusement, entre autres perles de la soirée, que l’homme avait toujours été exposé à des substances chimiques... Les esprits un peu mal tournés pourraient presque en déduire que Monsieur Étienne a trop besoin du sponsoring des producteurs de produits pétroliers ou des opérateurs de téléphonie mobile pour financer ses prochaines aventures, pour se permettre le moindre propos dérangeant à leur égard. Sur ce plan au moins, la mission fut réussie !

Ce qui ressort de cette soirée c’est l’impression d’avoir assisté à une remarquable opération de désinformation.

Certes, beaucoup de choses sur la thématique santé - pollution ont été dites, et très clairement. On ne peut reprocher à France 3 d’avoir caché des vérités. Mais on peut reprocher à France 3, et aux producteurs de l’émission, d’avoir cherché constamment à relativiser ces informations par les paroles officielles lénifiantes d’une représentante d’une agence de santé publique, par les interventions pitoyables des deux principaux animateurs et par le numéro de candide irresponsable d’une personne célébre qui ne connaissait pas le sujet.

On sait que "pour faire de l’audience" il faut du spectacle, de l’humour et de plus en plus, hélas, de l’humour de très bas étage. Mais peut-être que sur certains sujets, et particulièrement sur celui-là, un minimum de sérieux pourrait s’imposer. Ou à défaut de sérieux, tout juste un peu de respect pour les personnes malades. Mais visiblement, même cela, notre "Service public de télévision" n’est plus à même de l’assurer.

Une telle attitude est plus que dommageable. Elle est très triste, très grave. Et surtout tellement révélatrice des enjeux essentiels que posent les questions de santé et environnement.

Ce qui est aujourd’hui en cause, ce n’est pas seulement une hypothétique épidémie de cancer dans 30 à 40 ans pour une proportion marginale de la populaition qui n’aura pas eu de chance. Ce sont dès maintenant des milliers, des dizaines de milliers de personnes malades. Qui voient leur vie détruite. Qui ne sont reconnues par personne, surtout pas par ceux dont ce serait le métier ou la mission. Des personnes condamnées à se débrouiller toute seules avec des pathologies fortement invalidantes et avec l’image de personnes psychologiquement dérangées que la société leur renvoie.

Ces problèmes que nous constatons dès maintenant, dans de nombreux pays, sont les révélateurs d’un plus vaste problème encore : la survie même de l’espèce humaine sur notre Terre qui est en cause.

Alors pourquoi cette incapacité à aborder sérieusement le problème ?

Tentons une explication : remédier au problème signifie très certainement remettre en cause les fondements mêmes de notre très cher "modèle de développement". C’est-à-dire reconsidérer totalement nos modes de vies, nos modes de consommation, aller vers des sociétés plus responsables, plus citoyennes, qui seraient à même de refuser tout ce qui nous rend malades... même si cela est générateur de "croissance", de "richesse économique" et de vastes "marchés mondialisés".

La réponse des "autistes" qui ont commis l’émission de hier soir apparait beaucoup plus simple, bien moins dérangeante et infiniment plus profitable pour quelques uns. Il s’agit ni plus ni moins que d’inventer de nouveaux marchés censés plus ou moins réparer les dégats des autres marchés. Une recette déjà largement éprouvée par le passé pour le plus grand bénéfice de quelques firmes multinationales et d’un nombre incalculables de "professionnels de santé" qui se pencheront - si la Sécurité Sociale, ou ce qu’il va en rester, le veut bien ! - sur les bien tristes cas de ces "pauvres victimes collatérales du progrès que l’on ne peut pas arrêter". Comme par exemple, ainsi que Jean-Louis Etienne semble l’appeler de ses voeux, un vaste marché "Psy" pour tous ceux dont le corps, malgré les incantations répétées, refusera obstinément de s’adapter !

Après avoir éteint la télé, j’ai tenté un réve. Et je vous invite à réver avec moi à une télévision publique débarassée de la "tyrannie" de la publicité, qui pourrait enfin produire des émissions sérieuses, traitant des "vrais" sujets et cherchant/proposant des "vraies" solutions... Réver d’un monde où l’important ne serait pas la croissance infinie du PIB et le désir mégalomaniaque d’une minorité, mais la santé et le bonheur de tous les humains... Réver...

Denis Lebioda, Militant associatif
Animateur du site contaminations-chimiques.info


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Brèves

Annulation essais OGM de 2006

dimanche 30 novembre 2008

La Confédération paysanne vient enfin de se voir notifier à la suite des
recours déposés par le syndicat et d¹autres intervenants l¹annulation par
des arrêts successifs du Conseil d’État dans les dernières semaines de
toutes les autorisations d’essais OGM accordées en 2006.

Ainsi, Biogemma, Monsanto, Pioneer et Syngenta ont semé en 2006, 2007 et
pour certains en 2008 des essais aujourd’hui dépourvus de base légale.

Plus d’infos :
confederationpaysanne.fr

Le Collectif des Faucheurs Volontaires Rhône-Loire