La patate peut sauver le monde

samedi 17 mai 2008
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par Bertrand Rothé

A un mois d’une importante réunion internationale à Rome sur la crise alimentaire mondiale, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), critiquée de toutes parts, a une solution originale : le développement de la pomme de terre.

Ce n’est pas un canular. Si, en Chine, 2008 est l’année du rat, pour la FAO c’est l’année de la pomme de terre. Un site Internet, un sigle IYP (International Year of the Potato), un logo, tout y est. Et c’est du sérieux. La patate est la principale denrée alimentaire non céréalière du monde. 320 millions de tonnes ont été produites en 2007.

Si j’avance quand tubercule…

La crise alimentaire qui ronge actuellement les pays pauvres est due à la spécialisation des échanges. En effet, (mal) conseillés entre autre par la Banque Mondiale, de nombreux pays ont préféré acheter leur alimentation sur les marchés internationaux plutôt que de les produire, la deuxième solution revenant souvent plus cher. Aujourd’hui que les prix augmentent, ils ne peuvent pas payer et ils ne savent plus produire.

Pour la FAO, il existe une solution : la pomme de terre. Le féculent refuse les lois du marché. À la différence du blé, du maïs, du tourteau soja, il n’est pas coté à la bourse de Chicago. Par ailleurs, la FAO précise que « seule une part infime de la production fait partie du commerce extérieur ». Le féculant se consomme sur place. Pour finir, la patate se paie à son juste prix. « Le prix de la pomme de terre dépend en général des coûts de production ». Exactement comme dans les cours de marxisme, le prix de la tubercule est la somme du « travail incorporé », il n’est pas fixé par le marché. C’est donc une culture « vivement recommandée pour atteindre la sécurité alimentaire ». Elle peut « aider les agriculteurs à faibles revenus et les consommateurs vulnérables à surmonter la crise actuelle ». La FAO n’a pas encore crié « vive le protectionnisme, à bas le marché », mais c’est tout comme.

La FAO fait des erreurs de nouveau converti. Même si son discours antilibéral est le bienvenu pour gripper un peu l’appareil, la réalité est plus complexe. L’augmentation du prix de la pomme de terre fait de temps en temps la une des journaux des pays en voie de développement. Il y a un an, par exemple, l’Algérie a connu une crise de la pomme de terre. La TVA sur les patates importées fut revue à la baisse et le journal El Watan annonçait à ses lecteurs énervés par la hausse du prix de la patate que « les prix baisseront début novembre ».

Quand patate rime avec pauvreté

Mais le féculent a d’autres vertus. Il permet de mesurer le développement économique. Ainsi, tandis qu’il se consomme de moins en moins dans les pays développés, les pays pauvres ont augmenté leur consommation. Selon les chiffres de la FAO, ces derniers sont passés «  de moins de 10 kg par habitant en 1961-1963, à 21,53 kg en 2003 ». Et « tout semble indiquer qu’elle enregistrera une forte hausse à l’avenir ». Mc Cain, le géant mondial, qui produit plus d’un tiers des frites surgelées consommées dans le monde, a ouvert en 2004 une usine en Chine et une autre en Inde en 2005.

Mais la palme de la consommation de pommes de terre revient aujourd’hui aux anciens satellites soviétiques. Huit des premiers consommateurs sont des pays de l’est. Leader incontesté : la Biélorussie. Chaque habitant en consomme 337 kg par an. La vodka, souvent composée d’alcool de pommes de terre y serait-elle pour quelque chose dans ces pays où l’alcoolisme fait des ravages ? Rien n’est moins sûr.

La vieille loi économique de Giffen

L’idée de la FAO n’est pas nouvelle. Giffen, un économiste irlandais, remarqua déjà au XIXe siècle que la pomme de terre échappait aux lois du marché. En économie, lorsque les prix d’un produit baissent, sa consommation augmente. Pour la pomme de terre, c’est l’inverse : sa consommation augmente lorsque son prix augmente. Comme c’était la base de l’alimentation irlandaise, lorsque les prix augmentaient, les Irlandais du XIXe siècle consommaient moins d’autres types de biens et davantage de pommes de terre. Il fallait bien survivre, et rien n’est plus nourrissant qu’un bon plat de patates.

Compte tenu de toutes ces données, la FAO ne pourrait-elle pas changer son slogan « Fiat panis » (du pain pour tout le monde) par « de la purée pour tous ». Mais comment faire ? Il n’y a pas de mot latin pour les pommes de terre !

bakchich


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dimanche 25 mai 2008 à 13h20 - par  JC

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