Ne pas confondre paysans et propriétaires terriens

mercredi 9 avril 2008
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La grève des agriculteurs en Argentine depuis plus de 15 jours est utilisée par les secteurs putschistes pour déstabiliser le gouvernement et continuer à exploiter le peuple en toute impunité.

Adolfo Pérez Esquivel

Les retenues que le gouvernement impose sur les exportations peuvent avoir plusieurs lectures et présentent des contradictions qui ont déconcerté et abouti au fait que les différents secteurs agricoles se sont réunis dans la protestation. Il est nécessaire de bien faire la différence quant à savoir s’ils sont unis pour déstabiliser le gouvernement, ou s’ils sont suffisamment clairs pour s’affirmer dans la lutte et les revendications. Il faut être clair quant à savoir s’ils sont unis, mais non mélangés, et à quoi peut mener cette union sans risque de se brûler.

Je me rappelle cette petite histoire qui dit : «  le voleur court vers l’Est et le policier court vers l’Est. Tous les deux courent vers l’Est mais avec des intentions différentes ».

Les producteurs agropastoraux n’ont jamais eu autant de bénéfices que ces dernières années, profitant de la politique de change et des exportations de soja et de tournesol. Les indicateurs sont éloquents et concrets. Cependant, il est nécessaire de faire une analyse du coût que cette activité représente pour le pays, sa rentabilité et la concentration des richesses dans quelques mains. Les grandes entreprises agropastorales et les sociétés transnationales ont détruit et brûlé des milliers d’hectares de bois, s’appropriant de grandes surfaces de terre pour planter du soja transgénique. Ils utilisent des produits agrochimiques hautement contaminants sans que leur importent les conséquences pour le milieu ambiant et la vie des villageois.

D’autre part, les contradictions du gouvernement ne sont pas minces, mais il faut reconnaître qu’il a fait quelques pas importants vers le redressement économique et cela est positif. Le pillage auquel fut soumis le pays pendant la crise de 2001 fut un véritable « coup d’état économique », provoquant la sortie massive de capitaux, amenant la fermeture d’usines, des problèmes d’approvisionnement, l’augmentation du chômage et de la pauvreté, tout cela provoqué par les capitaux financiers et le système bancaire, qui ont cherché à « pomper » le pays sans soucis des conséquences sociales.

Des secteurs de la bien nommée « classe moyenne aisée » sont sortis ces derniers jours en « appui au secteur agraire » avec les casseroles en acier inoxydable et la petite cuiller en argent pour soutenir la grève du secteur agraire.

Le manque de mémoire a joué un mauvais tour à bon nombre d’entre eux. Ils ont oublié que la classe moyenne aisée a toujours cru être épargnée par la débâcle du pays. La réalité leur a rappelé que le capital financier n’a pas d’amis, n’a que des intérêts, et ils furent donc aussi victimes de la « vidange économique », et beaucoup ont perdu leurs ressources et épargnes déposés dans les banques. Il est nécessaire de se souvenir et savoir pourquoi aujourd’hui personne ne prend responsabilité sur cette situation et que l’impunité continue lamentablement.

Le gouvernement doit assumer son erreur d’avoir mis des retenues uniformes, sans faire la différence pour les petits et moyens producteurs, qui sont la majorité, beaucoup ayant de sérieuses difficultés de production et des champs hypothéqués ; il s’est trompé en les mesurant à la même aune que les grandes entreprises et les propriétaires terriens qui ont des bénéfices exorbitants qu’ils extradent du pays et qui ne sont pas disposés à la redistribution de la richesse.

Je le répète, nous sommes dans la même histoire que celle du voleur et du policier, où chacun court vers l’Est mais avec des intentions différentes.

La Présidente Cristina Fernandéz Kirchner a demandé un arrêt de la grève pour dialoguer et trouver une sortie de conflit. C’est une résolution prudente que les producteurs ruraux ne peuvent pas laisser passer. Le dialogue est le chemin pour trouver des solutions.

Le gouvernement ne peut plus se tromper à nouveau et doit bien faire la différence entre les paysans et les propriétaires terriens. On ne peut pas permettre ni se laisser entraîner par des putschistes à ce que s’affrontent travailleurs contre travailleurs.

Parfois les enseignements de la vie sont durs, mais c’est ainsi qu’on apprend. Les paysans luttent pour leurs droits et persistent dans l’espérance d’arriver à vivre dans la dignité et retrouver la souveraineté nationale, aujourd’hui menacée par les grands intérêts économiques qui refusent de redistribuer la richesse.

Le gouvernement doit avoir des politiques claires et être cohérent entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Aujourd’hui on vend le territoire national, on dévaste les richesses et on appauvrit le peuple. Les retenues sont nécessaires, pas seulement dans le secteur agraire, mais pour les entreprises minières, les pétrolières, et il est nécessaire d’avoir des politiques publiques pour éviter l’exploitation irrationnelle et récupérer la souveraineté perdue. Les retenues doivent être dirigées correctement pour construire le pays que nous voulons.

Un long chemin reste à parcourir, que chacun et chacune doit assumer.

Traduit par Jean-Louis Seillier pour Investig’Action Alai-amlatina

alainet


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