Le « programme » en politique.

Matière à réflexion
samedi 17 février 2007
par  Patrick Mignard
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Quand on y réfléchit bien, une chose est stupéfiante et quasiment incompréhensible : « Comment se fait-il que la majorité des électeurs votent pour un programme qui leur est défavorable ? ». En effet, ni le programme du candidat de droite, ni celui de la gauche ne peuvent et n’apporteront de réponses aux difficultés de l’immense majorité des individus de notre société,... et pourtant !

Les élections ne réservent jamais de surprise, c’est d’ailleurs pour cela que le système marchand les maintient et y tient beaucoup, pour se donner l’illusion de la démocratie.

UN PARADOXE DEROUTANT

Le mécanisme de l’ « adhésion » à une politique, à un programme politique est apparemment beaucoup plus compliqué qu’on ne le pense.

C’est toujours un programme conservateur qui passe et quand bien même, rarement, c’est un programme « progressiste », il l’est d’ailleurs timidement, mais est toujours obligé de se « conservatiser » pour demeurer crédible… Alors ?

Alors de deux choses l’une : soit l’écrasante majorité des citoyen-n-es est totalement stupide et ne comprend rien, soit il y a autre chose.

Par exemple, en toute « logique », un programme tel que la « Charte antilibérale » élaborée à grand peine par des collectifs populaires devrait, aujourd’hui, au bas mot, regrouper, dans une population comme la France, dans les 80 à 90 % des suffrages,… pourtant elle n’en regroupera que moins de 10%, et encore,… alors que des programmes libéraux et parfaitement antipopulaires se tailleront la « part du lion ».

On peut difficilement imaginer, au regard de l’Histoire, que la plus grande partie de la population soit irrémédiablement et totalement débile… Il y a donc autre chose,… mais quoi ?

Certes il y les promesses démagogiques des candidats et le matraquage médiatique, mais il y a bien longtemps que tout cela a été dénoncé… Incontestablement la plupart savent cela et pourtant se comportent comme si tout cela n’existait pas, n’avait aucune importance à leurs yeux.

QU’EST-CE QU’UN « PROGRAMME » POLITIQUE ?

Un programme politique, tel qu’il est conçu par toutes les organisations politiques qui en élaborent un, est toujours, à différents degrés, un compromis entre ce qu’est le système dominant, aujourd’hui le système marchand, et les aspirations des différentes catégories sociales.

Dans l’état actuel des choses un « programme politique » n’est évidemment pas ce que l’on voudrait nous faire croire : un moyen de résoudre les contradictions d’un système entre les intérêts particuliers qu’il représente (ici le capital) et les aspirations du plus grand nombre.

D’ailleurs, les politiciens gestionnaires du système ne s’en cachent pas quand ils déclarent explicitement, et sans rire, qu’ils vont assurer le « changement dans la continuité » ou autre formule à double sens contradictoire du style « la rupture tranquille », « la force tranquille »,…Le sommet du cynisme étant atteint quand ils déclarent « Tout est possible » ce qui est une manière détournée de dire que « Rien n’est possible… »

« Adhérer à un programme » c’est donc adhérer à un compromis. On peut comprendre cette démarche de la part de celles et ceux qui ont un intérêt immédiat et à plus long terme au maintien de ce système. Mais comment comprendre une telle démarche de la part de celles et ceux qui souffrent de ce système, de celles et ceux qui déclarent « vouloir changer de système », et qui plus est, dont l’expérience démontre qu’une telle démarche est vouée à l’échec ? Soit ils n’ont rien compris, soit ce sont des manipulateurs comme les autres.

Pourtant nombre de citoyennes et citoyens qui ne « se font plus aucune illusions » marchent tout de même dans cette logique et participent à la mascarade. Pourquoi ?

Il y a un donc un autre facteur qui joue et qui fait que cette situation apparemment absurde se perpétue et assure ainsi la pérennité du système.

L’INERTIE POLITIQUE ET SOCIALE

Un élément de réponse nous est paradoxalement fourni par celles et ceux qui proposent de tout changer. A leur proposition il est généralement répondu :

« OK, mais tu mets quoi à la place ? »

La réponse laisse généralement à désirer et est loin de rassurer l’interlocuteur. Ce à quoi, ce dernier répond pour justifier son acte d’allégeance au système :

« Il vaut mieux ça que rien ! » et, conditionné par les médias qui lui indiquent ce qu’il est « réaliste » de faire, il va reconduire au pouvoir celui ou celle qui le prend pour un imbécile.

Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que l’on ne peut pas construire sur du vide. Or, ce que l’on croit être du solide : les bonnes intentions et les visions d’espoir, ne sont en réalité que du vide… Plus les propositions sont progressistes, plus elle s’éloignent de la réalité du système en place, et plus est problématique leur application. Ca peut faire marcher conjoncturellement les gens, un certain temps, mais socialement, ça ne correspond à rien. L’Histoire nous montre que l’on ne peut construire que sur du solide, du concret, du social, des relations qui impliquent le plus grand nombre. Pas sur des visions, des espoirs et autres illusions.

Cette inertie politique et sociale qui assure la pérennité du système dominant se fonde sur le fait que celui-ci, avec toutes les imperfections qu’il a, « existe », assure le « lien social »… et qu’en l’absence d’alternative crédible, c’est-à-dire réellement existante, la majorité fait le choix de la stabilité, aussi insupportable qu’elle soit. « Il vaut mieux ça que rien ! »

QUELLE CONCLUSION EN TIRER ?

On peut comprendre alors le caractère totalement dérisoire et inutile de l’énergie gaspillée en pure perte et des dépenses inouïes dans la confection de « programmes », « chartes », « plateformes » « contrats », « engagements solennels » et autre documents laborieusement confectionnés par les candidats et leurs militants,… documents qui finissent généralement dans les poubelles…et même les poubelles de l’Histoire.

Tout ceci nous montre, une fois encore, que la stratégie politique de celles et ceux qui veulent « changer de système » est totalement inadéquate et ne fait finalement que cautionner et renforcer le système en place.

Ce n’est ni en disant, que l’on va, ou l’on doit, tout changer, ni en singeant les gestionnaires du système en proposant un « programme », que l’on sera d’ailleurs incapable d’honorer, que l’on va faire évolution les choses.

Toutes les expériences (violentes ou pacifiques) au 20e siècle qui se sont fondées sur cette logique ont échoué, toutes sans exception,… Allons nous recommencer les mêmes erreurs ?

De même que ce n’est pas qu’en faisant de grandes déclarations et en disant que « l’on allait voir ce que l’on allait voir » que la bourgeoisie commerçante a réussi à imposer son système, mais en l’élaborant peu à peu au sein du système dominant et en le minant,… de même nous ne changeront le système marchand qu’en le minant en mettant en place des pratiques alternatives.

Toute autre stratégie est vouée à l’échec.

Patrick MIGNARD

Voir aussi les articles :
« DUALITE SOCIALE / DUALITE DE POUVOIR »
« TRANSITION »
« ETRE OU NE PAS ETRE EN POLITIQUE »


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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info