A propos de la Résistance

vendredi 22 février 2008
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Résistance : Docu-fictions de Christophe Nick, hier et ce mardi soir – Interview Denis Peschanski - Les Justes - Et les lettres de dénonciation ?


Il était si bon de regarder avec les enfants «  La Résistance  » hier soir sur France 2. En effet, même si chacun regrettera toujours tel ou tel aspect dont l’importance peut nous sembler sous évaluée, il faut saluer le vrai souci documentaire de ce film historique, son angle de vue « par en bas », du côté des anonymes de la Résistance, ainsi que son ton exceptionnel, fait de tact, d’un beau lyrisme discret mais généreux, à la hauteur du sujet, et d’une sorte de maturité permettant enfin de mieux embrasser la mémoire de la Résistance, soixante ans plus tard.

(Commentaire dit par le comédien Tchéky Karyo, concluant que la Résistance a permis la résurrection d’une France, je le cite de mémoire, dans ses dimensions républicaine, démocratique, également « antiraciste » et « sociale ».)

Enfin, on va pourvoir peut-être sortir de deux phases successives de mythification, d’abord le mythe optimiste de l’unanimisme héroïque et omni-militaire (1945-1975, en gros le « résistancialisme » de l’après-guerre, des « Trente glorieuses »), puis le mythe excessivement pessimiste à l’inverse du pétainisme généralisé (de 1975 à nos jours) : de l’aquoibonnisme moral et de la posture victimaire (celle-ci nécessaire au sortir de l’occultation si tardive de la Shoah, mais tournant parfois à l’obsession mortifère, anti-politique et anti-humaniste, comme le montrent les initiatives pédagogiques douteuses de notre président Sarkozy, voire à une censure historique inacceptable du rôle des "Justes" qui ont sauvé tant de juifs.)

A ce propos, l’historien Denis Peschanski répondait aux questions de Francis Cornu dans le supplément TV & Radio du « Monde » de dimanche dernier 17 février. (Voir deux extraits plus bas, ainsi que les horaires des passages télés.)

Denis Peschanski insiste sur les travaux historiques, aujourd’hui bien documentés, mais encore trop mal relayés dans le grand public qui ont étudié les geste d’aides qui ont permis à 250 000 juifs d’échapper à la déportation, contre 76000 déportés, presque tous morts. C’est là à mon sens l’une des faces les plus remarquables de la Résistance vue d’en bas, celle d’une société civile effectivement trahie par ses élites gangrénées par l’antisémitisme d’Etat ou par la lâcheté, mais qui sait dans l’urgence déployer un réflexe d’humanité élémentaire, souvent débarrassé des considérations idéologiques, faite de petits et grands actes anonymes et effectivement opérants.

A ce propos, je lit ce matin une statistique intéressante dans le numéro de février 2008 de « L’Emancipation syndicale pédagogique » (de l’ex-’’Ecole Emancipée’’), sous la signature de Pierre Stambul, professeur de lycée et par ailleurs président de l’Union juive pour la Paix. On sait que 55 millions de lettres de dénonciation ont été écrites sous l’Occupation, ce qui laisse parfois entendre que chaque Français ou presque aurait dénoncé son voisin juif ou résistant. Or Pierre Stambul ajoute : « 55 millions de lettres de dénonciation écrites par environ trois millions de personnes (certains délateurs en ont fait beaucoup) ». Trois millions de pervers qui dénonçaient parfois un rival amoureux ou bien un concurrent en affaires, profitant du contexte répressif, ça fait beaucoup, c’est terrible, mais cela signifierait quand même qu’environ 90% des Français n’ont jamais écrit de lettre dénonciatrice.

Luc Douillard

« DIRECTEUR de recherche au CNRS, Denis Peschanski est du nombre des historiens qui ont apporté leur contribution à « La Résistance », aux côtés de leurs collègues Pierre Laborie et Jacques Sémelin, consultants, et de Jean-Pierre Azéma, Katy Hazan, Julian Jackson (Grande-Bretagne), Sabine Jansen, Serge Klarsfeld, Michel Lafitte, Lucien Lazare, Stefan Martens (Allemagne), Olivier Wîevorka, Sabine Zeitoun. »

- « Partagez-vous le parti de cette série documentaire qui corrige la vision prévalant depuis une trentaine d’années et insistant sur la collaboration, à rencontre de l’image d’une France très résistante, imposée auparavant ? »

- « Je le partage. Deux légendes se sont succédé, l’une rosé, l’autre noire. Elles sont dues à des dérapages dans l’analyse de l’opinion et de l’action pendant l’Occupation. A partir de 1945, on a considéré une opinion de plus en plus hostile à l’occupant et à la collaboration pour conclure : tous résistants. Dans les années 1970, cela s’est inversé. On s’est polarisé sur l’action qui était le fait d’une minorité et, glissant de l’action vers
l’opinion, on en a conclu : tous collabos. Pendant plus de vingt ans, l’image du résistant était dominante. Puis elle a été remplacée par la figure de la victime, plus particulièrement juive, au point que celle-ci est devenue presque hégémonique, occultant l’image du résistant. II fallait remettre les choses à leur place, sans excès, ni dans un sens ni dans l’autre. Les historiens le font depuis près de vingt ans. Restait à informer un large public. »

(...)

- « Les films montrent que les Français ont été beaucoup plus marqués par la
persécution des juifs qu’on ne le croyait. Est-ce nouveau ?
 »

- « C’est un phénomène que nous avions analysé depuis longtemps. Les archives de
Vichy et celles des Allemands sont une mine de renseignements tant le système d’espionnage de la population était développé et élaboré. Les rapports sont d’une grande précision. Ces documents montrent clairement que le mécontentement ne cesse de grandir depuis le début de l’Occupation, il a différentes causes. Mais les rafles de l’été 1942 sont un élément majeur d’aggravation de ce mouvement d’opinion qui va se traduire aussi jusque dans la hiérarchie de l’Eglise. Mais encore une fois, opinion n’est pas action. »

(Propos recueillis par Francis Cornu pour « Le Monde » supplément TV.)

Rappel des horaires de passages :

France 5
« La Résistance », en quatre docu-fictions de Christophe Nick et Patricia
Bodet : "Le Sourd Grondement d’un peuple" ; "La Lutte armée", "Victimes
contre bourreaux" ; "Face à la déportation". Vendredis 22 et 29 février, 7
et 14 mars à 15h30.

Internet :
Témoignages et éléments pédagogiques, espace de débat, consulter :

www.france5.fr(1)
www.france5.fr(2)

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