Le travail super star.

Matière à réflexion
samedi 3 mars 2007
par  Patrick Mignard
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Ils veulent tous nous faire travailler, travailler plus longtemps. Mais qu’est ce qu’ils ont ?

On fini par se demander ce qu’avaient dans la tête nos prédécesseurs qui se sont battus pendant des générations pour la « réduction du temps de travail » (journée de 8 heures, congés payés, semaine de 40heures, puis trente cinq heures, réduction de l’âge de la retraite…). Etaient-ils des fainéants comme disent les nouveaux « adeptes de la valeur travail » ? On serait en mesure de le croire si l’on fait nôtre la véritable « folie besogneuse » des politiciens actuels.

Poser la question du travail comme la posent les politiciens, c’est-à-dire en terme de valeur absolue c’est éviter de poser la question essentiellement du sens, de la finalité du travail.

L’AMBIGUITE DU STATUT DE L’EMPLOI

Soyons clair : l’emploi n’a jamais été, dans le système marchand, la finalité de l’entreprise… au contraire, il n’est qu’un moyen pour atteindre l’objectif de toute entreprise : maximiser le revenu du capital : le profit. Ce n’est qu’à partir de son évaluation (celle du profit) que l’on traite la question de l’emploi.

La preuve ? Elle est très simple à faire et à comprendre : lorsque l’entreprise a besoin de salarié-e-s, elle embauche, quand elle n’en a plus besoin, elle licencie… Autrement dit, l’emploi salarié n’a de valeur, de sens, qu’en fonction du calcul économique que fait l’entreprise, et ce calcul n’a pour unique but que la maximisation du profit. Mais alors pourquoi cet « hymne au travail » ?

Si le travail est un moyen pour le système marchand de faire de la valeur en vue de la maximisation du profit, il n’en est pas moins l’élément structurant de la société.

Le salariat, qui n’est en fait que la forme marchande du travail, est en effet le rapport social dominant, c’est-à-dire celui qui « donne du/un sens » au lien social.

Le salariat est fondé sur une intégration sociale par le travail.
A contrario, celle ou celui qui « perd son travail » est de fait exclu-e du lien social… et une quantité importante d’exclu-e-s entraîne inéluctablement une fragilisation de l’ordre social. Pauvreté, exclusion, inégalités, souvent maladie pas ou mal soignée, déprime, alcoolisme… sont liés au statut du travail dans notre société…. qui ne donne une place sociale qu’à celui ou celle qui a un emploi.

C’est cette situation qui explique l’attachement de tout un chacun à son emploi… même si les conditions de travail sont difficiles. C’est cette situation qui explique l’attachement du salarié à son entreprise. C’est cette situation qui explique le discours à la fois enflammé et apaisant et faussement rassurant des politiciens sur le travail.

La situation des gestionnaires du système est d’autant plus délicate qu’ils ne savent pas comment assurer la stabilité du lien social dans le cas d’une exclusion massive… Que faire de ceux qui n’ont plus d’emploi ?. Ils n’ont aucune réponse à cette question…. Parce que le système marchand ne peut pas répondre à cette question.

L’époque n’est plus où, dans les pays développés, la plupart des gens avaient un emploi… d’où la crainte des salariés qui risquent de perdre leur moyen de vie et d’intégration sociale et celle des politique qui redoutent plus que tout d’un effritement du tissu social…

LE TRAVAIL INSTRUMENT DE PROPAGANDE

« Travail-Famille-Patrie », « Le travail rend libre », « Le travail dans la joie », « La patrie des travailleurs »…

Le travail, depuis le 19e siècle, c’est-à-dire depuis l’apparition du système marchand dominant, est de toutes les propagandes, de toutes les mystifications, de toutes les démagogies.

Le concept de travail renvoie à une valeur symbolique de la vie dans le système marchand : celui qui travaille a sa place dans la société. Bien sûr, l’impasse est faite sur le sens de ce qu’est réellement le travail. Le silence est fait sur les conditions de l’emploi. Le « travail » est déconnecté de ce qu’il est en réalité, il est vidé de sa signification économique.

Celui ou celle qui travaille est considéré-e, inversement celui ou celle qui ne travaille pas est regardé avec suspicion… S’il reste en vie il profite forcément du travail des autres. (CQFD)

C’est là que les choses se compliquent pour le système : si le travail était libre, c’est-à-dire si il n’y avait aucun obstacle économique et social à l’obtention d’un emploi, alors on pourrait en conclure que celle ou celui qui n’en a pas s’en prive volontairement et préfère profiter du travail des autres. Or, dans le salariat, si le travailleur est libre, le travail lui ne l’est pas. Autrement dit c’est le marché « du travail » qui décide si l’on peut ou non travailler, si l’on a ou non un emploi.

Bien évidemment cette réalité est inavouable pour les gestionnaire du système qui préfèrent jeter la suspicion sur les chômeurs, les soupçonnant à mots couverts « de ne faire aucun effort pour travailler », de « préférer l’assistanat au travail »,…voire d’accuser les étrangers de « prendre le travail des français… ».

Ainsi le travail est utilisé à des fins de détournement de la colère des « honnêtes travailleurs » victime des « éternels assistés ».

Mais là n’est pas le seul paradoxe du discours sur le travail.

TRAVAILLEZ, PRENEZ DE LA PEINE !…

Si l’homme a exercé une activité productrice c’était pour subvenir à ses besoins. S’il a inventé l’outil, c’est pour moins se fatiguer au travail. S’il a développé l’outil c’est pour se fatiguer de moins en moins.

Aujourd’hui le développement de l’outil permet, ou permettrait, de travailler très peu pour pouvoir satisfaire ses besoins…

Et pourtant…

Plus le travail est efficace, plus la productivité du travail augmente et plus on veut nous faire travailler ( ? ).

On nous fait travailler de plus en plus alors que l’on a de moins et moins besoin de travail.( ??)

Quand on introduit une machine dans une entreprise qui économise la moitié du temps de travail, au lieu de réduire le temps de travail des salariés, on en licencie la moitié ( ???)

Plus on pourrait partir tôt à la retraite, plus on nous fait partir tard ( ????).

Il y a même des imbéciles qui nous disent : « Plus on travaillera, plus il y aura de travail » ( ?????)*

Et tous ces raisonnements absurdes fondent le culte du travail.

Mais sont-ils aussi absurdes que cela ?

Ils ne le sont plus si l’on se place dans la logique du système marchand. Dans cette logique, le travail n’est pas le moyen de satisfaire des besoins en général, mais n’est que l’instrument de la valorisation du capital ce qui fait par exemple :

Qu’il est alors « logique » de licencier des salariés remplacés par une machine plutôt que de réduire leur temps de travail.

Que l’accroissement de la productivité du travail ne sert pas à « réduire la peine des hommes » mais à augmenter les profits des actionnaires.

Ainsi le sens du travail, par la falsification de ce qu’il est vraiment dans le système marchand, devient un produit marketing pour les politiciens démagogues, un moyen de flatter les uns, de stigmatiser les autres, et de dédouaner à bon compte ce système d’inégalité et d’exclusion.

Débarrassée de la contrainte sociale marchande, l’activité économique, l’acte, l’activité de production pourrait prétendre non plus à satisfaire les besoins insatiables d’un système vorace en énergie, en ressources naturelles, en chair fraîche salariée, en temps de vie transformée en non-vie, mais à satisfaire les besoins dans le respect de l’homme et de son environnement.

Le travail célébré et déifié par les gestionnaires du système marchand n’est qu’un hymne mortifère

Patrick MIGNARD

Voir aussi les articles :

« LE TRAVAIL EN QUESTION » (1) (2) (3) (4)


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