Le cannabis : vers le bonheur ? (3/8)

mardi 1er janvier 2008
par  Augustin Milano
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Dans un premier article, nous avons pris connaissance de l’étendue du « phénomène cannabis » en France, de son impact social sur la jeunesse et de son coût social exorbitant.

Dans un second article, nous appuyant sur de sérieuses études scientifiques (et non sur quelques cas isolés dont nous aurions fait la généralité), nous nous sommes posé la question si, en tant que tel, le cannabis est dangereux pour la santé de l’homme, en particulier si cet individu est fragile, soit à cause de son âge, soit à cause de faiblesses neuro-psychiatriques. La grande majorité du monde médical est persuadé aujourd’hui de la dangerosité du cannabis pour la santé humaine, surtout s’il est associé à d’autres substances toxiques (tabac, alcool ou autres drogues). Toutes les études concluent à une comorbidité du cannabis et de certains troubles mentaux comme la dépression ou la schizophrénie. Certaines vont jusqu’à affirmer que le cannabis, non seulement peut révéler cette maladie, mais pourrait encore la créer. Le débat reste ouvert. Mais qui voudrait prendre le risque de devenir schizophrène, et ce de manière irréversible ? Car personne ne peut savoir de manière certaine et absolue, ce que la consommation du cannabis entraînera comme conséquences néfastes dans sa vie. Autant dire que c’est la roulette russe.

Cependant il reste la question : le danger du cannabis dépend-il de la quantité qu’on en consomme ? Il est très difficile de définir a priori et de manière générale un stade de consommation où cela devient très dangereux car nous ne sommes pas égaux devant les drogues. De plus, tous ceux qui ont subi certaines conséquences douloureuses du cannabis, ont commencé par un joint de temps en temps. On sait quand on commence, quasiment jamais où l’on va. Comme la cigarette : généralement on commence à tirer deux lattes sur la cigarette d’un copain et, plusieurs années plus tard, certains fument un paquet, ou plus, par jour, certains mourant même d’un cancer du poumon (même si tous les cancers de poumon n’ont pas pour origine le tabac). Faut-il alors interdire le cannabis : c’est une question que nous traiterons plus tard.

Au point où nous sommes dans notre réflexion sur le cannabis, nous aimerions prendre de la hauteur et nous interroger sur les motivations des jeunes à fumer du cannabis. Elles sont nombreuses et complexes bien sûr, et il faudrait éviter toute simplification à outrance. Nous pouvons cependant discerner certaines raisons plus essentielles que d’autres, comme par exemple : goûter un plaisir enivrant, oublier dans cet instant de jouissance les problèmes de la vie et penser les résoudre ainsi, s’intégrer à un groupe de copains, se désinhiber et être capable d’aller vers les autres, être intéressant et recherché, etc.

Tout cela tourne autour de la question de la relation à l’autre, de l’amitié, du bonheur d’être aimé et reconnu. Ce qui semble intéresser le jeune dans le cannabis, c’est qu’il pense que cela va l’aider à aller vers les autres, à aimer et à être aimé et ainsi à être heureux. Il y est spécialement sensible lorsqu’il expérimente dans son cœur ce vide qu’on pourrait appeler un « vide affectif » : ce besoin d’être reconnu, d’être aimé. « Quand tu fumes du shit c’est que tu recherches quelque chose que tu as perdu dans ta vie et tu te dis que peut-être cela comblera ce vide ». Alors telle est la question centrale nous paraît être : le cannabis permet-il de combler ce vide affectif ? Ou, pour le dire autrement, aide-t-il à se tourner vers les autres, à s’ouvrir, à nouer de vraies amitiés ?

Nous quittons, là, le plan sociologique et médical de nos deux premiers articles, pour pénétrer au plan des grandes questions sur l’homme, le sens de sa vie, de l’amour et du bonheur. A première vue, et c’est pourquoi il séduit de nombreux jeunes, grâce à son effet désinhibateur, le cannabis aide l’individu timide et complexé (que sont la plupart des adolescents) à sortir de lui-même et à aller vers les autres. Il aide aussi à intégrer un groupe, provoque fous rires entre copains, permet de passer de bonnes soirées entre potes, met une ambiance sympathique, rassemble les uns et les autres autour d’une passion commune. Bref, le cannabis semble permettre d’avoir beaucoup d’amis. Et l’amitié n’est-elle pas le meilleur moyen de combler le vide de son cœur ?
L’amitié, l’amour, la relation interpersonnelle sont tellement importantes pour l’homme, encore plus dans notre monde de plus en plus individualiste, égoïste et matérialiste. Les relations humaines construisent l’homme. Elles sont sa protection, son bonheur, sa richesse, sa force, mais sa faiblesse aussi, lorsque ces relations sont brisées, salies, méprisées, oubliées. Notre personne se construit jour après jour par des relations d’amitié et par l’appartenance à des groupes sociaux : famille, entreprise, groupes culturels, communauté croyante, société. Nous ne trouvons pas en nous-mêmes ce qui nous permet d’accomplir notre personne. Ce sont les relations d’amitié, les engagements réciproques, qui nous font grandir, nous protègent, et nous actuent dans ce que nous avons de plus profond.
L’absence de ces relations dans l’enfance crée un vide dans le cœur. Un déséquilibre se forme, car quelque chose en nous ne se développe pas. N’est-ce pas en reformant des liens personnels privilégiés, des relations d’amitié que nous comblerons ce vide, que nous le dépasserons ? Encore faut-il que ces relations soient vraies, stables et durables, et que chacun s’y engage pleinement.

La place de la parole

Une relation vraie, qui me construit et me nourrit, est une relation dans laquelle la parole existe. Une parole vraie, qui m’engage dans ce que je suis, dans ce que je vis, dans ce que je pense ou éprouve. L’homme se construit, ou se reconstruit, par la parole, en ayant la possibilité de s’exprimer, de dire qui il est, et ce qu’il porte. Cela suppose évidemment qu’il y ait en face quelqu’un qui m’écoute, qui s’intéresse à ce que je dis, et qui, par là, m’y encourage. C’est dans la mesure où nous livrons notre cœur l’un à l’autre que la relation s’approfondit, nous lie et nourrit notre cœur. Nous pouvons faire de grand discours, parler beaucoup, mais ne jamais nous engager avec tout ce que nous sommes dans ce que nous disons. La parole, les mots sont alors creux et deviennent un paravent derrière lequel nous nous cachons !
Le cannabis permet-il l’accès à une parole vraie, à un dialogue qui m’engage, me dévoile et me livre ? Sur le moment, il semble que oui. Le cannabis désinhibe, m’aide à être bien avec d’autres personnes, à aller vers elles, à passer un bon moment. Un peu comme l’alcool. Mais sur le long terme les choses semblent s’inverser et la solitude avoir tout gagné. Celui qui fume, et qui fume beaucoup (à son échelle), se retrouve souvent enfermé dans une solitude terrible. Comme cela se fait-il ???
Un premier niveau de réponse se situe dans la densité de vérité que contiennent les paroles échangées sous l’ivresse cannabinique. Il semble que s’exprimer plus ou moins en état d’ivresse (à cause du cannabis ou de l’alcool d’ailleurs) cela n’engage pas. On a peut-être eu l’impression de passer un moment sympa, de se livrer, mais en fait on ne s’est pas vraiment livré, on a plutôt laissé un produit nous maîtriser, ouvrir notre moi et le distribuer aux autres. Mais ce n’était pas un choix. D’ailleurs on pourrait se poser la question : pourquoi a-t-on besoin d’un produit pour parler, pour entrer en communication ? Ne peut-on le choisir, tout simplement ? Mais on est peut-être trop bloqué, alors on a besoin d’une aide…
Bref, la question demeure entière : le cannabis m’ouvre-t-il aux autres, ou m’enferme-t-il en moi-même ? Nous essaierons d’y réfléchir dans notre prochain article, en essayant de comprendre les conséquences du cannabis sur l’esprit de l’homme.


Commentaires

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Le cannabis : vers le bonheur ? (3/8)
mardi 1er janvier 2008 à 10h45 - par  vieilledame

Faire de l’escalade est dangereux et absurde (puisqu’après être monté, on redescend)...et certains finissent par avoir une conduite adictive et même responsables d’une famille, continuent à prendre ce risque...

J’ai personnellement gouté au cannabis,(en 1979) mais consciente (extrêmement) du danger. J’ai lu "les portes de la perception" de Huxley, avec beaucoup d’intérêt. J’ai passé avant une année à vivre des soirées avec un petit groupe dont j’étais la seule non-cannabis, et nous avons fait de magnifiques chateaux en Espagne (qui se sont écroulés, évidemment) ...j’ai ensuite fumé du cannabis une fois par semaine pendant un an à peu près.

J’étais tabaco-dépendante (seulement !).

Je suis pour la légalisation du cannabis, parce que le commerce qu’il engendre se passe notamment en bas de mon immeuble, et que je n’aime guère retrouver des couteaux cachés sur les rebords des portes, ou des engins dangereux dans ma boite à lettre...ni les attitudes intimidatrices des trafiquants...(qui se protègent ainsi contre le vol et la délation).

J’ai arrêté le cannabis sans problème, et le tabac beaucoup plus difficilement.

La légalisation, et l’interdiction aux mineurs, permettrait un meilleur contrôle - des campagnes sanitaires non mensongères.

La consommation de la drogue ne vient pas de sa commercialisation ou non (le vin est en vente libre et le nombre d’alcooliques est le même que s’il était interdit - et même peut-être moins), la consommation addictive de drogues douces vient d’un manque, du vécu mal intégré d’un manque.

Le cannabis est un plus pour des gens gravement malades, ou en fin de vie.

Un expérience limitée dans le temps du cannabis peut aussi faire découvrir une façon de vivre différente. Libre ensuite à l’individu de chercher une autre façon de se mettre dans le même état. (je n’ai jamais mieux écouté de la musique, par exemple. J’ai été capable d’imiter le chant des oiseaux...d’aimer le soleil..des expériences très intenses, qu’il faut savoir organiser et préparer)

J’ai fini par me dire que quand je ne me sentais pas bien, je n’avais pas intérêt à fumer du canabis, et que lorsque je me sentais bien, je n’en avais pas besoin !

J’ai eu la chance de commencer très tard (j’avais 28 ans). Je pense qu’on résiste mieux. Le corps et l’esprit sont plus fort.

J’ai toujours eu un instinct de survie très fort. mon expérience ne fait pas une statistique...et les produits de l’époque étaient certainement moins trafiqués avec des additifs dangereux. (à nouveau intérêt de la légalisation !).

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vendredi 8 février 2008 à 00h52 - par  Julien

Belle histoire, Vieille Dame que de conter son expérience, je vais tacher d’en faire de même mais d’une plume qui je ne le crains soit bien moins délicate.

Etant moi aussi anciens consommateur, après avoir fumé pendant cinq ans.

Les raisons à ce début ? Disons que je trouvai la vie monotone, des échecs, des mauvais choix dans mon orientation et paradoxalement pas mal de facilité ... Je voyais tout en noir, je pensai au suicide sans y penser, et puis un echec un redoublement et venu me donner le coup de grâce, un simple redoublement, décevoir ajouté a cela de grave problème de santé d’une personne qui ne pouvait m’être plus proche.
Je me suis mis a fumer mon premier joint à l’âge de 18 ans, la première année à était très intense et particulière. J’ai tellement de chose à dire sur le sujet mais c’est assez personnel, ensuite j’ai continué pendant quatre ans et tout ma sourie comme si ca m’avait aider à accepter la vie t’elle quelle est.
Je pouvais arrèter quand je voulais, le week-end, et les vacances et cela ne me contrarié pas le moins du monde.
Ensuite j’ai stoppé à cause d’une très mauvaise expérience, pas un "bad trip", ou quelque chose de ce genre, mais je suis tombé sur un produit frelaté à la microbille de verre, oui vous avez bien lus à la silice ... disons que m’a santé en n’a prit un sacré coup, autant psychologique que physique.
Pensant au pire ... silicose, ayant des crachats de sang, des douleurs dans la poitrine, cela m’a fait stopper ma consommation. Du coup ca va faire un ans que j’ai stoppé mais je compte reprendre dès que je pourrai cultiver moi même, vous savez quant on n’est en âge de prendre des décisions les répercussions on ce doit de les porter.
Mais quand on voit les lois actuelles être contre cette philosophie qu’est le principe même de la liberté, au nom de notre santé mais qui laisse par cette idéologie laisse place à un marché noir de plus en plus aigrie et sournois ... Ce sont des milliers de personnes qui sont contaminés, non par le cannabis mais par les divers coupes.

Enfin il me reste encore un an à tirer et je serai ingénieur. (Je touche du bois)
J’aurai le choix de m’expatrier, chose très envisageable même pour un quelqu’un de patriotique. Bien entendu cela ne concerne pas que la consommation de cette « drogue », mais bien l’addition de nombreuse dégradation au sein de ce pays, tant financièrement parlant, que politiquement.
Je ne vais aborder tous ces sujets ici.

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Annulation essais OGM de 2006

dimanche 30 novembre 2008

La Confédération paysanne vient enfin de se voir notifier à la suite des
recours déposés par le syndicat et d¹autres intervenants l¹annulation par
des arrêts successifs du Conseil d’État dans les dernières semaines de
toutes les autorisations d’essais OGM accordées en 2006.

Ainsi, Biogemma, Monsanto, Pioneer et Syngenta ont semé en 2006, 2007 et
pour certains en 2008 des essais aujourd’hui dépourvus de base légale.

Plus d’infos :
confederationpaysanne.fr

Le Collectif des Faucheurs Volontaires Rhône-Loire