RÔLE DES ACIDES AMINÉS VARIANTS & TOXICITÉ NATURELLE ; TOXICITÉ DES OGM

vendredi 21 décembre 2007
par  Dr Marie-Hélène Groussac
popularité : 1%

Le 07 décembre 2007

Les acides aminés du code génétique universel

Il existe 20 ou 22 acides aminés (Aas) utilisés pour la synthèse des protéines à partir des données encodées dans le génome, en passant par un ARN messager lu par un ribosome dans lequel chaque série de trois bases correspond à un acide aminé, lequel est amené localement, porté par un ARNt ou ARN de transfert. Ces acides aminés sont de la série L et un seul ne présente qu’une conformation spatiale, le glycocolle. Les autres présentent en règle deux conformations spatiales, un ou deux en présentent plus (les Aas cycliques). Mais il existe autant de formes D, en miroir (cela n’exclu pas d’autres isomères dans chacune des séries D et L, le nom étant dû à la comparaison avec le D- et L-alphacétoglutarate). Ces D-Aas ne sont pas utilisés pour transcrire le code génétique.

S’il existe un code génétique quasiment universel à l’exception de petites variations au niveau du génome des mitochondries, c’est-à-dire une correspondance entre bases d’ADN, donc d’ARN et un acide aminé, cette correspondance est chimique. Mais il peut y avoir des variations conformationelles des acides aminés, c’est-à-dire une variation de l’arrangement des molécules constituant cet acide aminé entre elles, de sorte que ce code génétique initialement considéré comme universel ne l’est pas forcément tout-à-fait.

Je prend un exemple comparatif : supposons qu’une plaque de zinc découpée donnant une forme particulière correspond à une formule chimique d’un acide aminé. Le problème des isomères physiques de ces Aas de la série L n’a pas été envisagé lorsque le code universel a été décrit. Ce qu’on appelle les variants conformationnels des acides aminés (qu’on dénomme aussi molécules chirales, énanthiomères, isomères par exemple) correspond à cette plaque de zinc, avec toujours la même découpe, la même surface mais plus ou moins tordue. On peut la tordre de plusieurs manières, ce qui détermine des variants conformationnels. Pour les variants d’Aas, ce qui peut mettre en évidence une petite différence de conformation spatiale, ce sont, soit une étude en spectroscopie, soit une technique simple de déviation de la lumière polarisée, telle que la pratiquait le professeur Antoine Béchamp, copié ensuite par Pasteur. Cela équivaut, dans l’exemple comparatif, à effectuer une photographie de ces plaques de zinc de même surface, la forme apparaît différente sur les photos. J’ai cherché sur Internet si de telles recherches avaient été faites et si des variations fines de cet ordre existaient entre espèces différentes : je n’ai rien trouvé. Il ne semble pas que ce point ait intéressé la recherche fondamentale. En l’occurrence, c’est l’aspect chimique, qui a été dans la pratique le seul envisagé.

Initialement limités à 20, les Aas correspondant aux protéines codées par le génome se sont retrouvés à 22 il y a plus de quinze ans, car certaines espèces avaient un ARNt correspondant à deux nouveaux acides aminés. Cela signifie que, majoritairement, ces protéines sont composées des 20 classiques et que certaines espèces en ont 21 ou 22.

Les autres acides aminés

Il existe une différence entre toutes les espèces entrant dans la classification des Invertébrés et celles entrant dans la classification des Vertébrés. Les Vertébrés se limitent globalement à produire des protéines codées par le code génétique, lui-même porté par l’ADN des chromosomes. Les Invertébrés sont tous capables de produire, à côté de ces protéines, d’autres acides aminés puis d’autres types de protéines, non codées par le génome.

Le système de production de ces Aas nécessite l’intervention d’enzymes qui sont des protéines codées par le génome. Mais une fois ces protéines synthétisées, elles possèdent plusieurs sites enzymatiques actifs et sont capables de deux types d’action : synthétiser de novo des acides aminés (il en existe près de 300 connus) et modifier des Aas existants quels qu’ils soient et, de plus, qu’ils soient libres ou déjà inclus dans des protéines. Les capacités de modifications sont soit chimiques, soit physiques (il existe des isomérases).

Certains Aas sont codés par un génome, non pas classique, chromosomique et systématiquement présent dans une espèce (la définition passe par le nombre et l’aspect constant des chromosomes), mais surnuméraire et aléatoire. Il s’agit de petits génomes circulaires, les plasmides . Les modules de synthèse sont appelés opérons chez les bactéries et clusters chez les champignons. Ainsi, il existe, chez les bactéries, un opéron tryptophane, qui permet de synthétiser de novo cet Aa, en cas de carence de tryptophane dans le milieu. Cette particularité est très utilisée dans les montages OGM pour effectuer des sélections des mutants construits en éliminant les autres : d’ou l’intérêt de mettre, dans les montages, outre le gène recherché d’autres gènes qui servent au tri et à l’élimination des non OGM.

Ce système porté par des plasmides met en exergue une propriété des Aas utilisés pour la synthèse de protéines, via le génome, à savoir la capacité de leur synthèse ou non par la cellule ou l’organisme considéré. Il existe des Aas essentiels qu’un organisme uni ou pluricellulaire n’est pas capable de synthétiser et doit prélever du milieu (aliments ou bactéries du tube digestif) et d’autres, dits non essentiels qui peuvent être fabriqués et donc ne risquent pas de manquer. Chez l’Homme et les Vertébrés, le tryptophane est un Aa essentiel, qui doit être trouvé, produit par d’autres êtres vivants. Les bactéries se comportent de la même façon mais le plus apporté par la présence d’un plasmide est de pouvoir, en cas d’absence de tryptophane, de le synthétiser.

Les protéines non codées par le génome

On peut les diviser en deux catégories, les protéines codées par des génomes surnuméraires et inconstants, les plasmides, et les peptides non codées par un génome.
La première catégorie comporte des protéines synthétisées par des ribosomes tout comme les protéines correspondant aux gènes des chromosomes nucléaires ou mitochondriaux. Les Aas les composant sont ceux du code génétique. Cependant, dans les cellules d’Invertébrés, des enzymes cytoplasmiques peuvent les modifier alors qu’ils sont incorporés dans des peptides en leur ajoutant un radical ou en isomérisant. Il existe donc une capacité supplémentaire des peptides et protéines, codées par ces petits génomes surnuméraires, d’introduction, postérieure à l’action des ribosomes, de modification des Aas classiques. L’éventail des Aas est plus large que dans les protéines « officielles ». Ainsi d’une vingtaine d’Aas, on passe à une capacité augmentée, peut-être multipliée par trois. Il existe des modifications par ajout de radicaux et d’autres par isomérisation. L’isomérisation peut doubler le nombre de bases et les ajouts chimiques vont augmenter encore ce nombre.

Cet aspect du problème n’a pas été vu et n’est pas sans conséquence dans les constructions OGM et les protéines qui en découlent, lorsque des cellules utilisées ne sont pas issues de Vertébrés.

Les autres protéines non codées du tout sont, soit retrouvées dans les parois et ont un rôle défensif préventif, soit synthétisées à la demande. Il existe environ près de trois cent acides aminés connus dont environ deux cent quarante appartiennent uniquement à ces peptides. Autant dire que la capacité de variations de ces peptides est infinie.

Ils présentent une autre particularité qui résulte du type de synthèse. Les peptides issus des ribosomes sont linéaires : on peut comparer cette synthèse au tricotin de mon enfance. C’était un petit champignon en bois perforé sur la hauteur avec des clous sur le dessus. En passant un brin de laine autour de ces clous, un tricot tubulaire passait peu à peu dans le corps percé et ressortait en dessous : un vrai petit ribosome ! Ensuite, la conformation finale des protéines comporte plusieurs étapes, repliement, agrafage par des ponts disulfures entre des acides aminés soufrés (uniquement pour les procaryotes c’est-à-dire excluant les bactéries), ce qui fait perdre l’aspect linéaire de la synthèse. Par contre, les peptides synthétisés sans le moule de l’ADN et sans son traducteur, le ribosome, ne sont pas souvent linéaires. Ils peuvent être soit branchés, soit circularisés. Les formes sont d’emblée complexes. De plus, ce sont les seuls à comporter des D-acides aminés. Tous les acides aminés ne répondant pas à l’inclusion via un ARNt dans une protéine peuvent être retrouvés dans ce type de peptides. En dehors des peptides de paroi, qui sont relativement constants, les variations de ces synthèses dépendent des conditions trouvées dans le cytoplasme. Elles sont donc plus grandes pour les peptides solubles produits en réponse à une situation particulière.

Le fait d’une certaine communauté entre peptides de paroi et peptides solubles produits à la demande, sur le plan du type de synthèse, augure d’une communauté dans les rôles. De fait les parois protègent et défendent des agresseurs et une grande partie des peptides solubles sont des substances antibiotiques ou antifungiques ou antimitotiques. Ce sont donc des molécules d’offensive ou de contre-offensive. Ce sont des armes. Cela signifie que des Aas qui ne sont pas utilisables pour traduire un ARN messager en protéine via le ribosome sont utilisés, soit de manière chronique et relativement stable, dans un système de défense relativement passif que constituent les parois, soit de manière inopinée, dans la production de molécules agressives pour l’agresseur. C’est dans ce groupe que l’on trouve tous les antibiotiques naturels connus, certains antimitotiques qui naturellement produits par des bactéries servent à empêcher la multiplication de l’adversaire ou à le détruire. Ces armes sont donc sécrétées et, avant cela, pour que la cellule qui les produit, ne se détruise pas elle-même, elles sont empaquetées. C’est un des rôles dévolus aux protéines de choc thermique, les HSP. C’est la goupille de la grenade. Il ne faut pas dégoupiller avant de la jeter sur l’adversaire. Il existe donc un tandem entre ce type de production et les HSP, en raison du danger potentiel pour la cellule, mais ce n’est pas la seule raison.

Certains antibiotiques sont codés par un gène présent sur un plasmide, ce sont les antibiotiques de la famille de la colistine et des polymyxines. Après la lecture par le ribosome et en cours de synthèse peptidique, il y a possibilité d’introduction de modifications comme décrit plus haut. Ces modifications rendent l’antibiotique initial d’autant plus toxique qu’elles sont importantes. De fait, en pratique clinique, il y a corrélation entre la toxicité (cerveau, système nerveux, reins) et ces variations à partir du modèle commun. La toxicité est donc bien lié à la présence de ces variants, tant pour la bactérie adverse que pour l’Homme. Pour certains antibiotiques de cette série, la toxicité est telle qu’il est impossible de les utiliser par voie parentérale. Ils ont pourtant été largement utilisés en locale (soluthricine, tyrothricine) : ce qui d’emblée montre que la nature a prévu un contact possible avec ces protéines et peptides composés d’acides aminés variants et que le tube digestif comporte un système de gestion (encore faut-il qu’il ne soit pas débordé).

Il faut rapprocher de cela, le fait que des populations amazoniennes utilisent beaucoup, à titre thérapeutique, les écorces d’arbres : dans ces parois externes, se trouvent nombre de substances naturelles à propriétés anti-infectieuses, antimitotiques par exemple. Idem pour l’utilisation d’insectes, fourmis par exemple, car ce sont des Invertébrés. On comprend que la recherche en panne se soit tournée vers les substances antibiotiques ou antimitotiques des insectes mais le problème est la spontanéité de la production et l’impossibilité de mise en culture comme des bactéries ou des champignons.

Gestion de l’agression par les protéines de choc thermique (HSP)

Le système des HSP est, comme tout ce qui lié aux éléments basiques de la vie, rencontré dans tout le règne vivant et, de plus, les molécules sont très proches entre espèces très éloignées (bactérie et Homme, par exemple). Ce sont des protéines codées par le génome donc les gènes se ressemblent eux aussi fortement.

Les rôles sont multiples mais ressortent tous de la gestion d’un principe d’agression. Qu’une cellule soit agressée par une situation, que cette agression soit physique (p.ex. :température), chimique (variation du milieu), figurée (colonie de bactéries agressant une autre colonie), il y a activation des HSP ; qu’il s’agisse de la production de molécules offensives, elles sont « goupillées » par des HSP par la cellule pour ne pas entraîner son auto-destruction ( c’est alors le rôle de molécules chaperons) ; qu’il s’agisse de protéger d’une destruction anticipée une protéine cellulaire, c’est là encore un rôle de chaperon, plutôt défensif (cas de la protection du récepteur aux glucocorticoïdes) : de ce fait, par la complexification de cascades de liaisons protéiniques, les HSP peuvent intervenir dans des rôles plus complexes, action des glucocorticoïdes, action immunostimulante.

Reste que les HSP au travers du règne vivant sont intimement liées à la gestion de l’agression soit intime, intra-cellulaire, soit extra-cellulaire, soit physique (ondes de téléphone portables, par exemple, car l’élévation de la chaleur induite au niveau du cerveau active ces HSP). Elles précèdent le système immunitaire et d’ailleurs certaines molécules HLA sont très proches de molécules HSP. Les HSP sont immunostimulantes en elles-mêmes et peuvent aussi participer à l’activation du système immunitaire, au même titre que les molécules HLA. Les Vertébrés possèdent un système immunitaire tel que décrit classiquement tandis que les Invertébrés possèdent le système de défense et d’attaque que sont les acides aminés variants utilisés tels que décrit précédemment.

Tant chez les Vertébrés que chez les Invertébrés, les HSP sont la clef de voûte du système défensif-offensif. C’est le système fondamental. Les Vertébrés n’ayant pas la capacité de produire des peptides à acides aminés variants agressifs, ils répondent en synthétisant des peptides, les cytokines par exemple (Interférons), les immunoglobulines, les enzymes (perforines, granzymes).

Mise en action des systèmes d’agression

Elle diffère selon qu’il s’agit de Vertébrés ou d’Invertébrés.
Chez les Invertébrés, les HSP sont le pivot. Elles sont soit activées si présentes, soit synthétisées de novo rapidement par induction de la situation stressante et vont entraîner la production de molécules solubles d’agression ainsi que de HSP à rôle de chaperons pour que ces molécules agressent l’autre. J’ai constaté que les gènes portés par les plasmides, qu’ils soient bactériens ou mycosiques, correspondent en réalité à des situations de stress et permettent d’y répondre : d’où l’idée que ces plasmides sont des génomes circulaires facultatifs portant des gènes, permettant de synthétiser rapidement des protéines afin de répondre à ce type de situation. Cela signifie du même coup que les HSP sont liées à leur utilisation. Comment cela peut-il se faire ? Les plasmides ont été décrits comme des virus nus, sans gènes de paroi, parce que comportant des éléments retrouvés dans les virus. Les virus sont considérés comme des intrus et entraînent une réaction de défense médiée par les HSP. On peut penser que l’élément commun aux virus et aux plasmides est en fait un signal d’activation par les HSP. Les protéines issues de la synthèse ribosomale à partir des ARN plasmidiques peuvent être ensuite rendues plus agressives, si le besoin s’en fait sentir, par action complémentaire des enzymes cytoplasmiques, activées par les HSP (de fait, des expériences, sur des pneumocoques et d’autres bactéries, de délétion des gènes de HSP, de manière à supprimer leur production, entraîne une absence de synthèse des molécules de virulence, c’est-à-dire d’agression de ces bactéries). Pour moi, le rôle réel des plasmides est d’être porteurs d’une information génique de type « préfabriqué », permettant d’améliorer la réaction à une situation d’agression. En ce sens, ils jouent un rôle équivalent aux immunoglobulines du sang circulant des Vertébrés.

Il existe donc alors un tryptique HSP-enzymes cytoplasmiques-plasmides. Cet ensemble fonctionnel a pour rôle la défense et la mise en route d’une contre-attaque.
Le côté pratique pour les « bidouillages » de vecteurs transgéniques que représentent ces plasmides n’a pas tenu compte de cet ensemble fonctionnel ni du rôle des acides aminés variants dans la réponse agressive au stress.
L’utilisation d’un des éléments du tryptique pour la construction OGM, à savoir le plasmide, est faite dans des conditions très agressives pour la cellule dans laquelle on insère ce plasmide (lavages du magnésium puis chlorure de calcium pour obtenir des pores membranaires qui vont permettre l’entrée du vecteur plasmidique, coup d’arc électrique à fort voltage sont typiquement des situations de stress. Cela va certes activer la lecture du gène plasmidique inséré mais cela va du même coup activer les modifications peptidiques par les enzymes cytoplasmiques et l’incorporation d’acides aminés variants dans la protéine finale. De plus, les mêmes enzymes vont synthétiser des molécules d’agression. Dans la pratique, la recherche de synthèse d’une protéine particulière va s’accompagner de variants d’acides aminés dans cette protéine, non conformes aux acides aminés du code génétique avec des conséquences possibles sur la santé de ceux qui reçoivent cette protéine (cas de la protéine HBS du vaccin hépatite B produite sur saccharomyces cerevisae ; cas du syndrome du tryptophane toxique).
La recherche d’un aliment modifié, plante essentiellement, va induire la production de la modification recherchée, doublée de cette variance en Aas portant, tant sur la protéine modifiée (comme cité précédemment), que sur les peptides cytoplasmiques produits du simple fait de l’introduction agressive mais aussi du fait que le montage OGM utilise un des éléments du tryptique fonctionnel d’agression.

Le maïs contient 92 acides aminés dont les 22 acides aminés utilisés pour les protéines issues de la lecture de l’ADN ou un peu plus s’il existe une utilisation de L-Aas isomériques. Cela signifie que pratiquement 70 Aas sont produits dans le cytoplasme par des enzymes cytoplasmiques et incorporés dans des protéines non codées.

Dans le cas du maïs transgénique Bt, il y a en plus de ces 92 Aas, 19,5% de nouveaux Aas. Le peptide Bt est produit à partir d’un gène plasmidique, donc à partir des 22 Aas utilisables selon le code génétique, possiblement modifié ensuite mais logiquement pas à hauteur de ce taux. Il ressort que les 19,5% de nouveaux Aas, inconnus dans le maïs normal, sont le fruit de la mise en jeu du trytique d’agression HSP-plasmide-enzymes cytoplasmiques et que seules les enzymes cytoplasmiques ont pu synthétiser ces nouveaux Aas. Le maïs a produit ses armes et de manière très importante. Outre les nouveaux variants d’acides aminés en quantité importante, il ne faut pas oublier qu’ils entrent dans la composition de peptides d’agression, et que ce faisant, ils entrent dans la composition de toxines.

Il y a une autre raison de cette présence d’Aas variants dans une telle proportion. La synthèse d’antibiotiques de la famille colistine-polymyxine B, dont les gènes sont plasmidiques, entraîne une production de HSP avec un rôle de chaperon, de manière à protéger la cellule qui les produit de la toxicité de ces antibiotiques. J’ai trouvé une fois un écrit concernant un gène de résistance à la colistine. Je n’ai pas trouvé de précision concernant la situation de ce gène, plasmidique lui aussi ou chromosomique, voire mitochondrial. La cellule qui produit ce type de toxine, facultativement programmée, puisque plasmidique, est donc capable de parer à une éventuelle toxicité qui pourrait se retourner contre elle. Lorsque l’on introduit un gène nouveau pour l’espèce sur un plasmide, on rompt un équilibre entre divers acteurs, HSP, plasmides, enzymes cytoplasmiques et chromosome ou plutôt information génique. Il manque un élément de régulation, de transfert vers l’extérieur tandis que l’information « situation d’agression » est à son plus haut niveau. On peut comprendre que le système des enzymes cytoplasmiques, qui en fait lui aussi partie, se soit emballé.

Il existe un équilibre entre deux rôles des HSP, celui de l’activation de l’information agression et celui de protection de protéines. Soit les HSP sont différentes, soit une HSP voit son rôle modifié selon qu’elle le lie seule ou en binôme avec une autre protéine. Dans ce second cas, elle agit comme chaperon. Dans le tryptique décrit HSP=information de situation d’agression, enzymes cytoplasmiques et peptides d’agression=réponse active, plasmide=réponse « préfabriquée », cette réponse à l’agression ne doit pas agresser la cellule : elle entraîne, du même coup, soit la synthèse, soit l’activation de HSP qui ont, cette fois-ci, un rôle de chaperon. Certaines HSP agissent en aval, c’est-à-dire lorsque les protéines sont dégradées et qu’il faut les éliminer. C’est le cas des ubiquitines des eucaryotes. Elles fixent la protéine abîmée et l’emmène jusqu’au protéasome qui est le « sani-broyeur » de la cellule. Au passage, l’erreur de la recherche actuelle en biologie moléculaire est d’être trop axée sur le ou les rôles d’une molécule plutôt que de considérer quelle est la logistique de la cellule ou d’un sous-ensemble cellulaire, à plus forte raison d’un organisme entier, c’est-à-dire plutôt que de considérer les buts à atteindre comme un moteur et les molécules comme les rouages de ce moteur.

La bactérie qui produit naturellement la toxine Bt, via la lecture d’un plasmide, a prévu un système de HSP pour que son arme ne se retourne pas contre elle et pour l’exporter. Ces HSP sont codées par son génome chromosomique, qui, lui, n’est pas transféré : les HSP, bien que proches entre espèces, ne sont pourtant pas identiques et l’hôte OGM n’a pas forcément les HSP adéquates pour gérer correctement la situation d’agression que constitue l’intrusion de cette molécule toxique.

Différence entre Vertébrés et Invertébrés

En dehors de la première différence portée dans le nom, à savoir présence ou non de vertèbres, il y en a une autre, à savoir le système de défense. Les invertébrés, qu’ils soient uni ou multicellulaires, présentent une coque extra-cellulaire avec des acides aminés variants. Leur forme, leur défense, leur mobilité sont liées à cette structure externe. Il est curieux de constater que les vertébrés ont choisi un autre type de défense, le système immunitaire et une charpente intériorisée, les os et vertèbres. Cependant, ils ont maintenu, à l’intérieur de cette charpente osseuse, trois éléments, le système nerveux central et le système de synthèse des éléments du sang et les cellules souches primordiales. Outre le système immunitaire tel qu’il est décrit classiquement, les cellules souches permettent un renouvellement des cellules de cet être complexe et probablement une durée de vie augmentée. Quant au système nerveux, son développement supérieur chez les vertébrés, est un atout qui, lui aussi, compense l’intériorisation de la charpente et une fragilité, a priori, plus grande. Un vertébré fait le lien entre les systèmes de charpente choisis, c’est la tortue : sa carapace, externe est liée à l’axe vertébral, interne. C’est un reptile et certains de ces derniers, s’ils n’ont plus d’acides aminés variants, sont capables de produire des toxines cutanées, provenant de la sérotonine, elle-même provenant d’un acide aminé, le tryptophane. Il sont à la charnière entre ces deux systèmes.

Chez les Vertébrés, le système d’alerte des HSP se double du système d’alerte du système immunitaire. Ainsi des anticorps circulent prêts à fixer des éléments jugés dangereux qu’ils reconnaissent, ce sont des capteurs et simultanément des lymphocytes sont prêts à répondre à une alerte avec deux axes de défense, les lymphocytes T capables de détruire des éléments figurés cellulaires et des lymphocytes B capables de se transformer pour fournir des anticorps adaptés. Je pense que l’on a pas vu, chez les Vertébrés, le rôle dévolu qui aux HSP, qui aux molécules HLA et aux anticorps. Il est fait état d’un lien entre système immunitaire, système nerveux central et système endocrinien et cette partie de la science appelée neuropsycho-immuno-endocrinologie provient d’un moteur commun, à savoir le système des HSP.

L’agression par un virus passant de Vertébré à Vertébré, grippal par exemple, met en jeu le système immunitaire pour la partie éléments constitutifs du virus car ce virus est fabriqué par des cellules de Vertébrés et présente une similitude dans ses constituants de base mais il met aussi en jeu les HSP pour la partie réaction thermique à l’infection, par exemple.

La gestion de virus présentant un cycle à deux hôtes Invertébré et Vertébré, de type fièvre jaune, est différente. En effet, la piqûre de l’insecte vecteur apporte des protéines produites par cet insecte, un Invertébré, avec des variants d’acides aminés, d’autant plus qu’il a été agressé lui-même préalablement par l’infection virale, mais aussi le virus, dont les protéines sont elles aussi synthétisées par l’insecte et possiblement modifiées par des enzymes cytoplasmiques, des isomérases. Le sujet piqué doit donc gérer des protéines toxiques à Aas variants issues de l’insecte agressé et des Aas variants également présents dans le virus produit par cet insecte. Pour moi, c’est le rôle dévolu aux HSP, molécule conservée à travers le règne vivant, que de gérer ces protéines et des Aas non conformes au nouvel hôte. Il existe des lymphocytes T gamma-delta, plus rares que les alpha-bêta, qui ont un rôle plus spécifique vis-à-vis de ces variants. Ces lymphocytes prédominent dans le tube digestif qui est le lieu habituel de contact avec des protéines à Aas variants mais existent aussi dans le sang circulant et les ganglions. Ce sont eux qui vont être les acteurs de la défense, dans un tel cas. Vu la toxicité des protéines et des Aas, on comprend que la réaction soit plus violente qu’avec la grippe. Parfois si violente, qu’elle peut être mortelle.

Au passage, la production d’un vaccin contre la fièvre jaune (ou anti-amarile) sur des cellules de Vertébrés est une bonne chose car ce vaccin met en jeu prioritairement le système immunitaire classique et évite une immunité beaucoup plus violente médiée par les HSP et les lymphocytes, non digestifs, T gamma-delta. Dans le cas de cycle Invertébré-Vertébré, pour moi, le vaccin par passage sur des cultures de cellules de vertébrés présente un intérêt.

La grande pathogénicité des infections ou parasitoses issues de la contamination par un insecte par exemple, par une tique autre exemple, est, en grande partie, due aux acides aminés variants composant les protéines de l’insecte et du virus développé chez celui-ci et au fait que ce sont d’abord et prioritairement les HSP qui actionnent le système immunitaire. Le fait que ces HSP sont elles-mêmes immunostimulantes et qu’elles coopèrent avec les molécules HLA explique la violence de la réaction immunitaire, laquelle peut amener la mort du sujet.

Autre exemple, deux parasites appartenant à la même famille, les agents du paludisme et de la toxoplasmose différent par le fait que le premier comporte un cycle Invertébré – Vertébré et une administration parentérale chez le Vertébré et le second comporte des passages de Vertébré à Vertébré et par voie digestive. La pathogénicité, attendue selon ce qui précède et qui est constatée, dans le premier cas est nettement supérieure à celle constatée dans le second cas. Une partie de la morbidité et de la mortalité due au paludisme chez les enfants ou immigrants récents est en lien avec une pathologie induite pas des protéines constituées d’acides aminés non conformes à l’espèce et par ces acides aminés.

La grande présence de ces acides aminés variants et des protéines qui en contiennent dans le règle vivant, qu’il s’agisse des bactéries, champignons, virus, parasites, végétaux fait que la nature a prévu ces contacts fréquents, essentiellement au niveau du système digestif où, d’ailleurs sont concentrés les lymphocytes T gamma-delta qui privilégient la présentation par HSP à celle par les molécules HLA. Cela explique que les antibiotiques contenant de tels acides aminés variants, issus de la famille colistine-polymyxine, s’ils sont trop toxiques par voie parentérale, ne le sont pas ou peu, en oral. Cela explique aussi les sélections alimentaires d’une espèce qui choisit des aliments contenant uniquement des protéines avec des acides aminés variants qui ne lui sont pas toxiques. A l’inverse, une partie des aliments non comestibles, végétaux essentiellement, correspondent à la présence d’Aas variants, soit en trop grand nombre, soit trop toxiques, soit inclus dans des peptides trop toxiques. La botaniste Aline Raynal avait démontré qu’il existe des tandems naturels entre végétaux et insectes : cela pourrait correspondre à une commune affinité pour certains acides aminés variants que l’insecte trouve chez la plante et qu’il considère comme comestible pour lui. Vu sous cet angle, l’apithérapie, c’est-à-dire l’utilisation des produits dérivés de la ruche en tant que thérapeutique, prend une autre dimension : ce serait par le biais de protéines à acides aminés variants et action sur les lymphocytes Tγδ. Un apiculteur m’a d’ailleurs dit, il y a plusieurs années, que la gelée royale était très intéressante au décours d’une infection ou d’une situation de stress importante. N’est-ce pas là une possible action thérapeutique sur le système des HSP qui vient d’être mis à mal par ce type de situation ? L’administration étant orale, l’action prévisible cible les lymphocytes Tγδ du système digestif. Mais il existe une balance entre les systèmes immunitaires locaux et le système lymphocytaire systémique, d’où une action secondaire sur l’organisme entier.

Toujours vu, sous l’angle de la symbiose naturelle insecte plante, l’apport d’une molécule transgénique dans une plante rendue OGM, en dehors de toute action insecticide spécifique, va risque de rompre les équilibres naturels entre insectes et plantes. Il est connu et reconnu que les OGM parasitent par dispersion d’autres cultures de plantes. Il est logique que le gène spécifique du montage OGM puisse passer sur d’autres plantes par une construction d’un viroïde, en recrutant le matériel de rétrovirus présents dans les cellules (ils constituent une grande partie du génome des êtres vivants, en dehors des gènes fonctionnels). Une contamination incontrôlable d’autres plantes fait courir le risque de rupture de la symbiose naturelle de ces plantes avec les insectes correspondants. Une telle réaction en chaîne porte gravement atteinte à l’équilibre de la nature.

En conclusion, du fait de l’activation des HSP et du fait de l’utilisation d’un élément du tryptique d’agression, le plasmide, une plante rendue transgénique peut développer, outre la molécule voulue, d’autres caractéristiques, absentes initialement, à savoir des protéines à acides aminés variants, et, de comestible, devenir toxique.

N. B. : Les mots clés permettent de retrouver, par exemple, via un moteur de recherche sur Internet, les documents complémentaires nécessaires à l’information des plus curieux. Il ne s’agit pas ici d’une thèse construite sur le mode des thèses donnant lieu à diplôme universitaire. Par conséquent, la bibliographie ne me paraît pas une nécessité. Le niveau de compétence dans ce type de domaine de potentiels lecteurs étant très varié, il me semble inutile d’alourdir ce qui est peut-être déjà pour certains à la limite du digestible.

Docteur Marie-Hélène GROUSSAC

Mots clés :
D-acides aminés ; L-acides aminés ; molécules chirales ; énanthiomères ; isomères ; antibiotiques ; antifongiques ; antimitotiques ; enzymes cytoplasmiques ; isomérases ; plasmide ; opéron ; cluster ; transgénique ; OGM ; vaccin hépatite B ; protéine HBs ; toxine Bt ; Maïs Bt ; syndrome du tryptophane toxique ; tryptophane transgénique ; HSP ; heat shock protein ; protéine de choc thermique ; molécules HLA ; neuropsycho-immuno-endocrinologie ; lymphocytes T gamma-delta ; lymphocytes Tγδ ; vaccin contre la fièvre jaune ; vaccin anti-amarile ; paludisme ; toxoplasmose ; colistine ; polymyxine ; apithérapie

Quelques références scientifiques :
Thèse de Université Laval Québec Canada 1997 Michèle Finn ; « contruction et caractérisation de souches mutantes de Streptococcus pneumoniae déficientes au niveau du gène responsable de la protéine SP65 (HSP 70) »
F. Maurel :« Stéréochimie et modélisation moléculaire : interaction drogue récepteur »
Internet, auteur anonyme : « La synthèse peptidique non ribosomale  »
Cervera Christophe : « organisation de la cellule eucaryote »
Aline Raynal-Roques : « la botanique redécouverte  », éd. Belin, INRA, 1994, chap.8 : les modes de vie : Mouvements liés à la croissance des organes, P273 ; 3-Coadaptation aux animaux, P283-285


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Juin

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2930311234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293012
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Annulation essais OGM de 2006

dimanche 30 novembre 2008

La Confédération paysanne vient enfin de se voir notifier à la suite des
recours déposés par le syndicat et d¹autres intervenants l¹annulation par
des arrêts successifs du Conseil d’État dans les dernières semaines de
toutes les autorisations d’essais OGM accordées en 2006.

Ainsi, Biogemma, Monsanto, Pioneer et Syngenta ont semé en 2006, 2007 et
pour certains en 2008 des essais aujourd’hui dépourvus de base légale.

Plus d’infos :
confederationpaysanne.fr

Le Collectif des Faucheurs Volontaires Rhône-Loire