L’Église catholique en Argentine...

... ou la peur de la beauté
mercredi 19 décembre 2007
par  Cristina Castello
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« ... Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d’être libre et je te continue....
 »
Paul Éluard

« Prison à vie pour un ancien aumônier de la dictature argentine »

Il faut garder en mémoire l’horreur vécue en Argentine durant le génocide de 1976-1983 dont le bilan, 30.000 personnes disparues. Un génocide dont le visage visible a été les militaires dictateurs et dont le visage occulte et organisé par les Etats-Unis était ce qu’on appelait à l’époque la « Doctrine de Sécurité Nationale » pour chaque pays de l’Amérique Noire ; pour l’Amérique Latine tout entière, on parlait de la « Doctrine de Sécurité Continentale ».

L’ancien aumônier catholique de la police argentine Christian Von Wernich a été condamné en octobre à la prison à vie pour des crimes de lèse- humanité.

Christian Von Wernich

Ce « monseigneur », âgé de 69 ans, a été condamné pour son implication dans des cas de torture, enlèvement et meurtre. Mais il n’est que l’un parmi tous les génocides et les bourreaux de l’Argentine.

Christian Von Wernich

La complicité de l’Église Catholique lors du génocide vécu en Argentine pendant la période 1976-1983, est de toute évidence.

Les preuves de tout cela sont entre les mains de la Justice et à la vue de tous depuis le « Jugement aux Juntes [militaires] » de cette dictature, connu comme le « Jugement du siècle ». Cette dictature, « parfaite » dans la conception et l’exécution des crimes, vivra toujours dans les viscères de l’horreur. Dans la mémoire incontournable.

Lieutenant Général Jorge Rafael Videla : « En tant que Commandant en Chef de l’Armée il a fait partie de la Junte Militaire [triumvirat constitué par les commandants en chef des trois armes] entre 1976 et 1982. Imputé de privation de la liberté et homicide en trois occasions, de privation illégale de la liberté réitérée en seize occasions, de privation illégale de la liberté et tortures réitérées suivies d’homicides en neuf occasions et tout cela en concours réel ».

Mais Videla n’a pas été le pire. Tous l’ont été et surtout l’indifférence de la majorité de la société argentine, d’habitude lente lorsqu’il s’agit de réagir en faveur de la vie. La documentation concernant cette galerie de l’effroi abonde.

œuvre de León Ferrari, prix biennal de Venise, entre autres [1]

Alors ?

Alors, il n’y a qu’une mémoire des utérus clôturés : ceux des mères qui ont leurs fils assassinés ; et ceux des mères qui ont enfanté la vie en prison, et dont leurs bébés furent volés par les criminels.

Alors, il n’y a que des cœurs battants qui sont ainsi qu’une conscience critique du pays le plus « blond » et le plus « européen » de l’Amérique Noire. Les cœurs qui n’oublient pas, sont un hymne dont le chœur est composé des hurlements des mères, pères, enfants, époux et amants des gens disparus. Des sépultures sans nom. Les cœurs aux yeux ouverts à chercher la vie au-delà de la mort.

Il est certain que la beauté, comme synthèse renfermant l’éthique et l’esthétique, représente la lumière pour les innocents. Il est vrai aussi que la beauté, comme synonyme de liberté et de révélation, fait peur aux exilés d’aurores ; donc elle fait peur à la hiérarchie ecclésiastique, celle qui nous menace avec des enfers et des démons en même temps qu’elle met en œuvre ses propres enfers et démons.

Mais il faut savoir que les personnes continuent de disparaître, avec, aussi, ladite nommée « démocratie ».

Julio López, l’un des témoins des atrocités commises par Von Wernich a disparu le 18 septembre 2006. Sans euphémismes : il est mort.

Beaucoup de gens disparaissent.... « Grâce » à la Police, à la faim, au manque de rêves.

Il y a plus de 28 % des personnes (chiffre « dessiné » par le Gouvernement), qui « vivent » au-dessous de la ligne de pauvreté absolue... la misère.

La Sécu n’existe pas, la loi n’est qu’un mot, les médicaments sont mille fois plus chers qu’en France ; le prix des aliments monte sans limite !

La mort est Présence obligée dans les rues... tandis que la belle Buenos Aires vit sous l’apparence.

œuvre de León Ferrari

Eh oui… les « porteños » (habitants de Buenos Aires), sont « blonds », « beaux », « bien habillés », mais.... qu’y a-t-il en dessous ?

Rien d’autre que le désespoir.

Il faudrait en écrire beaucoup.

La vie devrait être plus forte que la vie.

Les européens devraient savoir que l’Argentine et l’Amérique Latine ne sont pas une question folklorique, mais une tragédie.

Me concernant, il me faut le dire, je n’ai d’autre patrie que l’amour et l’art.

Cristina castello


[1Son expo a été interdite à Buenos Aires en 2005 puis 2006. L’interdiction a cessé grâce à l’action des artistes et intellectuelles, dont moi-même.


Commentaires

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L’Église catholique en Argentine...
lundi 24 décembre 2007 à 18h55 - par  Shamoukine

Cristina, ici pierre S.
C’est bien.
Ne pas donner acte, encore et toujours
c’est abandonner le gardiennage
de la porte
aux horreurs sans fin, sans limites
des abjections humaines.
Il ne suffit pas de dire :
plus jamais ça...
on sait que ce ne sont en fait que des mots...des sloggants.
Vigilance doit être partout.
Toi tu as tes mots
j’aime tes mots
et leur sens et leur sujet.
J’aime aussi ton choix de
LEON FERRARI
pour donner une sublime image à ton sujet.
Continue de faire acte
chère poète.
Préocupons-nous
de ce qu’ils disent
ne pas nous concerner:la politique...
(bien voyons)
de ce que nous comprenons pas :
la géopolitique...
(bien voyons)
..pour mieux laisser voie libre
aux crimes..au pluriel..
ici

ailleurs
hier
ce jour
demain
nous ne sommes pas dûpes
Et si nous sommes tout petits
nos langues coupées repoussent
toujours.
Toujours plus
et plus unis contre
les voleurs de vie.
Jamais le noir
ne fut couleur d’espoir.
Merci Cristina
de tes mots en couleurs.

Pierre Shasmoukine.

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mercredi 26 décembre 2007 à 14h50 - par  Cristina Castello

Cher Pierre, cher vous tous,

Je ne peux qu’emprunter les mots de Rimbaud : « Je est un autre ».

Je remercie vivement tes mots.

Me concernant, les mots « en couleurs », ne sont qu’un besoin intérieur,et surtout un bien forte engagement, aussi bien comme poète que comme journaliste.

Personne ne pourra éteindre le feu des cœurs battants au cri et /ou au murmure de essayer de « changer la vie ».

Continuons le défi de semer pour ne pas vivre en vain et surtout pour tâcher de dessiner un sourire aux yeux des innocents !

Cristina Castello
http://www.cristinacastello.com

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L’Église catholique en Argentine...
mercredi 19 décembre 2007 à 15h03 - par  Sandrine

Les argentins sont blonds, beaux et bien habillés….
Oui, bien sûr que les européens voient l’Argentine ainsi
Mais comment ne le pourraient-ils pas ?
Il faut creuser pour trouver l’horreur, alors quelle importance… pas d’effort de ce côté-là non plus.
Le nombrilisme est tellement plus pratique.
Peut-être, lorsque le désespoir envahira toutes les rues et avenues d’Europe les consciences s’éveilleront-elles ?
Tant de gens vivent sous l’apparence, qu’on ne voit qu’elle, brillante, illuminer ou attrister les regards.
Une mémoire lourde à porter et à transmettre, mais toujours fidèle à "Ta patrie".

Merci Cristina

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mercredi 26 décembre 2007 à 15h02 - par  Cristina Castello

Chère Sandrine,

« Je n’ai pas de l’espoir. J’ai l’imagination » (Roberto Juarroz).

Je ne peux te répondre rien d’autre chose.

Plus le monde tombe, plus nous lutterons, armées des mots célestes,
d’amour, et de cohérence.

Toute pleine de convictions, que personne ne ébranlera.

Toute pleine d’admiration pour toi,

Cristina Castello
http://www.cristinacastello.com

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