Lettre d’elèves de Terminale au Président de la République

lundi 19 décembre 2005
popularité : 1%

Retour sur les banlieues. Plutôt que d’écouter les vociférations d’un ministre de l’Intérieur sans crédibilité ou d’un philosophe en mal de notoriété, voici le témoignage de jeunes d’une classe de terminale BEP...

Jean Dornac

Reçu de Jean-Luc Gonneau

Réchauffer la banquise

• Decembre 2005 • N u m é r o 42 •
• L e s P u b l i c a t i o n s d u C a c t u s / La Gauche ! •
www.la-gauche.org

Lettre des élèves transcrite par Régis Signarbieux

Voici une lettre écrite par les élèves de terminale BEP bioservices à la suite d’un débat en classe sur ce qui se passe dans nos banlieues. A ma grande surprise, ils ont décidé d’agir et donc d’écrire au Président de la République. Ils ont dès lors dicté à leur prof de français-hist-géo cette lettre. J’ai écrit au tableau et ils ont effectué les corrections qui s’avéraient nécessaires. Qui sont ces "jeunes" ? Ce sont 15 élèves de BEP bioservices assistant technique d’alimentation et maintenance hygiène des locaux, ils sont dans un établissement ZEP et ont des choses à dire !

Monsieur le Président de la République,

Nous sommes des élèves du lycée professionnel Valmy de Colombes en terminale bioservices. Nous vous écrivons pour vous expliquer ce qui se passe dans notre pays, la façon dont nous voyons les choses et comment nous les vivons. Si les jeunes des cités se révoltent aujourd’hui c’est pour répondre aux provocations du ministre de l’intérieur, monsieur Sarkozy. Selon nous, un ministre doit avoir un minimum de respect dans sa façon de parler et faire attention à ce qu’il dit. Il n’a pas à dire qu’il va nettoyer les cités au Kärcher et traiter les jeunes de racailles. La majorité d’entre nous habitent dans des cités et on n’est pas des racailles ! On est juste des personnes comme les autres qui demandent à être respectées et écoutées. Le couvre-feu et l’expulsion des étrangers qui ont commis des violences n’arrangeront rien. De même pour les emprisonnements. Le problème provient du chômage et du racisme. Beaucoup d’habitants du pays n’ont pas de travail, les noirs et les arabes et les étrangers sont victimes de discriminations dans la recherche d’emploi mais beaucoup de « Français blancs » sont aussi au chômage. Les jeunes d’origine étrangère sont violents car ils ne trouvent pas d’autres moyens de s’exprimer pour faire passer leur message.

Ils brûlent des voitures, des bus, des écoles maternelles, des centres commerciaux, agressent des personnes. Nous ne sommes pas d’accord pour agir ainsi et c’est pour cela qu’on vous écrit. Mais on les comprend. La voiture est un objet de valeur facile à détruire et à leur portée, les bus appartiennent à nous tous et les brûler touche tout le monde. Lorsqu’ils détruisent des écoles, ils montrent qu’ils sont prêts à tout pour être pris au sérieux qu’ils en ont vraiment assez. Par exemple, certains d’entre nous se sentent rejetés par les élèves des lycées généraux, ils pensent qu’on est bon à rien et c’est la même chose quand on habite une cité par rapport à l’extérieur. Souvent des jeunes agressent les personnes qu’ils aimeraient être qui ont un bon travail qui sont bien habillées.

On s’est marié avec la République et elle nous a trompé ! On est venu chercher nos parents et arrières grands parents, ils ont construit les cités et la France et maintenant vous voulez nous jeter. Nos ancêtres ont combattu pour la France, parmi nous le grand père malien d’une de nos camarades y a laissé un bras. Aujourd’hui vous faites intervenir des imams pour remettre de l’ordre. Pour nous c’est n’importe quoi ! Beaucoup de jeunes ne sont pas musulmans et la religion est un choix personnel, on ne la mélange pas avec la politique. Certains policiers abusent de leur pouvoir et ne respectent pas les jeunes.

Souvent les hommes politiques nous jettent des fleurs, ils veulent nous séduire et après ils ne font rien pour nous. Donc la mauvaise image des cités continuera, les solutions ne seront pas trouvées et les voix du Front National augmenteront. Et nous irons voter en 2007 !
Pour renouer le dialogue avec les jeunes il faut essayer de nous comprendre et ne généralisez pas tout. Rencontrez les associations de quartier. Il faut lutter contre le racisme et appliquer la loi contre les entreprises qui font de la discrimination. Il faut aussi médiatiser des campagnes contre le racisme et donner une image positive des cités. Il faut résoudre le problème du chômage.

A 14 ans, on ne sait pas ce que l’on veut faire, on change souvent d’avis. Comment un jeune qui a des difficultés à l’Ecole peut-il travailler en entreprise ? Pour certains d’entre nous c’est une façon de se débarrasser des jeunes qui ont des difficultés à l’Ecole et pour lesquels on ne trouve pas de réponse.

Nous espérons que notre lettre vous fera comprendre notre situation et que vous trouverez des solutions. Dans l’attente d’une réponse de votre part, veuillez agréer monsieur le Président de la République nos salutations distinguées.

La classe de Terminale BEP bioservices ATA et MHL.

Régis Signarbieux est professeur de lettres-histoire-géographie au lycée professionnel de Valmy Colombes (92)


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

EPR : NON

lundi 3 juillet

Achetez responsable

samedi 17 juin

Pour soutenir les Palestiniens, achetez chez les commerçants qui affichent ce label.

BDS

mercredi 16 mars 2011

"Nous savons tous très bien que notre liberté ne sera pas entière tant que les Palestiniens ne seront pas libres"
Nelson Mandela