Pollution des eaux par les mécicaments...

Fonds d’estuaires et autosatisfaction des analyses officielles de l’eau potable.
vendredi 30 novembre 2007
par  Luc Douillard
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Un article intéressant dans "Libération" du mardi 27 novembre

Cela fait des années qu’on essaye de briser le mur de silence. En vain. (On avait déjà constaté qu’il est possible d’étudier précisément la consommation de cocaïne ou d’héroïne d’une ville en étudiant ses rejets. Mais ces études n’intéressent pas les Français, parait-il).

Lorsque vous lisez une analyse autosatisfaite de la qualité de l’eau potable diffusée par votre élu local (ou par sa régie municipale, privatisée ou pas), vous constaterez invariablement que les analyses des eaux qu’on rend publiques pour rassurer l’usager ne concernent que les taux de nitrates (et la présence plus qu’improbable de microbes, après le traitement au chlore, voire la turbidité), parfois les pesticides. Mais lesquels ?

Alors que le vrai problème, celui dont il vaudrait mieux ne pas parler pour jamais paniquer le consommateur ni l’électeur, ce sont les polluants persistants comme les métaux lourds (et encore les pesticides, voire les traces de radioactivité, minimes mais dont il est serait si intéressant de surveiller la courbe.)

Ainsi que ces rejets massifs de médicaments dont l’effet toxique est si difficile à apprécier en raison de l’absence d’études méthodiques sur la transformation finale des produits et de leurs synergies imprévisibles en "bouillon de culture". Il a été dit parfois qu’il seraient responsables de la montée des allergies, de la baisse de la fertilité humaine, etc. Allez savoir, puisqu’en haut lieu on préfère ne pas trop savoir. En effet, il suffit de ne pas étudier ce qui pollue le plus, pour garantir de bons résultats.

Evidemment, il vaudrait mieux ne pas trop boire les eaux d’un fond d’estuaire de grand fleuve, comme au Havre ou à Bordeaux ?
Heureusement qu’à Nantes, on a l’effet "Estuaire" (et des élus verts peu contestataires ? ça rime ?), qui nous protègent de tout souci.

Luc Douillard


Que cherchez-vous ?

Hélène Budzinski, chimiste à l’université de Bordeaux et au CNRS.

« La pollution des eaux par les médicaments »

« Parmi toutes les sources de pollution des eaux, il en est une qui devient de plus en plus préoccupante : c’est celle due à la consommation de médicaments par l’homme et par les animaux d’élevage. Je dirige une équipe qui travaille à évaluer l’état de contamination des rivières et des océans. Nous essayons, de façon générale, d’identifier les sources de contamination et leur impact sur la santé, et de hiérarchiser les risques liés à cette dissémination. Nous avons été parmi les premiers, il y a une dizaine d’années, à soulever la question du devenir, dans l’environnement, des molécules utilisées en pharmacie et parapharmacie.

Cassure de l’ADN. On trouve de tout dans les rivières. Des hormones issues des contraceptifs, des anticancéreux, des opioïdes, des anti-inflammatoires, des antibiotiques… Cette affluence s’explique aisément : la population augmente, la consommation de ces produits aussi, plus vite d’ailleurs que la démographie, et les stations d’épuration des eaux usées saturent, et cela d’autant plus qu’elles n’ont pas été conçues pour bloquer ce genre de molécules. Une partie d’entre elles passe donc des urines aux rivières. Certaines y arrivent dégradées, d’autres sous leur forme initiale. Nous tentons, sur le terrain, de les repérer, d’évaluer leur concentration, de trouver leurs sources. Et d’évaluer, en laboratoire, leur toxicité et de modéliser leur impact possible sur la chaîne d’organismes qui utilise ces eaux contaminées : la faune, la flore, les cultures, l’homme et les animaux domestiques. Nous travaillons typiquement au laboratoire sur des poissons ou des moules. Il arrive que nous observions des phénomènes comme une cassure de l’ADN après une exposition à telle ou telle molécule. Mais cela ne suffit pas à conclure. Il faut évaluer les capacités de l’organisme à réparer ces cassures. Et voir si ce qui se passe au niveau d’un poisson est significatif au niveau d’une population de poissons. On manque encore de données dans ce champ d’investigation très large et très neuf.

Sa complexité est renforcée par le fait que les molécules se modifient dans l’eau. Les produits de leur dégradation sont parfois plus toxiques que la molécule initiale. Et puis, il y a le problème des mélanges, dans l’eau, entre des substances qui peuvent par synergie être plus toxiques que de façon individuelle. Lesquelles ? Cette question est posée pour les produits chimiques réévalués au niveau européen dans le cadre des accords Reach. Mais l’industrie pharmaceutique va devoir, elle aussi, se préoccuper de l’impact environnemental de ses molécules.

Toxicologie. Pour nous, c’est tout un nouveau domaine de collaborations qui s’ouvre entre spécialistes de l’écologie, de la toxicologie, de l’épidémiologie. Un exemple : il apparaît que les antibiotiques donnés en grande quantité au bétail se retrouvent dans les lisiers, lesquels sont épandus, et peuvent entrer dans les plantes… Avec quels effets ? Nous venons de lancer sur cette question un programme de recherche coordonné par l’Inra. Elle est importante, à l’heure où l’on s’efforce de diminuer la circulation des antibiotiques, pour ne pas accélérer l’apparition de bactéries résistantes à ces précieuses molécules médicamenteuses. »

Propos recueillis par Corinne BENSIMON, Libération27 novembre 2007.


Commentaires

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Pollution des eaux par les mécicaments...
jeudi 28 février 2008 à 01h48 - par  Yann Olivaux

Bonjour,

Je découvre aujourd’hui ce texte.
J’ai développé cette inquiétante problématique de santé environnementale liée aux nombreux résidus médicamenteux et cosmétiques humains ou vétérinaires dans un livre de référence intitulé "La nature de l’eau" en octobre 2007 (revu et corrigé par 40 collaborateurs !).
Récemment, j’ai contacté Hélène Budzinski, chimiste à l’université de Bordeaux et au CNRS pour échanger sur ce sujet. Aucune réponse .... J’ai également interpelé les nombreuses associations environnementalistes et groupes politiques qui prône sans aucun regard critique l’innocuité sanitaire à terme de l’eau du réseau (voir le blog de Marc Laimé : eauxglacees.com -archive : municipales (23). Leurs réactions se résument à l’ostracisme ou le déni !
C’est désolant...
Merci donc pour ce salutaire article.
Restons vigilants

Bien à vous

Yann Olivaux

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