Canicule : une sécheresse mal gérée par le pouvoir et l’agriculture intensive

mardi 20 août 2019
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Par Claude-Marie Vadrot

Ni les climatiseurs ni le gouvernement ne peuvent régler les conséquences du réchauffement climatique et sauver la biodiversité menacée.

Depuis le dimanche 21 juillet, environ 10 millions de climatiseurs individuels se sont mis ou remis en route sur le territoire français. Sans compter les installations intégrées dans les nouvelles constructions. Malgré un prix moyen de 300 à 500 euros, les climatiseurs mobiles utilisés, selon les aveux des constructeurs, servent au maximum une quinzaine de jours par an. Ce n’est pas leur seul défaut. D’abord, s’ils fournissent de l’air frais, ils rejettent à l’extérieur de l’air chaud, entraînant une surchauffe urbaine de 1 à 2 degrés en moyenne. Ensuite, ils laissent échapper dans l’atmosphère un fluide frigorigène (en général un hydrofluorocarbure), un gaz qui est entre 1 100 à 1 300 fois plus réchauffant pour l’atmosphère que le CO² responsable des désordres climatiques actuels. Enfin, ils sont impuissants à rafraîchir les millions d’appartements et maisons individuelles considérées comme des passoires thermiques, tout en augmentant considérablement le montant des factures d’électricité, essentiellement d’origine nucléaire. Les périodes de canicule induisent donc des effets qui contribuent aux réchauffements. Pourtant, il se vend chaque année entre 300 000 et 400 000 des ces engins.

L’agriculture paysanne menacée

La sécheresse qui affecte actuellement 73 départements compromet les activités agricoles traditionnelles, qu’il s’agisse des fruits ou des légumes de saison. Pour prendre conscience du désastre, il suffit de faire le tour des modestes exploitations maraichères, qui alimentent les petites villes qu’elles entourent et les marchés de province. D’autant plus que ces maraichages se révèlent incapables également, et ce depuis au moins deux mois, de fournir les plants de salades, de choux et d’autres légumes, dont ont besoin les jardins familiaux qui permettent à des millions de familles de faire des économies, qu’il s’agisse de consommation immédiate ou de mise en conserves pour l’hiver à venir. Les rares plantes qui réussissent à pousser sont rapidement grillées. D’autant plus que les préfectures ou les mairies prennent des arrêtés d’interdiction d’arrosage qui touchent tous les usagers. Les petits comme les gros exploitants agricoles. Comme s’il était possible de comparer ceux qui parcourent leurs jardins un arrosoir à la main et les céréaliers qui pompent l’eau dans les nappes ou dans les cours d’eau déjà à moitié à sec.

Les promesses financières impuissantes

À ceux là et aux gros maraichers le gouvernement promet un milliard d’euros d’avances (remboursables). « Comme si cet argent pouvait être semé, râle un maraicher du Loiret. Et il faudra des années pour réparer les dégâts, si je ne fais pas faillite avant. Ce ne sera pas le cas des agriculteurs industriels qui cultivent du maïs ou des tournesols sur des terres qu’il faut arroser en permanence. » Il suffit d’ailleurs de traverser la Beauce pour s’apercevoir que les exploitations qui pratiquent ces cultures ne respectent même pas les interdictions, et dispersent des jets d’eau dont 90 % s’évaporent en touchant le sol. Ensuite, le manque d’eau aux périodes habituelles entraine une hécatombe dans la petite faune sauvage, qu’il s’agisse des oiseaux que l’on trouve morts un peu partout dans les jardins, sur les chaussées et dans la campagne, car ils ne trouvent plus à boire.

Même mortalité importante chez les lapins, les hérissons, les renards, les écureuils, les grenouilles ou les crapauds. L’obstination impuissante des merles, par exemple, à extraire des insectes ou des vers d’une terre dure et desséchée en est une illustration permanente au cœur d’une végétation jaunie ou morte. Quant aux arbres, ils sont en apparence plus résistants, malgré les feuilles séchées qui parsèment les sols. Pourtant, ils subissent un stress hydrique qui les tuera au bout de quelques années. C’est ce que craignent les forestiers et les arboriculteurs. Des professionnels qui dénoncent aussi la multiplication sur les rivières des « plans d’eau » touristiques, des barrages dont l’eau s’évapore et se réchauffe en privant les poissons d’oxygène.

Contrairement aux idées reçues, la France ne manque pas de pluies. Mais en raison du dérèglement climatique, elle tombe plus violemment et sur des terres qui ne l’absorbent plus, ce qui réduit l’approvisionnement des nappes souterraines. D’ailleurs, les relevés de Météo France le montrent et rappellent par exemple qu’en 2018, la pluviosité a été légèrement excédentaire…

politis.fr


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