« Sous l’aisselle d’un papillon »

Gonzalo Vivián, peintre argentin. L’artiste de la fraternité
dimanche 11 novembre 2007
par  Cristina Castello
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Dans «  Tangocho  » (*) l’étreinte des couples qui dansent, est une manière de suffoquer l’épouvante d’une « humanité » devenue atroce.
Gonzalo Vivián possède un arc-en-ciel dans sa nature. Tout seul - destin de prophète - et peuplé de couleurs, il peint la négritude du monde sans en abjurer la tendresse. Son œuvre n’est pas une dénonciation mais un témoignage. Elle n’est pas une simple pantomime ni un tract. Elle n’est pas espérance. Elle est générosité.
Sa plume de peintre roucoule un cosmos éloigné de la prose. Le cosmos d’un poète dont l’univers protège la résonance altruiste du « nous », sans que pour cela la forme dissipe sa lumière.

Des yeux. En veille, surveillants, désespérés, brillants, des yeux avec des questions et d’autres avec des réponses. Des yeux de Gonzalo semblables aux yeux d’un Christ qui demande une réponse à Dieu dans certains de ses portraits. Des yeux cavernes qui hurlent silencieux l’abandon des innocents de la planète. Des yeux, dans quelques œuvres, qui ressemblent à « Le cri » d’Édouard Munch. Des yeux d’un temps arrêté qui recherchent l’Absolu dans les peintures de la « Série de l’Absence », qui approchent Vivián de « mon » bien aimé Eugène Carrière.
Dès l’art figuratif jusqu’à l’abstraction, notre artiste est libre de tout « isthme », mais il n’en ignore aucun : « Che Bandoneón », peinture lumineuse à l’huile, lui témoigne au travers de plusieurs styles qui coexistent harmonieusement dans son esprit. Et voilà le tango, qui dans ce cas et dans le couple dansant, est un jeu et la promesse d’un passé qui suggère un avancement vers un futur… humain ?

Le « Tango Vivián », un pas de deux. Ce moment dramatique et lyrique d’amour et de mort et de la mort par amour. Dans ses œuvres, êtres avec de rudes corps s’effleurent doucement dans un « dos por cuatro ». Des bleus et des jaunes s’embrassent en cadence. Les couples s’entremêlent, s’enlacent, dansent sur la piste ou entre le ciel et la terre : dans le « Bleu Vivian ». Et la solitude et l’horreur, et toujours les yeux. Oui. Mais le tango apparaît comme une caresse entre des êtres qui sont un bandonéon, un piano ou un violon.
« Violon Vivian ». Âme de violon. Peut-être parce que d’après Kandinsky, l’artiste est comme le violon dans les mains d’un expert : le moindre coup d’arc le fait vibrer. Ainsi de ce mode, même dans les gris quand il existe des gris dans ses tableaux, la vie s’ouvre comme une mosaïque et présente tous les traits où l’essence de l’homme se condense.

Les « Femmes Vivián », peintes, dessinées ou légèrement suggérées, presque toujours solitaires, sont le phare du mystère. Ces femmes ont vu naître la série « Les voyageurs à pied », ces personnages qui furent cinq années plus tard des personnes à part entière : les « Piqueteros ».

« Poète Vivián », il prophétise à travers ses œuvres sans se le proposer et il témoigne du déshonneur dont souffre l’homme. Mais il existe un secret : pendant la nuit, il dort sous l’aisselle d’un papillon et il inonde d’arc-en-ciel sa besace pour dessiner dans le monde son meilleur rêve : la fraternité.

(*) « Tangocho » est le dernier livre de Gonzalo Vivián


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