La Macronie laisse François de Rugy monter seul en première ligne

vendredi 12 juillet 2019
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Par Antton Rouget et Ellen Salvi

Aucun cacique de LREM n’est monté au front pour défendre Rugy. En « off », plusieurs élus font part de leur panique face à une affaire qui tombe franchement mal après la crise des « gilets jaunes ». Pour l’heure, l’ancien président de l’Assemblée reste toutefois au gouvernement.

Une journée après les révélations sur les dîners fastueux des époux Rugy sur fonds publics, la majorité présidentielle reste silencieuse. Gênés aux entournures par la puissance symbolique des images de homards géants et de grands crus servis par l’actuel ministre de la transition écologique et solidaire à ses convives, lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, les députés La République En Marche (LREM) préfèrent ne pas répondre à nos questions. Des smileys gênés, des « je n’ai aucune info », des « je ne sais pas de quoi il s’agit exactement »… Et quelques rares langues qui acceptent de se délier, « mais vraiment, en triple off ». « S’il est avéré que ces dîners ont un caractère privé, c’est dramatique, glisse ainsi un élu de la majorité. Après les gilets jaunes, c’est le pire truc qui pouvait nous arriver. Les images sont terribles, on a l’impression que c’est le retour de la monarchie, du roi et des agapes. Quand je pense qu’en tant que parlementaire, on justifie le moindre euro… »

Alors que l’opposition crie au scandale, appelant même à la démission de François de Rugy, la majorité et le gouvernement font le service minimum de la riposte. Seul le compte Twitter « Team Progressistes », piloté par un cadre du parti présidentiel ayant coordonné avec l’Élysée les manipulations sur les réseaux sociaux lors de l’affaire Benalla, s’est risqué à une défense pour le moins hasardeuse, pour ne pas dire parfaitement contre-productive, sous les regards de désolation de nombreux macronistes. Signe que l’heure est grave : aucun élément de langage – les fameux « EDL » – n’a été diffusé dans la foulée de la parution de l’article. « Matignon attend sans doute que les choses se précisent et que le ministre apporte des explications pour chaque dîner », estimait un cadre du parti dans la matinée. Chacun attendait surtout que le numéro deux du gouvernement s’exprime publiquement et de façon plus détaillée qu’il ne l’avait fait dans la matinale de France Inter. Le compte rendu du conseil des ministres lui en a donné l’occasion. Il s’y est défendu tout seul, sans que personne se hasarde à franchement l’épauler.

Pendant de longues minutes, François de Rugy a rappelé aux journalistes son goût pour la transparence et détaillé ce qu’il avait fait, lorsqu’il était encore à l’Assemblée, pour réduire les frais de son personnel et de ses élus. S’il a reconnu que les images de homards géants pouvaient susciter « des réactions, et même des incompréhensions et des interrogations », le ministre a toutefois axé l’ensemble de sa défense sur l’attaque, en l’occurrence de Mediapart, parlant de « propos mensongers », de « présentation tendancieuse » et de « parti pris militant ».

« Je ne sais pas si c’est lié à mon nom (sous-entendu à sa particule – ndlr), mais je vois bien les intentions qu’il y a derrière », a-t-il même tenté. Quand il est acculé, le « nouveau monde » n’hésite pas à s’inscrire dans les pas des Fillon, Le Pen, Cahuzac ou Sarkozy. « Fillon qualifie Mediapart d’officine financée par de riches amis de Hollande. Même Fillon perd ses nerfs. Insulte à la presse », avait pourtant tweeté François de Rugy, en avril 2012. Dans la foulée des explications du ministre, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a affirmé que François de Rugy conservait « bien évidemment » la confiance du président de la République et du Premier ministre. Avant d’insister sur l’attachement de l’ensemble des macronistes à « l’utilisation des deniers publics ». « Un souci permanent », à l’en croire. Au sein de la majorité, cette déclaration fait sourire certains. « En règle générale, lorsqu’il faut dire qu’on conserve la confiance, c’est que la confiance est entamée », plaisante un élu.

Au printemps 2017, Richard Ferrand, menacé par l’affaire des mutuelles de Bretagne, avait lui aussi « la confiance » d’Édouard Philippe, ce qui ne l’avait pas empêché de quitter le gouvernement quelques semaines plus tard. Et d’être recasé à la présidence du groupe majoritaire à l’Assemblée Nationale où, ironie de l’histoire, il a ensuite succédé à François de Rugy au perchoir. En juin de la même année, le premier ministre estimait que la position de François Bayrou, alors Garde des Sceaux, n’était « pas fragilisée » malgré l’affaire des assistants parlementaires du MoDem. Il démissionnait également peu de temps après. Dans un autre genre, le chef du gouvernement avait encore estimé, le 14 juillet 2017, que le chef d’état-major des armées, Pierre de Villiers, pouvait « bien entendu » rester à son poste. Il était limogé le 19.

L’affaire Rugy embarrasse d’autant plus les macronistes que la majorité avait affiché, au début du quinquennat, sa volonté de mettre fin aux abus au Parlement. Rapidement, l’Assemblée avait d’ailleurs instauré un contrôle sur les frais des députés et réussi à faire passer cette légère amélioration, certes nécessaire mais en réalité minime, voire inefficace, comme une révolution démocratique. « Ma crainte est qu’après cette loi d’affichage après l’affaire Fillon, nous n’avancions plus sur ces thématiques », s’inquiétait début 2018, après le vote du texte, un député LREM. Nous y voilà donc, dans ce scénario que cet élu redoutait tant, d’une majorité qui a tourné le dos aux promesses de renouvellement des pratiques et d’exemplarité qui a pourtant fait le sel de son élection. Plus grave encore : l’attitude du pouvoir face à l’affaire Rugy – consternation en privée, silence de façade, absence de sanctions immédiates – est devenue la norme dans plusieurs affaires mettant en cause la probité d’élus, érigeant ainsi l’impunité en système.

Ce fut notamment le cas au moment des révélations de Mediapart sur les folles dépenses – déjà – du député LREM du Val-de-Marne Jean-Jacques Bridey, président de la Commission de la défense à l’Assemblée. Lorsqu’il présidait la société d’économie mixte de la ville de Fresnes (SEMAF), l’ancien maire avait accumulé une montagne de notes de frais en grands crus, coupes de champagne, pièces du boucher, huîtres, coquilles Saint-Jacques, langoustines et caviar. Et ce, sans compter le fait que l’élu est également visé par une enquête judiciaire depuis qu’il est soupçonné d’avoir indûment perçu 100 000 euros d’indemnités grâce au cumul de ses différents mandats. Après les révélations sur les différents volets de cette affaire, un haut responsable de la Macronie se demandait encore pourquoi Jean-Jacques Bridey n’avait tout simplement pas été écarté du parti, sur la seule base du non-respect de sa charte des valeurs.

Dans le cas du député du Val-de-Marne comme dans celui de François de Rugy, les élus et les cadres de LREM avaient préféré regarder ailleurs. Jean-Jacques Bridey s’accroche aujourd’hui à la présidence de la Commission de la défense de l’Assemblée, sans même paraître menacé par le prochain mercato de mi-mandat. Ce qui peut donner de l’espoir au ministre quant à son avenir au sein du gouvernement.

mediapart.fr


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