MH17 : instrumentalisation antirusse d’une tragédie

jeudi 27 juin 2019
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Par Raoul Marc Jennar

Il est urgent de ne pas regarder ailleurs, de ne pas être indifférent. Une équipe de dangereux incendiaires détient les pouvoirs d’user de la plus puissante armée du monde.

On se souvient de l’horrible drame qui a frappé, il y a cinq ans déjà, le vol Amsterdam-Kuala Lumpur de la Malaysian Airlines abattu par un missile sol-air au dessus de la partie de l’Ukraine où un mouvement pro-russe fait sécession. 298 personnes, dont un grand nombre d’habitants des Pays-Bas, ont perdu la vie. Ce drame rappelait, une fois de plus, que le monde n’est pas en paix et que le survol de territoires en conflits est lourd de risques. Ce que bon nombre de compagnies aériennes semblaient avoir alors oublié.

Dès le début, les pays de l’OTAN, c’est-à-dire les pays sous tutelle des USA, ont accusé la Russie. Sans avancer la moindre preuve. Et en assimilant des sécessionnistes ukrainiens aux Russes. Comme si chaque opération militaire dans cette région de l’est de l’Ukraine était décidée à Moscou. Vu le nombre de ressortissants néerlandais, la Justice des Pays-Bas a mené une instruction qui a conduit à deux conclusions : tout d’abord, le missile sol-air qui a frappé le vol MH17 était de fabrication russe et avait été prélevé sur les réserves d’une unité de l’armée russe ; ensuite, quatre personnes ont été identifiées comme ayant assuré le transfert de ce missile de Russie au Donbass en précisant, dit l’accusation, que ces quatre inculpés « n’ont pas poussé eux-mêmes sur le bouton ».

Il s’agit de trois Russes et d’un Ukrainien. Tous ont un passé militaire. Tous ont été très actifs dans la partie sécessionniste de l’Ukraine. Mais le fait d’apporter un équipement militaire est-ce un indice suffisant pour prouver qui a donné l’ordre de s’en servir et qui s’en est effectivement servi ? Force est de reconnaître que l’accusation ressemble très fortement à une présomption de culpabilité plutôt qu’à une preuve de celle-ci. Si la décision de poursuivre devant la Justice des Pays-Bas ces quatre personnes a très naturellement réjoui les familles néerlandaises des victimes, elle a fortement déplu au gouvernement de Malaisie.

Car si le royaume des Pays-Bas est un allié inconditionnel des USA, qui a donné un secrétaire-général à l’OTAN, la Malaisie est un pays qui est loin de suivre aveuglément les Occidentaux. Déjà, lors de la crise asiatique de 1997, le Premier Ministre Mahathir – qui l’est redevenu il y a peu – avait refusé de suivre les injonctions austéritaires du FMI. Et son pays fut le premier à sortir de cette crise ! Il vient de déplorer que le drame du MH17 soit, depuis le début, politisé. Il a réclamé des preuves et constaté qu’il n’y en a pas. Rien que des « ouï-dire » a-t-il ajouté. Un communiqué de son ministre des Affaires étrangères a précisé que les conclusions de toute enquête sur ce drame doivent être fondées sur des preuves et ne pas être motivées politiquement.

Cette affaire est une illustration de plus de ce que dans la vaste campagne de propagande anti-russe menée depuis quelques années par les Occidentaux, tous les moyens sont bons. Il ne s’agit pas ici de défendre la Russie. Il ne s’agit pas ici de dire ce qu’est la Russie et ce qu’elle n’est pas. Il ne s’agit pas ici de la Crimée. Là n’est pas la question. Il s’agit de se rendre compte que, conduits par les USA qui ont toujours besoin d’un ennemi, qui ont renié les engagements pris avec Gorbatchev de ne pas étendre l’OTAN (dont la raison d’être avait disparu avec la fin de la guerre froide) jusqu’aux frontières russes, qui ne supportent pas les efforts entrepris par Poutine pour rendre à cette grande nation son rang et sa fierté, les Occidentaux et notamment les Européens sont prêts à utiliser n’importe quel drame pour envenimer encore davantage des relations déjà passablement altérées.

On vient d’en avoir une autre illustration : l’empressement avec lequel le ministre britannique des Affaires étrangères s’est aligné sur Washington pour accuser l’Iran d’avoir attaqué deux pétroliers. Cela nous rappelle les motivations invoquées par l’OTAN pour bombarder Belgrade, pour envahir l’Irak, pour intervenir en Libye. On ne compte plus les mensonges des dirigeants occidentaux pour justifier leurs violations du Droit international et s’aligner sur les USA. Nous assistons à une véritable montée des périls, essentiellement à cause d’une politique d’ingérence des USA qui prétendent continuer à dominer le monde soi-disant au nom des valeurs de liberté et de démocratie.

Mais de quelle légitimité pour parler de démocratie dispose un pays dont les fondations reposent sur un génocide et qui tout au long de son existence a soutenu les pires dictatures qu’il a le plus souvent contribuées à mettre en place ? Qu’on se souvienne en Europe de l’appui à Franco, à Salazar et aux Colonels grecs. Qu’on se souvienne des coups d’État provoqués en Iran (1953), au Cambodge (1970) et au Chili (1973). On ne manque aucune occasion de nous rappeler les crimes commis au nom du communisme. À juste titre. Mais quel silence sur les crimes commis par les Occidentaux conduits par les USA ! Le pays qui a lâché sur un Cambodge qui ne faisait la guerre à personne plus de bombes que sur l’Allemagne et le Japon réunis pendant la Seconde Guerre Mondiale a perdu toute légitimité à parler de paix.

Il est urgent de ne pas regarder ailleurs, de ne pas être indifférent. Une équipe de dangereux incendiaires détient les pouvoirs d’user de la plus puissante armée du monde. Le reniement des traités, la guerre commerciale tous azimuts, la sécurité des USA invoquée à tout propos et hors de propos pour imposer des sanctions, le refus de voir d’autres pays progresser dans les technologies de demain, le déni des bouleversements climatiques, bref la volonté américaine de demeurer les maîtres du monde et d’agir selon leur bon plaisir nous conduisent tout droit à des catastrophes dont notre humanité pourrait ne pas se relever.

Il est urgent de renoncer à toute forme de complaisance à l’égard de Washington. Mais, avec Macron, on est loin du compte.

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HLM, des locataires blindés

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Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info