Quand le Canard Enchaîné fait l’éloge de BHL... Triste époque.

vendredi 2 novembre 2007
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Mardi soir. Dernières heures de vente en kiosque pour l’édition de de mercredi dernier 24 octobre, n° 4539, quatre-vingt-onzième année de parution du « Canard Enchaîné », un numéro qu’on n’oubliera pas, et c’est un peu triste.

En effet, nous n’étions pas encore habitués à voir notre journal satirique du mercredi brandir soudainement, lui aussi, l’hypocrite encensoir de la presse peopolisée, cette brosse à reluire toujours douce pour les puissants, tandis que le mépris social se déverse en pluie drue pour le pauvre peuple. Nous étions encore moins préparés à repérer, navré, chez le « Canard » un de ces symptômes qui ne trompent pas sur une maladie corruptrice qui a déjà normalisé le « Libération » de Sartre, et aligné « Le Monde » sur ce qu’autorisent à penser les marchés financiers. Dites-moi qu’on fait un mauvais rêve !

En effet, voici le « Canard Enchaîné » qui cède cette semaine à un compliment aussi imprévu qu’obséquieux pour le dernier ouvrage (fort dispensable) de Bernard-Henri Lévy (et tout ça pour pouvoir nous forcer à avaler aussi sec un éloge de Ségolène Royal !). Voici un contre-emploi fâcheux pour notre cher volatil hebdomadaire, qu’on croyait habitué depuis un siècle à moquer les cuistreries et les vanités de tous les puissants, à rire en particulier de ceux qui prétendent gouverner l’opinion publique, et surtout les bien-pensants prodigues de morale pour les autres et de renvois d’ascenseur pour eux mêmes.

Lisez la critique complaisante du livre de BHL, « Ce grand cadavre à la renverse » (19,90 euros chez Grasset) dans « Le Canard » du 24 octobre 2007, page 6. C’est signé Jean-Michel Thénard. Par le style et par la mauvaise foi, on croirait du Franz-Oliver Giesbert ou du Jean Daniel. (Je suppose que pour lui c’est un éloge ?).

« La fidélité à ses convictions n’est pas chose si fréquente en ces temps de rupture qu’il ne faille la saluer ». Amen ! Qui est ainsi statufié dans « Le Canard » ? BLH himself, sous prétexte que notre sempiternel nouveau philosophe milliardaire n’aurait pas encore rallié l’ouverture de Sarkozy, même s’il est son copain intime de sport d’hiver. Après tout, pourquoi pas, mais que ce soit « Le Canard » qui l’affirme, à propos de cette noble conscience médiatique béhachélienne, si souvent dérisoire et plutôt dédiée aux entartages, ça ne passe pas. On nous aurait changé notre « Canard » ?

Il faut dire que notre hebdomadaire préféré du mercredi a fait une drôle de recrue, en embauchant dernièrement ce Jean-Michel Thénard, précédemment directeur adjoint de « Libération », dont il fut très longtemps chef des pages politiques, vous savez, ces pages désespérantes où il a fallu subir pendant vingt ans de fastidieuses chroniques nous expliquant sur huit feuillets serrés tout le bien qu’il fallait chaque jour penser des chefs du Parti socialiste, là où un demi-feuillet aurait suffit très amplement. C’était cela, le secret de fabrique du « Libé » mitterrandiste puis jospinien de Serge July : Occuper inutilement les esprits des lecteurs avec de faux secrets d’initiés et des rideaux de fumée abracadabrants, jusqu’à plus soif, jusqu’à ce qu’ils se lassent finalement d’acheter le journal, dernièrement vendu aux enchères, faute de lecteurs, à un banquier intéressé. Thénard passé au « Canard », après avoir usé et discrédité « Libé », Thénard connu pour avoir hautement désigné les nonistes de gauche en 2005 comme des lepénistes qui s’ignoraient (avec cette mauvaise foi qui nuisit tant à la cause du Oui...), Thénard au « Canard », ça sonne désespoir, c’est très inquiétant pour cet irremplaçable espace de liberté, et déjà c’est incroyable de retrouver sa prose juste à côté des articles de Jean-Luc Porquet ou d’André Rollin. Jugez-en.

Il faut ajouter que ce n’est pas pour rien que Thénard se décarcasse à faire passer aux yeux des lecteurs du « Canard » notre BHL pour un phare de la pensée. Tout cela n’était qu’un billard à trois bandes pour enfin  », dix lignes dégoulinantes de ségolènisme (on a les héros qu’on peut !) à faire rugir dans leur tombes les fondateurs anarchos du Canard, Maurice et Jeanne Maréchal. Lisez cela, et vous verrez, tout se vaut, si vous êtes prêts à appréciez cela dans le « Canard  », c’est que vous êtes mûrs pour vous contenter des sermons interchangeables qu’on se repasse entre « Le Point » et « Le Nouvel Obs ». [Mes commentaires entre crochets].

« Là, où BHL n’a pas tort [pontifie Thénard dans le « Canard », qui ne nous avait jamais habitué à ce ton condescendant pour lecteurs mal comprenants], c’est que, fut-il vaincu et sous les sifflets, le royalisme [de Ségolène Royal, vous aviez compris : la pensée-Ségolène serait donc la boussole préférée de BHL et de JMT] n’a jamais cessé de poser les bonnes questions à la gauche [« Poser les bonnes questions » : goûtez cette prose thénardienne, ce n’est pas exactement du niveau de Luc Décygnes ou de Bernard Thomas, ces fines plumes du mercredi] sur l’insuffisante remise en cause des années Jospin [car, apprenez, chers lecteurs du « Canard » grâce à BHL et à son glosateur dévoué JMT, sachez enfin que l’expérience gouvernementale Jospin ne fut pas trop à droite, mais trop à gauche !], la nécessaire adaptation du socialisme à la marche du monde [« adaptation », si le Canard se met à parler comme Laurence Parisot du MEDEF et Margaret Thatcher, il y a quelque chose de pourri du côté de la rue Saint-Honoré...], l’indépassable problème des alliances quand le PC s’est effondré. » Bref, virons à droite et entraînons-y « Le Canard » si possible. Conclusion de Thénard : Ces questions resteront « posées » au prochain congrès du PS (au secours, je baille !) et BHL a eu raison de « joliment » qualifier madame Royal d’ « Alice au pays des merveilles idéologiques ». Si c’est un nouveau philosophe qui le dit... Si c’est le nouveau « Canard » qui le pense...

Mon cher Canard, je te lis depuis ma plus tendre adolescence, qui eut lieu sous Pompidou. Mon cher Canard, réveille-toi, ressaisis-toi, car on n’en croit pas nos yeux !

http://lucky.blog.lemonde.fr


Commentaires

Quand le Canard Enchaîné fait l’éloge de BHL... Triste époque.
vendredi 21 décembre 2007 à 14h41

Alors même mon Canard risque d’être pourri ???

BHL ???? un article dithyrambique pour BHL et Royal ????

Dans MON Canard ????

bon, je me vais te me trouver des articles du même topo que celui dont vous parlez dans mon journal préféré puis je vous en ferais part.

donna quichotta, aussi auteur sur Altermonde sans frontière

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