L’enfer des “Drive

mercredi 14 novembre 2018
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Par Bernard Gensane

Ah, les “drive” (“drives”) ? Cette dénomination ne nous vient même pas des États-Unis ou du Royaume Uni. Ces modes d’achat ont vu le jour en France avant que Tesco et Walmart s’y mettent en 2014. Dans le mot “drive”, qui signifie “mener”, “conduire”, il y a de la détermination, du mouvement. Mais comme presque toujours lorsque la langue française emprunte inutilement un vocable à la langue du dollar, c’est pour cacher les turpitudes du monde réel.

Comment les services "Drive" des supermarchés peuvent-ils livrer en quelques minutes les courses à leurs clients ? France 2 a enquêté sur les conditions de travail du secteur en se faisant employer dans un de ces magasins. "Le but c’est que tu fasses une livraison en moins de cinq minutes", explique d’emblée le formateur. Cinq minutes, ça c’est pour la théorie. En réalité, c’est encore plus ambitieux. "Normalement c’est 27 livraisons par heure", selon une collègue. Soit exactement deux minutes et treize secondes par commande.

2’13 mn chrono

Dans ce temps record, les salariés doivent trouver les codes correspondant aux commandes à livrer, les scanner avec un appareil appelé “douchette”, qui chronomètre chacun de leurs gestes et enfin livrer les sacs au client dans sa voiture. Une cadence impossible à oublier : les formateurs sont sur le dos des employés toute la journée. "Allez on y va, on a 2 minutes !", "T’es à cinq minutes, c’est pas normal !", entend-on pendant toute la durée de la vacation. Dès qu’un nouveau client arrive, une alarme, pour le moins désagréable aux oreilles, retentit dans tout l’entrepôt. Toutes les deux minutes en moyenne, elle résonne à nouveau. Au-dessus des têtes des employés, sur un grand écran, les commandes en cours sont affichées. Au bout de quatre minutes, elles passent du vert au rouge, signe qu’ils sont en retard.

"J’ai perdu 10kg en deux mois"

Ce rythme est tellement effrené qu’une salariée affirme parcourir 23 km par jour. “J’ai perdu dix kilos en deux mois", assure-t-elle, essouflée. Ici, une quarantaine d’employés travaille en moyenne six jours par semaine, 6 heures par jour, avec seulement 18 minutes de pause quotidienne. Pour un salaire équivalent au Smic, soit 1 140 euros nets par mois. Un classement est même établi sur un ordinateur après chaque vacation, du plus productif au moins efficace. Et en cas de mauvais score... "Bah ils te virent, répond sans hésiter l’une de nos nouvelles collègues. Ils en ont viré un pour ça." Une situation dénoncée par les syndicats. "Ces gens sont robotisés, (...) on les compte, on les surveille en permanence. (...) On a des gens qui craquent en permanence", explique Bachir Saci, de la CGT de l’Isère.

Des salariés de Bourgoin-Jallieu (Isère) ont même porté plainte contre leur employeur pour dénoncer leurs conditions de travail, accusant leur supérieur de "harcèlement moral". "Je devais aller chercher les gens qui étaient aux toilettes", raconte un ancien chef d’équipe. Le directeur du site en question doit être jugé en février, il réfute les accusations le concernant.

bernard-gensane.over-blog.com


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