Le WWF lance une alerte mondiale sur la biodiversité

mardi 6 novembre 2018
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Par Claude-Marie Vadrot

Au-delà de quelques espèces emblématiques, c’est toute la richesse de la planète qui est en train de disparaître dans l’indifférence des politiques.

Du rapport scientifique sur la biodiversité de la planète publié il y a quelques jours par le WWF (Fonds mondial pour la nature) et la Société zoologique de Londres, la plupart des médias et probablement l’opinion publique auront surtout retenu le sort des tigres, des éléphants ou des rhinocéros menacés d’une rapide extinction. Ces animaux sont en effet victimes du braconnage, car ils représentent une source de revenus pour des réseaux de trafiquants internationaux très structurés et souvent liés au trafic de drogue – mais moins réprimés que ces derniers. Les chasseurs ne touchent qu’une faible partie du profit, et ce sont avant tout les trafiquants qui recueillent les fruits de la vente à prix d’or de corne de rhinocéros (50 000 euros le kilo), des défenses d’éléphants (1 000 euros le kilo) et de la bile ou des organes de tigres. L’ivoire de l’éléphant voit son prix multiplié par six sous forme de sculptures et la poudre de corne de rhinocéros et les substances issues du tigre sont réputées comme médicaments et surtout aphrodisiaques. Ces chasses illégales (20 000 éléphants par an) aggravent simplement la constante détérioration de la biodiversité que décrit et documente longuement l’étude publiée le 30 octobre.

92 % des oiseaux ont disparu

Pourtant, cette étude de 148 pages appuyée sur le travail de centaines de chercheurs, d’une quarantaine d’universités et de l’Union internationale pour la conservation de nature, va bien au-delà de l’avenir de ces espèces emblématique que des dizaines de documentaires ont fait connaître à tous. Ainsi, le rapport documente la moins connue du public chasse aux pangolins – un petit mammifère dont deux millions d’individus sont tués chaque année pour leurs écailles parées de vertus médicinales. Le rapport signale la baisse de 60 % du nombre des mammifères depuis 1970, mais les chercheurs chiffrent aussi à 64 % la diminution de la population des amphibiens, à 50 % celle des reptiles et à 92 % celle des oiseaux. « C’est la première fois dans l’histoire de la planète que Homo sapiens aura eu un impact aussi puissant sur les espèces vivantes et la biodiversité. Au point que seuls 25 % de la surface du globe sont épargnés par les activités humaines et que, si rien ne change, cette proportion sera de 10 % en 2050 », peut-on lire. L’étude met en avant l’assèchement des rivières ou des lacs, la dégradation des terres et des espaces naturels, les forêts décimées ou morcelées et la disparition des zones humides : le très récent congrès mondial de la convention Ramsar, qui les protège depuis 1973, vient de constater que 48 % ont disparu dans le bassin Méditerranéen et 35 % dans le monde depuis 1970. Une catastrophe écologique parmi d’autres.

Un réquisitoire contre l’agriculture intensive

Autres avertissements du WWF : la disparition d’une grande partie des plantes médicinales (entre 50 000 et 70 000 espèces) ou encore la raréfaction des produits de la pêche parce que, depuis les années 1950, il a été prélevé 6 milliards de tonnes de poissons et de crustacés. La perte de la biodiversité impacte également l’apport pour l’agriculture de la vie sous la terre : des insectes et animaux qui représentent un quart de la vie terrestre. Sont également étudiées les disparitions de nombreux insectes (25 000 espèces), des pollinisateurs dont dépendent 75 % des cultures et 87 % des plantes qui fleurissent. Le rapport offre un réquisitoire au ton souvent désespéré sur les ravages de l’agriculture, des élevages intensifs, de la consommation de viande, de la déforestation (2,2 millions d’hectares par an), de l’artificialisation des terres, de la croissance ininterrompue de l’empreinte écologique des populations qui a augmenté de 190 % depuis 50 ans. Il souligne aussi l’indifférence des politiques face au désastre en cours et au réchauffement climatique qui, par exemple, élimine rapidement les espèces animales qui vivent sur les terres et les glaciers de l’Antarctique.

Seul espoir de ces scientifiques inquiets : que la Convention sur la diversité biologique qui se réunira ce mois-ci en Égypte et celle de 2020 pourront obtenir des 190 gouvernements qui la composent plus de décisions que de beaux discours. Car ensuite, explique le rapport, il sera vraiment trop tard pour sauver des milliers d’espèces.

politis.fr


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