Marie-Noëlle Lienemann : "Pourquoi je quitte le PS"

dimanche 14 octobre 2018
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Par Arthur Nazaret

Membre du PS depuis 1971 et sa fondation au Congrès d’Epinay, Marie-Noëlle Lienemann annonce au JDD qu’elle quitte son parti. Elle se dit en désaccord total avec la ligne du premier secrétaire Olivier Faure. Avec Emmanuel Maurel - qui vient aussi d’officialiser son départ -, et très probablement le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), ils entendent créer un nouveau parti début 2019 et feront une liste commune avec Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection européenne de mai prochain. Au-delà du rassemblement avec La France Insoumise, la sénatrice veut mettre sur pied un "nouveau Front populaire" dans lequel Benoît Hamon et Yannick Jadot auraient toute leur place. Pour fédérer toute la gauche et avoir un candidat unique en 2022, elle demande aux Insoumis de travailler à un "nouveau programme commun".

Pourquoi quittez-vous le PS ?

Nous sommes au bout d’un cycle ouvert en 1971 au Congrès d’Epinay, auquel j’ai participé. Aujourd’hui, le PS s’achemine vers une mort lente. Il ne veut pas ni tirer les leçons du quinquennat de François Hollande ni prendre la mesure du divorce avec le peuple de gauche. Il est dans le déni. Les ouvriers, les employés, le monde des services publics ne considèrent plus le PS comme un parti de gauche. Ce parti a tourné le dos au socialisme historique, au socialisme de Jean Jaurès. Il est devenu un parti d’accompagnement et non de transformation.

Pourquoi partir maintenant et pas plus tôt ?

Après un quinquennat de renoncements et une défaite cinglante à la présidentielle, nous attendions un sursaut. Hélas, on recule. Avec Faure, le PS baigne dans l’eau tiède. Il est politiquement dans le déni et stratégiquement dans le "ni-ni". Sa ligne "ni-Macron, ni Mélenchon" mène à une impasse. L’unité de la gauche, c’est le socle du Congrès d’Epinay. Dès l’année suivante cela se traduit par le programme commun avec le PCF. Loin d’avoir fait disparaître le socialisme, cette stratégie nous a permis de conquérir ensemble le pouvoir en 1981.

Y-a-t-il aussi une crise de leadership au PS ?

Une chose est certaine : François Hollande prépare méticuleusement son retour et personne ne semble s’en émouvoir. En tant que premier secrétaire du PS puis en tant que Président de la République, il est l’un des principaux responsables du déclin du PS. Son quinquennat a été celui de l’abandon des valeurs socialistes. Il a mis en place une politique de l’offre, sans conquête nouvelle pour les salariés. Nous avons même assisté à une remise en cause de leurs droits avec la loi Travail. Des digues morales aussi ont cédé avec la déchéance de la nationalité.

L’élection européenne de mai 2019 ne peut-elle pas servir de rebond pour le PS ?

Olivier Faure n’en prend pas le chemin. Le PS est devenu un canard sans tête. Personne ne veut mener la liste aux européennes. Faure nous noie chaque jour un peu plus dans une social-démocratie dévoyée par le libéralisme. Il se montre incapable d’assumer la moindre rupture avec l’Europe actuelle. Ces européennes ancreront le PS dans une marginalité durable.

Allez-vous à cette occasion rejoindre Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise ?

Avec Emmanuel Maurel, nous allons créer un nouveau parti qui fera vivre la flamme du socialisme historique plutôt que d’être le gardien des cendres. Ce nouveau parti, nous y travaillons avec nos amis du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC). Nous avons bon espoir de le lancer dès le début de l’année 2019. Nous comptons participer à une dynamique de convergences avec La France Insoumise, à un nouveau Front populaire. Mais non, nous n’allons pas perdre notre identité, nous avons notre propre ADN : nous sommes républicains, socialistes, écologistes. C’est ce qui fondera notre nouveau parti.

Êtes-vous pour un souverainisme de gauche ?

Je suis pour que la souveraineté populaire s’exprime, oui. À tous les niveaux, national ou européen. Les nations existent, il ne faut pas chercher à les tuer. On ne peut pas les diluer dans un projet fédéral européen, surtout lorsque le projet commun n’est pas partagé. Depuis sa création, c’est l’Union européenne qui a dépossédé les peuples de leur souveraineté et qui s’est dépossédée elle-même de tout pouvoir en se laissant dicter sa loi par les marchés et le monde de la finance.

Êtes-vous d’accord avec "le plan B" de Mélenchon, celui d’une sortie de l’Union européenne ?

C’est une menace et comme la dissuasion nucléaire, quand on l’a, c’est pour ne pas l’utiliser. Soyons clair : je ne veux pas que la France quitte l’Union européenne mais je ne dis pas "l’Europe, l’Europe, l’Europe" à n’importe quelles conditions. Si Madame Merkel ne veut pas renégocier les traités, arrêtons de payer ! Arrêtons d’alimenter le budget d’une Europe qui va dans le mauvais sens. En tout cas, si on dit dès l’entrée des négociations qu’on cédera au final, il est certain qu’on ne réussira pas. Les actuels traités ne permettent pas une sortie de crise et des progrès sociaux.

Vous avez signé le Manifeste pour l’accueil des migrants. Mélenchon non. Maurel non plus. N’est-ce pas une ligne de fracture à gauche ?

Je l’ai signé pour dénoncer l’hypocrisie du gouvernement actuel qui se dit humaniste et qui en même temps fait adopter la loi Asile-immigration. Toute la gauche a été contre cette loi régressive. Notre tronc commun est là. Personne à gauche n’estime que l’immigration est en soi une bonne chose et qu’il ne faudrait pas la réguler. L’immigration est d’abord synonyme de beaucoup de souffrances pour ceux qui sont obligés de partir de chez eux et souvent aussi une perte de compétence pour les pays pauvres qui pénalise leur développement. Mais les immigrés, eux, doivent être accueillis dignement quand ils sont en France et en Europe. Il faut s’attaquer aux causes de l’immigration et ne pas transiger sur l’humanisme.

Jusqu’où doit aller l’alliance à gauche ?

Aujourd’hui Emmanuel Macron mène une politique de droite et l’extrême-droite est à nos portes. Il faut construire une alternative à gauche. Cela passe par le rassemblement de toutes nos forces. Créons un nouveau Front populaire. Jean-Luc Mélenchon, lui-même, emploie ce terme. Ce n’est pas un regroupement d’appareil mais une dynamique plus large ; bien sûr, Yannick Jadot, Benoit Hamon y ont toute leur place. Je crois que ce qui fédère doit être un programme, en commun. C’eût été souhaitable pour les européennes mais ce doit être une perspective pour les prochaines élections nationales. Jean-Luc Mélenchon a dit que La France Insoumise était disponible pour rediscuter du programme. Faisons-le !

Aujourd’hui, la fracture semble nette entre Hamon et Jadot d’une part et Mélenchon d’autre part...

Benoit Hamon et Yannick Jadot se trompent en croyant construire leur identité contre Jean-Luc Mélenchon, rendant plus difficile à terme les convergences. Affirmons positivement nos conceptions, nos propositions et cessons de cultiver des fractures artificielles. Après la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, qui a su rassembler des millions de Français, plus que tout autre à gauche, a voulu consolider les bases de son mouvement. On peut le comprendre. Aujourd’hui, il ouvre une nouvelle étape et fait des gestes d’ouverture. Saisissons-les. Pourquoi avoir peur ?

Ce nouveau Front populaire inclut-il le PS ?

À l’époque, le Front populaire avait regroupé jusqu’au centre-gauche. Si le PS s’y engage, pourquoi le rejeter par principe ? Mais je crois qu’il a fait un autre choix. C’est bien l’une des raisons de mon départ.

Pour 2022 aussi, il faudra un candidat commun ?

Si nous voulons gagner, oui. Dire aujourd’hui qui va incarner cette candidature serait évidemment prématuré. Mais pourquoi faire de l’ostracisme vis à vis de Jean-Luc Mélenchon ? Ni uniformité, ni ostracisme, des convergences. Voilà ma ligne.

lejdd.fr


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Brèves

La prison à la fac de Nanterre !...

mardi 29 avril 2008

Le GENEPI
(Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées)
vous invite le 13 mai sur le campus de l’Université Paris X - Nanterre _ pour une grande journée d’action.

Projection du film de Thomas Lacoste
"Rétention de sûreté, une peine infinie"
13 mai, 10h, bâtiment B, amphi B2

Conférence ayant comme thème :
Les politiques pénales ,
avec la participation de M.Vion
(directeur de la Maison d’arrêt de Nanterre),
le syndicat de la magistrature, et le GENEPI
13 mai, 14h, bâtiment F, salle des actes (1er étage)

Représentation de la compagnie de Théâtre La Fabrique
avec sa pièce "Est-ce qu’on peut dire la prison"
Le 13 mai, 18h, à La ferme du bonheur, 220 Avenue
République (sur le campus de l’université)
Exposition photos de François Lecompte,
Le 13 mai, dans le hall de la bibliothèque universitaire
3 stands d’information
bâtiment F, bâtiment D, bâtiment C en extérieur

Venez Nombreux !
Daniel DERIOT

P.S. La fac de Nanterre est accessible en train
à partir de Saint-Lazare(10 minutes) et avec le RER A.