Péripéties en pagaille

mardi 9 octobre 2018
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par Anne Roumanoff

À l’Élysée, le Président et un conseiller

– Mon discours pour Aznavour était magnifique, non ? Élégant, émouvant, habité, simple et profond à la fois…
– Oui, mais est-ce que ça va suffire à faire oublier le reste ? Benalla, les chômeurs qui doivent traverser la rue, le selfie avec le braqueur torse nu, les retraités qui ne doivent plus se plaindre, le feuilleton-fleuve du départ de Collomb…
– Je le retiens le vieux croûton de Lyon ! Mon ami et soutien de la première heure, tu parles ! Je comprends mieux pourquoi Hollande ne l’avait jamais nommé ministre, il est peut-être maçon mais franc comme un âne qui recule. Lui qui m’aimait soi-disant comme un fils, il me poignarde dans le dos dès que le navire tangue un peu. De toute façon, comme je l’ai dit, ça n’est pas une crise politique.
– Et l’affaire Benalla, ça n’était qu’une tempête dans un verre d’eau… qui continue à faire des vagues deux mois après. Monsieur le Président, si je peux me permettre, vous devriez arrêter de donner des conseils improvisés aux Français, lors de vos déplacements.
– Faudrait savoir ! On me reproche d’être trop arrogant, et quand je parle avec mon cœur, on me tombe dessus ! J’aime aller au contact, je suis ainsi ! Tout ça, ce ne sont que des péripéties !
– Ça fait quand même beaucoup de péripéties en moins d’un mois.
– Vous allez voir, on va faire un vrai, grand remaniement et ça va donner un nouvel élan.

À Matignon, le Président et son Premier ministre

– Bon, Édouard, on en est où ?
– J’ai contacté plusieurs ministres potentiels, monsieur le Président, ils réfléchissent.
– Comment ça, ils réfléchissent ? Enfin, c’est un honneur, une chance et un privilège de travailler à mes côtés pour redresser la France. Prenons poste par poste. Ministre de l’Intérieur, on en est où ?
– J’ai appelé François Molins, il réfléchit. Il demande, si quand il ne sera plus ministre, il pourra redevenir procureur.
– Ils sont fatigants, tous, à penser à leur intérêt personnel plutôt qu’à servir la collectivité.
– Sinon, j’ai contacté Christian Estrosi. Le sujet de la sécurité le passionne, mais il aime sa ville de Nice, il réfléchit.
– Et Valls ? Il aurait été parfait. Dommage qu’il ait fait ses adieux à la France sans savoir qu’un poste se libérait, mauvais timing à trois jours près.
– Je lui en ai parlé. Lui, c’est tout réfléchi, il préfère rester à Barcelone.
– Et Bayrou ? Vous avez appelé Bayrou ?
– Il tient à sa liberté de parole, il réfléchit. Et puis il n’a pas vraiment de compétences pour être ministre de l’Intérieur.
– Oui, mais c’est un poids lourd ! Là je n’ai que des poids plume, les seuls ministres dont tout le monde connaissait le nom sont partis. Et si on prenait Ségolène ? Elle, au moins, elle est populaire.
– Comme ministre de l’Intérieur ? Ça n’est pas un casting d’émission de télé-réalité, c’est un gouvernement. Au fait, je voulais dire, je suis heureux d’être Premier ministre, mais la ville du Havre me manque.
– Ah non ! Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi ! Et moi ? Vous croyez qu’il ne m’arrive pas de regretter mon métier de banquier chez Rothschild ? Je gagnais dix fois plus, avec cent fois moins de péripéties. En 2022, si je voulais, je n’aurais qu’à traverser la rue pour retrouver un job hyper bien payé.
– Je crois que vous devriez y réfléchir.

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