La fin de la social démocratie

samedi 19 mai 2007
par  Patrick Mignard
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Il n’est pas question ici de spéculer sur les magouilles internes au Parti Socialiste et assimilés, mais d’essayer de comprendre ce qui a fait la social démocratie et ce qui la défait.

Il ne faut surtout pas le dire aux « socialistes » et assimilés, mais soyons réaliste : la social démocratie est morte. Il faut dire qu’elle était bien malade… Elle est morte de « mort naturelle »… je veux dire par là qu’elle a correspondu à une « nécessité » historique et qu’aujourd’hui elle ne sert plus à rien, ni aux salarié-e-s, ni au Capital.
La spécificité social démocrate est entrain de se fondre - sans artifice idéologique, ce qu’elle avait toujours préservé - de manière implicitement et explicitement dans la gestion pure et simple du système marchand.

Ce constat est vital afin de débarrasser le champ d’action de débris politiques et idéologiques qui plombent la conscience, faussent l’action politique et offrent de vains et faux espoirs.

GENESE DE LA SOCIAL DEMOCRATIE

La social démocratie est née dans la foulée de l’instauration du système marchand, en Europe au 19e siècle. Face à la catastrophe sociale la riposte s’est organisée. Elle a pris plusieurs voies allant de la critique et action radicales, jusqu’à la collaboration avec le patronat. C’est dans cette dernière mouvance que s’installe très rapidement la social démocratie.

Elle fonde son analyse, souvent à géométrie variable en fonction des circonstances et des particularités locales, sur deux points essentiels qu’elle conserve jusqu’à aujourd’hui :

l’économie de marché est indépassable,
la marche vers un monde meilleur est affaire de revendications et de conquête du pouvoir par des progressistes.
Même si, historiquement il était faux, le choix a été d’une certaine manière conjoncturellement judicieux… il correspondait à une « marge de manœuvre réformiste » que permettaient les conditions d’existence d’alors du capital. En effet la social démocratie a, dans les pays développés, supplanté les autres courants anti-système, en particulier les courants anarchistes et communistes. Elle a su conjointement gagner la confiance du capital et celle des salariés, elle a su mettre en place des politiques de compromis qui ont à la fois aidé le système marchand à contourner (pas à dépasser) ses contradictions et à satisfaire des revendications sociales avancées par les salariés.

DU « TEMPS DES VACHES GRASSES »…

Cet âge d’or de la social démocratie n’a rien de miraculeux…. Elle a su jouer sur le fait que, durant une période, le système marchand pouvait s’acheter la « paix sociale » dont il avait besoin en cédant aux revendications des salariés...

La domination économique de l’Europe et des USA, le fait qu’ils détenaient quasiment seuls, la technologie, les capitaux, les marchés, les compétences, la force de travail adaptée,… donnait un monopole qui permettait bien des choses.

C’est ainsi que contrairement aux nombreuses prédictions alarmistes sur la « paupérisation des masses salariés », on a vu, dans ces pays, le niveau de vie des salariés augmenter, proportionnellement à la confiance qu’ils mettaient dans ces prédictions qui permettaient à la fois d’augmenter les avantages et de ne prendre aucun risque politique.

Le système marchand n’a jamais été véritablement remis en péril dans les pays développés.

Se faisant, la social démocratie a véritablement créé une véritable « culture politique », une culture de la soumission consentie à l’égard d’un système qui pouvait accorder des miettes substantielles.

… A CELUI DES « VACHES MAIGRES »

Le « mitterrandisme » a été, en France, le chant du cygne de cette saga politique. Homme d’appareil, homme d’Etat accompli, fin politique il a su, à des fins personnelles, à contre courant même de l’évolution du système marchand, faire croire que le charme continuait. Réduisant à néant un PCF toujours décalé par rapport à la réalité politique et sociale, il a porté la politique social démocrate au bout de sa logique dans un système marchand qui reprend peu à peu tous ses droits… et les acquis qu’il avait consentis.

Ses héritiers se retrouvent aujourd’hui sur le sable…

La social démocratie ne fait plus rêver et ne peut plus faire rêver. Pourquoi ?

Parce que le projet économique et politique de celle-ci ne correspond plus aux données économiques qui lui permettaient de le réaliser. … le capital est désormais mondialisé et échappe à l’autorité des états nation, donc aux conditions qui permettaient à la social démocratie d’avoir une crédibilité.

La mort de la social démocratie, c’est en fait la fin des illusions réformistes, c’est-à-dire de la croyance en la possibilité d’humaniser le système marchand.

La véritable débandade à laquelle nous assistons, de ces « hommes de gauche » qui passent avec armes et bagage chez l’ « adversaire » n’est que la concrétisation de cette extinction d’une voie politique qui a fait son temps.

Ceci ne veut bien sûr, et hélas, pas dire que l’on assiste à une prise de conscience généralisée en vue d’un changement radical du système d’organisation sociale… L’Histoire, et en particulier celle du 20e siècle, est pleine de ces exemples où, quand le peuple a un choix à faire, il fait le pire, adroitement manipulé par aujourd’hui les médias, mais ce n’est pas nouveau… au Moyen Age c’était l’Eglise.

Le pire est toujours présenté comme le meilleur (« ensemble tout est possible »), qui permet de conserver des acquis, la stabilité, face à l’ « aventure » et au « chaos »… C’est peut-être absurde mais ça a marché, et ça marche encore !... Et pas besoin forcément de violence pour forcer la main au plus grand nombre (des exemples ? et même récents ?).

Aujourd’hui, c’est d’une certaine manière, ce mécanisme qui a parfaitement fonctionné. Pas d’alternative crédible, division et cacophonie parmi celles et ceux qui « veulent changer », du discours,… que du discours, grandes phrases creuses : (« Un monde nouveau est en marche »)…

On prend donc les mêmes, repeints, et on recommence. C’est ce qui s’appelle : assurer…. C’est-à-dire en l’absence d’alternative, assurer la stabilité.

SAUVER LA DEPOUILLE ?

La faillite de la social démocratie laisse cependant des scories dont il est difficile de se passer. Héritière d’un appareil politique, d’un discours, de références, d’habitudes, elle continue à instiller le doute, l’espoir,… le tout soutenu par un appareil politique, qui est le repaire d’une redoutable bureaucratie. Ainsi, la survie de l’organisation est essentielle, non pour des raisons politiques, nous venons de le voir, mais surtout pour des raisons bureaucratiques, de la survie de l’appareil, du statut social de ses membres qui partagent avec leurs « adversaires politiques » les privilèges du pouvoir… certains de ses membres n’hésitent d’ailleurs pas d’aller « manger dans la soupe d’en face ».

Cette bureaucratie fait tout, à l’image de ses « adversaires », souvent sortis toutes et tous du même sérail, pour maintenir le système politique qui assure la garantie, la gestion et la pérennité du système marchand. La victoire ou la défaite des uns et/ou des autres n’a rien à voir avec un victoire et défaite populaire,… il s’agit chaque fois de la victoire et de la défaite d’un clan. .. La preuve ?

Quelle différence essentielle dans les programmes ? Essentiellement aucune.

Qu’a fondamentalement changé la social démocratie dans le système marchand, et que reste-t-il du peu qu’elle a fait ? Quasiment rien.

Cette même social démocratie nous appelle aujourd’hui à la rescousse. Elle veut sauver ses élus, ses sièges, pas pour ses intérêt (évidemment),… mais, dit-elle avec le plus grand des sérieux,… pour notre bien à nous ( ???) Qui peut encore tomber dans le panneau de cette comédie ?

Le champ fétide de la politique politicienne, seul lieu où elle se sente à l’aise, empeste notre avenir, et obscurcit notre conscience. Il est temps de la laisser à ses jeux stériles.

Patrick MIGNARD

Voir aussi l’ article :

« LA « REVOLUTION » NEO CONSERVATRICE »


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Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info