Déserts médicaux : une première cartographie

samedi 14 juillet 2018
popularité : 1%

Par Bernard Gensane

Il y a une vingtaine d’années, je me trouvais du côté de Cosne-sur-Loire, un dimanche, avec un petit bobo à soigner. Il me fallut errer comme un âme en peine pendant une bonne heure en voiture avant de trouver un endroit médicalisé où réparer le petit dégât. Comme je marquai mon étonnement au praticien, il me fit observer que c’eût été beaucoup plus difficile si j’avais eu quelque chose de plus grave et si j’avais été un enfant. Et il ajouta : “Nous sommes dans une sorte de triangle de la mort ”. Dans cette région, comme à l’échelle de la France, les choses ne se sont pas arrangées depuis. En témoigne cet article de Xavier Molénat pour Alternatives économiques (extraits). Je ne m’érige pas en juge, je ne suis pas “judgmental”, comme disent les Anglais. Mais tant qu’on s’énervera plus pour deux buts contre l’Uruguay que contre les déserts médicaux, tant qu’on parlera de catégories “genrées”, de racialisme et d’ethnies plutôt que de lutte contre les méfaits du capitalisme financier, on crèvera tous à petit feu pendant que le banquier au service des très grands de ce monde pourra laisser libre cours à son asservissement d’un peuple qu’il méprise.

Les « déserts médicaux », on en parle souvent… Sans nécessairement savoir de quoi il est précisément question. C’est pour tenter d’y voir plus clair que la Drees vient de réaliser un premier travail de repérage des inégalités d’accès spatial à la médecine généraliste. Car selon Noémie ­Vergier et Hélène Chaput, les deux autrices, la simple distance à l’offre de soins (mesurée par le temps d’accès) qui vient spontanément à l’esprit pour caractériser ces espaces, est un critère nécessaire, mais loin d’être suffisant. C’est pourquoi la DREES et l’Irdes ont conjointement mis au point et calculé pour chaque commune un « indicateur d’accessibilité potentielle localisée » (APL) tenant compte de ces trois dimensions (distance spatiale, nombre d’actes annuels réellement effectués, âge des habitants) en les pondérant. Par exemple, un cabinet médical, situé à 15 minutes en voiture dans une commune voisine, est accessible, mais moins facilement qu’un cabinet situé à 5 minutes du domicile. 8 % de la population vivrait dans une commune « sous-dense » en médecine générale, soit dans une commune ou, d’après les paramètres retenus, chaque habitant a accès à moins de 2,5 consultations par an. Si l’on porte ce seuil à 3 consultations, c’est alors 18,4 % de la population qui est susceptible de rencontrer des difficultés à consulter un généraliste. Sur l’ensemble du territoire, l’accessibilité moyenne est de 4,11 consultations par habitant et par an. Dans les centres-villes des grandes métropoles, cette valeur oscille généralement entre 5 et 6.

Outre les DOM, la sous-densité touche particulièrement, quel que soit le seuil retenu, les régions Centre-Val-de-Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-France Comté, ainsi que la Corse et L’Ile-de-France. Au sein de cette dernière, 10 % de la population vit dans une commune sous-dense, ce qui représente 22,5 % de l’ensemble des Français ayant un accès difficile à la médecine généraliste. Les habitants des zones rurales sont les plus fréquemment touchés, mais ils sont loin d’être les seuls concernés. Noémie Vergier et Hélène Chaput montrent par ailleurs qu’un quart des personnes accédant difficilement à un médecin généraliste ont également des difficultés d’accès aux urgences (plus de 30 minutes de trajet) et 9 % sont éloignées de la première pharmacie (plus de 10 minutes de trajet). Le cumul de ces trois difficultés est cependant très rare, puisqu’il ne concerne que 0,5 % de la population (environ 300 000 personnes), habitant souvent les zones montagneuses des régions d’Auvergne-Rhône-Alpes, de Provence-Alpes-Côte-d’Azur et de Corse.

Les médecins présents dans les zones sous-denses sont globalement plus âgés (moyenne d’âge de 54,7 ans contre 53,4 ans sur l’ensemble du territoire). La proportion de médecins généralistes de plus de 60 ans, notamment, y est plus élevée. Les départs à la retraite plus nombreux dans les années à venir, combinés au déclin en cours de l’exercice libéral de la médecine au profit du salariat, de l’exercice de groupe et du remplacement, pourraient contribuer à aggraver ces inégalités.

bernard-gensane.over-blog.com


Commentaires

Logo de jepelia
Déserts médicaux : une première cartographie
samedi 14 juillet 2018 à 04h07 - par  jepelia

Le désert médical est partout, même avec beaucoup de patriciens.
Un village à 18km d’Angers a un cabinet médical de 4 médecins.
Très bien pour une population de environ 3000 habitants.
Il est ouvert du lundi au vendredi de 8h à 18h.
Ils n’ont même pas prévu une permanence pour la nuit et le weekend. Conclusion, les patients appellent le SAMU ou vont aux urgences du CHU en dehors de leurs heures d’ouverture.
C’est une des raisons de l’encombrement des services d’urgences.
Pourquoi ??? Parce que les 4 médecins sont des femmes qui ne font pas les déplacements à domiciles ni les sorties de nuits et qui ont une vie familiale à assumer.
La médecine n’est plus une vocation mais un job comme un autre avec ses 35h.

Agenda

<<

2018

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2930311234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293012
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

Hopitaux en danger

jeudi 19 avril