De l’insécurité ordinaire

vendredi 1er juin 2018
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Par Bernard Gensane

J’ai passé il y a quelques jours deux nuits dans un adorable gîte à Puget-sur-Argens, à 5 kilomètres de Fréjus (je peux donner les coordonnées à ceux que cela intéresse). Un mas provençal situé en zone rurbaine, à deux pas des champs et à 500 mètres du village.

La propriété est sécurisée. On y entre par un lourd portail de bois actionné par une télécommande. La nuit, la moindre entrée par effraction déclenche une alarme et actionne une batterie de projecteurs.

Au moment de mon départ, la logeuse me dit : « Je n’ai pas voulu vous perturber mais hier matin mon voisin est entré chez moi en titubant et en se plaignant de violents maux de têtes. Il m’a dit qu’il avait été gazé pendant la nuit dans sa chambre et cambriolé. Comme il n’a rien de précieux chez lui, les malfrats se sont contentés de deux billets de 20 euros après avoir mis le rez-de-chaussée sens dessus dessous. Ils sont entrés dans la maison comme dans du beurre en se jouant très proprement des serrures à barillet d’un coup de tournevis. » Á Puget, comme ailleurs dans le sud-est, on s’approche inéluctablement des mesures de sécurité semblables à celles que l’on connaît en Afrique du Sud. Hors saison, il n’est pas trop recommandé de se promener dans les rues après vingt heures. Je fis observer à ma logeuse qu’il y a une petite cinquantaine d’années à Paris où je vivais, on ne connaissait quasiment pas les digicodes, y compris dans les quartiers bourgeois. Á la même époque, en Grande-Bretagne, on ne fermait pas sa maison à clé si l’on s’éloignait pour faire des courses pendant une paire d’heures.

Je sais bien qu’il ne faut pas mettre tous les maux de notre société sur le compte du capitalisme financier. Il n’empêche qu’outre-Manche, pour ne parler que de ce pays, c’est au moment de l’accession de Margaret Thatcher au pouvoir qu’il est devenu obligatoire, dans les faits, d’équiper les maisons d’alarmes sinon les assureurs se défaussaient. C’est également à cette époque qu’on a vu pulluler les caméras de vidéo-surveillance qui n’empêchent pas la criminalité mais qui permettent simplement à la police d’enquêter plus rapidement (et de surveiller la population dans son ensemble). Chez nous, on parle, en langage orwellien et politiquement correct, de “vidéoprotection”, comme si, sur la Promenade des Anglais à Nice ou ailleurs, les caméras étaient censées “protéger” les gens de tueurs fous en camion.

Je souhaite au voisin de ma logeuse de soigner son mal de tête et de vérifier que ses poumons n’ont pas été abimés. En attendant la prochaine fois. Car, malheureusement, il y a toujours une prochaine fois.


bernard-gensane.over-blog.com


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