L’État n’en a rien à foutre des banlieues

mardi 22 mai 2018
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Par Patrick Mignard

Affirmation provocatrice dira-t-on ! Pas aussi simple ! Raisonnons sans a priori. La crise des banlieues ne date pas d’hier… pas plus que d’avant-hier. L’âge de cette crise se mesure en plusieurs décennies. Des quartiers dits « ouvriers » ou « populaires », on est peu à peu passé à la constitution de véritables ghettos dans lesquels s’entassent des populations pauvres, d’origine étrangère, au taux de chômage important et à l’avenir social incertain..

Cette situation, mainte fois dénoncée par les multiples associations qui interviennent dans ces zones n’est évidemment pas inconnue de l’État et des différents gouvernements qui se succèdent depuis des années. Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, ont « promis-juré » de « prendre le problème à bras le corps » et d’ « apporter une solution à cette situation ». Des millions de francs, puis d’euros, ont été consacrés aux soi-disant plans « d’urgence » « Mashall »… et autres qualificatifs plus ou moins mégalomanes et fantaisistes. Des politiciens, tels des Don Quichotte, ont été nommés, grassement payés, outrancièrement médiatisés (des noms ?)… « On allait voir ce que l’on allait voir » ! Au final… on n’a rien vu ! Ou plutôt si… on a vu :
- Une dégradation permanente des situations de ces quartiers.
- Une ghettoïsation toujours plus poussée au point de faire naître un communautarisme aujourd’hui incontrôlable.
- Le développement d’économies souterraines fondées sur de multiples trafics…

L’État, qui n’a rien fait, devant une telle dégradation, ne craint pas d’être ridicule en déplorant l’existence de « zones de non-droit ». ( ?) Devant un tel désastre social, quelques questions se posent… jamais abordées par les politiciens. Malgré les mises en garde des associations, tout ce qui a été fait pour les banlieues n’a finalement été qu’un « coup d’épée dans l’eau ». Ce n’est manifestement pas la création de ZEP « Zones d’Éducation Prioritaires », « Zones sensibles », « Grands Projets de Villes »… qui pouvait inverser la dégradation de ces zones… la preuve. L’État semble résigné à ne rien faire, sinon à gérer, épisodiquement, les périodes de tensions avec ce qu’il sait faire le mieux : la répression. On ne peut pas ne pas se poser la question de savoir si l’État, avec ses moyens et la connaissance, via les associations, des dossiers a eu une véritable volonté politique de régler les véritables problèmes. Si l’État a été/est conscient d’une telle réalité, on peut aisément en conclure que cette situation n’était/n’est pas dans l’ordre de ses priorités. On peut même se demander si une telle situation sociale ne lui convient pas.

Comment une telle hypothèse pourrait être possible ? Le social, car c’est bien de cela dont il s’agit, est le dernier souci d’un État qui n’est garant que de la stabilité d’un système qui n’a pour objectif que la valorisation du Capital. Or, la situation dramatique des banlieues, du moins jusqu’à présent, ne remet absolument pas en question la stabilité de la société. Au contraire, l’État dispose, au regard des autres catégories sociales d’un « repoussoir » bien commode pour fixer l’attention du « bon peuple » sur ces « fauteurs de troubles »… et si se greffent, en plus, des questions de religions, tout l’appareil idéologique de l’État s’engouffre dans la brèche pour puiser dans les banlieues tous les boucs émissaires nécessaires pour manipuler l’opinion publique. L’ambiance « terrorisme international » étant la cerise sur le gâteau permettant à l’État de jouer le beau rôle. On peut donc comprendre que face à un tel bénéfice politique que peut en tirer l’État, celui-ci ne soit pas pressé d’engager une véritable action en direction des banlieues. C’est même au contraire que l’on devrait s’attendre.

L’acceptation d’une telle situation est d’autant moins risquée que le corps électoral de la banlieue est plus qu’aléatoire, soit massivement abstentionniste, soit facilement manipulable. Sans parler d’une l’extrême droite fascisante qui peut puiser de manière illimitée dans le stock de « boucs émissaires » dont elle est friande… l’immigré et le musulman. C’est le « modèle républicain d’intégration », concernant ces populations, qui fait les frais de cette affaire. Exclusion et mise au ban sont le quotidien dans ces quartiers. La crise des banlieues sonne le glas du modèle d’intégration fondée sur la devise républicaine : Liberté-Égalité-Fraternité, devise qui ne sert qu’à honorer les frontons des édifices publics et à tromper le reste du monde sur la véritable réalité du système politique français. Devise défendue par une classe politique en partie corrompue (des noms ?) et bien mal inspirée quand elle s’avise de donner des leçons de civisme à ce qu’elle appelle les délinquants et autres « sauvageons ». L’État non seulement n’a rien à foutre des banlieues, mais encore, s’accommode parfaitement de leur crise. Les médias se font les « choux gras » des incidents, drames et révoltes qui, périodiquement, les animent.

Le spectacle de la décadence de notre société, non seulement ne perturbe pas le fonctionnement du Capital, mais constitue un parfait dérivatif afin de captiver l’opinion publique sur des « évènements » largement diffusés et dramatisés. L’État a alors les mains libres pour porter atteinte aux conquêtes sociales et livrer notre société à l’appétit glouton des financiers.

Patrick MIGNARD
Mai 2018


Commentaires

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L’État n’en a rien à foutre des banlieues
mardi 22 mai 2018 à 13h02 - par  jepelia

Le développement d’économies souterraines fondées sur de multiplestrafics…
Ce mois ci, la France adopte de comptabiliser le trafic de drogue dans le PIB. Tout est bon pour la gloriole du fric ! D’où l’État libéral n’en n’a rie à foutre des banlieues et de la misère amenée par les trafics de drogue et autres.

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HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info