Premiers pots de rhubarbe

mercredi 16 mai 2018
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Par Yves Paccalet

Hier, dimanche, premières confitures du jardin avec Kat… Juste avant que ne tombe la neige sur le hameau (à 1 300 mètres d’altitude), je cueille les feuilles mûres (les gros pétioles) de trois de mes solides plants de rhubarbe. Épluchage des fines fibres de la peau, cuisson bulleuse dans l’athanor de cuivre rouge, émanations parfumées dans toute la maison, et une douzaine de pots remplis. Je me souviens, à ce moment, d’un article que j’ai fait paraître en 2015 dans "le Plus de l’Obs" et dont voici l’essentiel. Je ne pense pas que ce texte ait perdu beaucoup de sa pertinence.

SOS confitures en péril !

L’univers des gourmands semblait à l’abri dans sa cuisine rustique, avec ses bons produits et ses cordons bleus soucieux de préserver les saveurs du terroir. Mais les digues cèdent. La preuve ? Les délicieuses confitures de mamie ou maman sont en voie de raréfaction. Et de renchérissement…

Déconfiture de la confiture ! SOS confiotes en danger ! Je ne propage pas la fulmination d’un écolo que la malbouffe enrage. C’est une info : la confiture ou la compote deviennent produits de luxe. Nous avions le chaos climatique, les pesticides, les marées noires, les trous dans l’ozone, Fukushima et même l’astéroïde vagabond : voici que la confiture fout le camp ! Deux facteurs induisent ce phénomène : les fruits sont de moins en moins abondants ; et le sucre manque. Le tout dans un contexte d’augmentation de la population consommatrice humaine… Les soubresauts de la météo affaiblissent les vergers. Les arbres et les autres végétaux souffrent de stress hydrique ou au contraire de pluies excessives. Le réchauffement climatique se révèle désastreux pour l’arboriculture, d’autant qu’il s’ajoute à la disparition inquiétante des abeilles et des autres pollinisateurs, victimes des pesticides.

Les fruits se raréfient. La framboise, par exemple, a vu en 2015 ses rendements chuter des deux tiers en France. Idem pour la cerise et les fruits rouges, qui nous viennent pour beaucoup de Pologne ou de Serbie. Les fruits jaunes (pêches, abricots, etc.) nous arrivent en majeure partie d’Espagne, où les pertes de production s’aggravent à cause des sécheresses. Victimes de leur succès à l’export, les pommes et les poires "made in France" voient, à leur tour, leurs quantités disponibles diminuer et leurs prix s’envoler. L’autre facteur de renchérissement des confitures tient dans l’exceptionnelle faiblesse actuelle des réserves de sucre (de canne, de betterave ou autres), en Europe et dans le monde. Un saccharose vous manque, et vos tartines sont désertées ! Le sucre et les fruits forment l’essentiel du prix de revient des confitures, compotes, petits pots, pâtes de fruits, fruits confits et douceurs apparentées. L’envolée de leurs cours a pour conséquence une succession d’années difficiles pour la branche de l’agro-alimentaire qu’ils font vivre et qui, en France, brasse un chiffre d’affaires annuel de 1,5 milliard d’euros et n’emploie pas moins de sept mille personnes.

Restent les confitures faites à la maison… Je n’imaginais pas qu’en cuisant des produits végétaux issus de mon verger ou de mon potager, j’allais me propulser dans la caste des riches… Un sentiment d’orgueil me submerge. À la faveur du désordre du monde et du chaos climatique, le cul-terreux que je reste dans l’âme fait un pied de nez au bourgeois urbain. Avant de disparaître, j’aurai savouré cet ultime plaisir devenu luxe suprême : lécher, sur une spatule de bois, la confiture cuite à point, tel le gosse hilare et heureux dans les jupes de sa mère.


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