Pasqua, sors de ce corps !

jeudi 19 avril 2018
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Par Jean-Luc Porquet

Il n’aurait pas fallu qu’en plus ils la ramènent, ces zadistes ! Qu’ils prétendent monter des collectifs, cultiver ensemble leurs carottes et leurs poireaux bio, continuer d’expérimenter d’autres manières de vivre dans le bocage nantais, assurer leur autonomie alimentaire…

Certes ils ont remporté la victoire contre le projet d’aéroport, à l’issue d’une longue lutte, commencée il y a quarante-trois ans – un bail. Mais leur en laisser goûter les fruits, jamais ! Pas question d’un nouveau Larzac : il pourrait en sortir un nouveau José Bové. L’horreur ! Et ça pourrait donner des idées. Des idées d’alternative à notre société régie par le « toujours plus » et le « en même temps »… Alors le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, est monté au front. Magnifique, le spectacle de l’assaut, sponsorisé par la gendarmerie nationale : pelleteuses en action ! Coups de matraque ! Dangereux troupeaux de vaches et de moutons expulsés sans trembler ! Tirs de Flash-Ball ! Jets de grenades assourdissantes et de lacrymogènes par milliers… Résultat : des blessés par dizaines dans les deux camps, et l’indignation qui monte.

Après avoir bien cogné pendant trois jours, est venue la politique de la main tendue. Maintenant, les amis, parlons. Acceptez ces quelques fleurs. Venez chez la préfète, elle est tellement sympa. Je te cogne et, en même temps, je suis ton ami. Résultat prévisible : tout s’est durci. Face aux 2 500 gendarmes, il n’y avait que deux centaines de zadistes en début de semaine. Samedi, ils étaient des milliers à manifester dans les rues de Nantes. Et, dimanche, ils étaient encore plus nombreux à se rassembler dans la ZAD. En majorité des paysans, des écolos, des non-violents, des anars libertaires, des utopistes… Et aussi ceux qu’attire toujours l’odeur de la poudre : amateurs de cocktails Molotov, barricadiers, têtes de cortèges. Les « ultras » comme dit Manuel Valls. Lui qui, Premier ministre, s’était illustré à Sivens, a réclamé dimanche, plus encore de fermeté. Comme l’inénarrable Éric Ciotti. Comme Marine Le Pen. De part et d’autre, les ultras sont de sortie.

Le seul qu’on n’entende pas, dans cette affaire, c’est celui qui devrait être au premier rang. Le ministre écolo Nicolas Hulot. Il était contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : il aurait pu accompagner intelligemment la sortie de crise. Laisser respirer les zadistes. Accompagner la transition. Dialoguer, écouter, laisser du temps au temps, laisser en l’état ces constructions « hors norme, adaptées, bidouillées, légères, sobres, précaires, faites de matériaux locaux ou de réemploi, en terre, en bois, en paille ou en récup » telles que décrites dans Le Monde du 14 avril, dont un sérieux collectif d’architectes, de paysagistes, d’urbanistes, de penseurs et de citoyens vient de vanter l’originalité, soutenant que les zadistes ont inventé de nouvelles façons de vivre avec la nature et de l’habiter… Mais il laisse, sans mot dire, le saccage prendre de l’ampleur, tandis que Macron le maintient prudemment à l’écart des caméras.

Surtout ne pas mouiller le ministre le plus populaire de France. Ne pas le mettre à côté de Gérard Collomb. Ça donnerait l’impression qu’ils sont cul et chemise.

Le Canard Enchaîné N° 5086 du 18 avril 2018


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