"Impuissanter", "impuissantée"… Mais que cherche à nous dire Macron ?

jeudi 19 avril 2018
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Par Thomas Vampouille

Pour marquer sa volonté dans le dossier syrien, Emmanuel Macron a fait de l’impuissance un verbe qu’il adresse à l’ONU, à la morale et, en creux… à son prédécesseur. Qu’on se le dise, notre "chef de guerre" est aussi chef du dictionnaire. Et cela va même de pair. Ainsi par deux fois cette semaine - dimanche face au duo Bourdin-Plenel et ce mardi 17 avril devant le parlement européen - Emmanuel Macron a-t-il utilisé, les deux fois en parlant de la situation en Syrie, un verbe qui n’existe pas : "impuissanter".

"À plusieurs reprises, plusieurs membres de la communauté internationale se sont organisés pour impuissanter l’ONU et l’Organisation internationale de lutte contre les armes chimiques", a-t-il argué devant les eurodéputés pour justifier l’intervention franco-britannico-américaine contre le régime de Damas. "Les Russes ont, en novembre 2017, bloqué le mécanisme d’attribution (des responsabilités de l’usage d’armes chimiques, ndlr) de l’Organisation internationale de lutte contre les armes chimiques, ne permettant plus à la communauté internationale de s’organiser, ils l’ont impuissantée", avait-il asséné dimanche devant la moustache de Plenel. Ce qui n’était déjà pas une première fois car, comme l’a relevé le Huffington Post, il avait déjà conjugué son néologisme en janvier, lors de ses vœux au corps diplomatique : "Je considère que nous devons sortir de postures morales qui parfois nous impuissantent". Là encore, au cours d’un développement sur le dossier Bachar al-Assad. L’hypothèse d’un tic de langage est balayée par le fait qu’il ne l’utilise que sur un seul sujet : la Syrie. Et Emmanuel Macron le sait, ce mot fabriqué de toutes pièces ne peut qu’être remarqué quand il sort, dans des contextes si solennels, de la bouche d’un président de la République, qui plus est un fin lettré notoire, plus respectueux de la syntaxe que ses deux prédécesseurs réunis. Sa constance dans son emploi marque la volonté d’un effet. Le président de la République malmène à dessein la langue française, comme un marqueur qui, nous faisant soudain lever le sourcil, nous permet au passage de remarquer le contraste entre ce qu’il décrit par ce verbe et ce qu’il entend incarner…

Macron tourne bruyamment la page Hollande

Car les deux fois où il a conjugué "impuissanter", le chef de l’État l’a fait au pluriel - "nous impuissantent" - ou au passé - "l’ont impuissantée". Tout l’enjeu du sous-texte étant le "je", celui de Macron. Comprendre : l’impuissance, elle est collective ou elle appartient au passé mais moi, leader, je ne me laisserai pas impuissanter. Et de souligner dimanche soir : "Nous avons réaquis de la crédibilité à l’égard des Russes (…) Les Russes (...), lorsque vous définissez des lignes rouges, qu’ils viennent les tester et que rien n’est fait pour les respecter, leur discours est clair et leur propagande l’est tout autant, ils disent ’ces gens de la communauté internationale, ils sont bien gentils, ce sont des faibles’". Mais pas lui, mâchoire serrée, regard d’acier et menton en avant. De manière encore plus théâtrale - le cadre s’y prête mieux - au parlement européen ce mardi, il a enchaîné sur une tirade enflammée : "Restons-nous assis ? Défendons-nous les Droits en disant ’les Droits c’est pour nous, les principes c’est pour nous mais la réalité, elle est pour les autres’ ? Non ! Non !". Non, quitte, avait-il donc prévenu en janvier, à "sortir" des "postures morales". À croire qu’il fait siens ces mots qu’il a placés dimanche soir dans la bouche de Vladimir Poutine : "Moi j’avance, je vous protège, j’enfreins toutes les règles mais j’avance". Homme pour homme, dent pour dent ? La mise en scène de cette puissante volonté fait écho à la virilité abusive des postures adoptées outre-Atlantique par Donald Trump. D’ailleurs en intervenant en Syrie sitôt la fameuse "ligne rouge" des armes
chimiques franchie en Syrie pour la première fois depuis le début de leurs mandats respectifs, les deux ont mis en valeur le contraste avec leurs prédécesseurs qui, eux, n’avaient pas réagi en 2013 alors que la même "ligne rouge" avait déjà été franchie par Bachar al-Assad. François Hollande ayant justement, à l’époque, été "impuissanté" par la mollesse de Barack Obama.

C’est aussi ce virage-là que Macron veut mettre en scène : l’après-Hollande et une présidence qu’il a déjà qualifiée de "bavarde" mais dont il pense surtout qu’elle a été impuissante. Après tout, un "puits" sans "t", c’est un "puis". Une suite, une page que Macron entend tourner, et que nous le remarquions.

marianne.net


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