Ras-le-bol contagieux dans les hôpitaux de Lyon

lundi 16 avril 2018
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Une analyse du NPA

Le mouvement de grève entamé le 22 janvier aux urgences de l’hôpital Lyon Sud a fait tache d’huile. Si les personnels des urgences de Lyon Sud ont « suspendu » leur grève le 19 mars (« mais on sera encore là pour les actions », affirment-ils), le mouvement concerne à présent quatre autres hôpitaux, et dépasse le cadre des Hospices civils de Lyon (HCL).

À l’hôpital Édouard Herriot, les deux services d’urgences et la post-urgence reconduisent la grève depuis plus de 8 semaines. Ils ont été rejoints par les personnels des urgences de l’hôpital de la Croix-Rousse, avant que ceux de l’hôpital Saint-Luc-Saint-Joseph, hôpital privé avec mission de service public, n’entrent eux aussi dans la bagarre. Et la semaine dernière, ce sont les urgences de l’hôpital psychiatrique du Vinatier qui ont rejoint le mouvement.

« Y’a urgences, l’hôpital est malade »

Course à la rentabilité, tarification à l’activité, « lean management », développement de l’ambulatoire, fusions et regroupements : depuis 10 ans, ce sont plus de 1 000 postes qui ont été supprimés sur l’ensemble des HCL. Et pour 2018, la direction annonce officiellement 159 nouvelles suppressions de postes. En réalité, il y en aura davantage, car elle a écarté de son calcul les postes effectivement supprimés mais externalisés. Dans tous les services, les difficultés liées au manque de personnel et de moyens se font sentir et les conditions de travail se dégradent.

Mais c’est d’abord aux urgences, plus sensibles à l’augmentation de l’activité notamment pendant la période hivernale, que les personnels ont dit « stop ». Avec des temps d’attente interminables, des patients qui passent la nuit dans des brancards à cause du manque de lits, les soignants ont depuis longtemps le sentiment que, dans de telles conditions, ils ne peuvent plus faire leur travail. Dans chaque service, ils et elles ont formulé des revendications propres, qu’on peut résumer globalement ainsi : plus de moyens, plus de personnel, l’embauche des contractuels, ainsi que des revendications salariales (ils dénoncent notamment les nuits majorées 80 centimes de l’heure).

Dès le départ, les grévistes de Lyon Sud ont eu le souci d’étendre leur mouvement. Alors qu’ils peinaient à toucher les autres services de leur hôpital, c’est surtout dans les services d’urgence des autres hôpitaux lyonnais qu’ils ont trouvé des relais, aidés en cela par des liens déjà existants entre collègues des différents hôpitaux, conscients de faire face aux mêmes types de problèmes. Difficile de se mobiliser à cause des assignations : service minimum oblige, les grévistes sont la plupart du temps contraints de continuer à travailler tout en s’affichant en grève, dans des services en 12 heures, en alternance jour/nuit… et cela les oblige à se réunir et se mobiliser sur leur temps de repos. Mais qu’importe, quand on est déterminé !

Construire la contagion

Autant de raisons de se coordonner entre hôpitaux en lutte. Dans presque toutes les assemblées générales de chaque hôpital, des grévistes d’autres hôpitaux sont présents pour échanger sur le mouvement. Des actions communes ont été organisées, devant la Direction générale des HCL, puis devant l’Agence régionale de santé (ARS). Les grévistes ont confectionné en commun affiches et banderoles qu’ils ont placées devant tous les hôpitaux mobilisés ainsi que dans des lieux publics, à la fois pour rendre visible leur mouvement et en réponse à la politique de certaines directions locales (notamment sur l’hôpital Édouard Herriot) qui faisaient arracher systématiquement toutes les banderoles. Le cortège hospitalier, très dynamique, a été remarqué dans la manifestation du 15 mars au côté des Ehpad et des retraités, ainsi que le 22 mars avec l’ensemble de la fonction publique, où ils ont fièrement pris la tête du cortège.

Le 3 avril, après un rassemblement devant l’ARS, ils étaient plusieurs dizaines d’hospitaliers à rejoindre la manifestation des cheminots. Pour le moment, les directions locales ne lâchent que des miettes : un poste d’aide-soignant « en essai » à Lyon Sud, quelques postes de brancardiers à Édouard Herriot … bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour que les services puissent tourner correctement ! À chaque entrevue, les responsables interpellés, directions, ARS, se renvoient la balle… si bien que de plus en plus de salariés sont conscients que c’est à l’échelle de tout le pays qu’il faudra faire pression.

De fait, les mobilisations se multiplient partout dans les hôpitaux. L’exemple de Lyon prouve qu’il est possible pour des grévistes de sortir de l’isolement en s’adressant aux autres et en menant des actions communes. Une expérience à généraliser : l’heure est bien à tenter de rassembler et coordonner toutes ces colères.

anti-k.org


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