Nicolas Hulot : "Je suis toujours debout"

mercredi 28 février 2018
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Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire s’exprime pour la première fois depuis l’article d’Ebdo et évoque, alors que le Salon de l’Agriculture s’ouvre, ses projets de la révolution verte. Ses traits sont tirés, les joues légèrement creusées, un voile de morosité obscurcit son regard. Trois semaines après la tempête soulevée par l’article d’Ebdo exhumant une ancienne plainte pour viol classée par la justice, Nicolas Hulot semble marqué mais conforté. "Je suis toujours debout", lance-t-il dans un sourire un peu forcé en nous accueillant dans son bureau. S’il prend soin d’éviter les manifestations publiques sans filet ("dans le détestable climat ambiant, il ne faut pas l’exposer n’importe comment", admet un proche), il ne veut rien abdiquer de ses ambitions écologiques. Propos recueillis par Sylvie Andreau, Hervé Gattegno et Arthur Nazaret.

Vous ne comptez pas vous rendre au Salon de l’Agriculture. N’avez-vous rien à dire aux agriculteurs ?

Bien sûr que si, mais je préfère dialoguer loin des regards et des caméras, c’est ma méthode. J’ai reçu tous les acteurs de la filière agricole et de l’alimentation, je me déplace sur le terrain, j’écoute, je prends du temps. Et puis mon engagement sur ces sujets ne se limite pas à la semaine du Salon de l’Agriculture. Pour la première fois, tout le monde regarde dans la même direction : les producteurs, les distributeurs, les consommateurs, les ONG. Chacun comprend que l’avenir de l’agriculture passe par l’écologie. C’est un alignement des planètes qui déplaît à certains, mais qui donne des raisons d’espérer.

C’est ce qu’a dit Emmanuel Macron aux jeunes agriculteurs, jeudi à l’Elysée ? Les a-t-il convaincus ?

Oui. C’était un discours de vérité, sans concession, qui assume pleinement que nous traversons un moment de remise en question et que nous devons transformer nos agricultures en faisant le pari de la qualité. Les jeunes agriculteurs le savent, j’ai vu de l’enthousiasme chez eux, même s’il y a des questions, et je crois qu’ils ont compris que l’État sera à leurs côtés pour réussir cette transformation qu’ils souhaitent autant que nous.

Vous et Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, vous êtes parfois opposés ; vous êtes réconciliés ?

Qu’il y ait des tensions, des frictions entre nos deux ministères, quoi de plus normal ? Par nos cultures, nos expériences, nous sommes différents. Et nos fonctions nous amènent à réagir différemment : je suis plus sensible aux enjeux de long terme ; lui est confronté à la pression du court terme et aux très fortes souffrances du monde agricole. Mais nous avançons ensemble.

Vraiment ?

Arrêtons d’opposer écologie et agriculture, ce temps-là est fini. La réforme de l’agriculture est un projet de société. Dans mon ministère, il n’y a pas d’ennemi du monde agricole. Au contraire : grâce aux États généraux de l’alimentation, nous sommes passés d’une situation de confrontation à un esprit de concertation.

Que peut apporter la transition écologique aux agriculteurs ?

Le modèle agricole dominant a rendu des services à la France, je ne l’oublie pas ; et je partage la tendresse des Français envers les agriculteurs. Mais les paramètres ont changé. Nous entrons dans une deuxième phase : celle de la révolution verte, et elle est passionnante. Les agriculteurs représentent déjà 20 % de la production d’énergies renouvelables en France – ils doivent en être fiers. La grande mutation est en marche, elle est irréversible. Elle va redonner de la dignité aux agriculteurs, de la sécurité aux consommateurs, et permettre à tous les citoyens d’accéder à une alimentation de qualité.

Vous voilà bien optimiste… En décembre, vous déploriez qu’au terme de la phase 1 des États généraux de l’alimentation, "le compte n’y soit pas". Qu’est-ce qui a changé ?

Personne ne reste figé. Regardez, les choses avancent : la FNSEA va nous présenter un plan pour en finir avec le glyphosate, les groupes de la grande distribution se lancent à fond dans le bio, les consommateurs veulent des produits de qualité et de proximité… Cela montre une détermination.

N’avez-vous pas quand même réduit vos ambitions ? Les ONG vous le reprochent…

Certainement pas sur les sujets liés à la santé et à l’environnement. J’ai été un militant ; maintenant, je suis en responsabilité. On me critique, mais moi, j’agis. Et je le fais avec des méthodes qui, me semble-t-il, sont fructueuses. Sur la sortie du glyphosate, par exemple, c’est la France qui a poussé l’Europe à accélérer.

Justement : en finir avec le glyphosate en trois ans, soit plus vite que les autres pays européens, est-ce réaliste ?

On est en train de recenser les alternatives qui existent et de leur donner les moyens de faire leurs preuves. Mais je ne suis pas buté et personne ne doit être enfermé dans une impasse : si dans un secteur particulier ou une zone géographique, certains agriculteurs ne sont pas prêts en trois ans, on envisagera des exceptions. Mais si on arrive à se passer du glyphosate à 95 %, on aura réussi. Regardez ce qui se passe dans le bio : des viticulteurs aux éleveurs, tout le monde s’y met. C’est une lame de fond citoyenne que plus personne ne peut ignorer.

Mais, pour les consommateurs, le bio reste très cher. Ne va-t-on pas vers une agriculture à deux vitesses ?

Les filières ne sont pas encore structurées mais ça vient : on va changer d’échelle, comme ça a été le cas pour les énergies renouvelables. Les études montrent que les gens sont prêts à dépenser plus dans un premier temps pour avoir une alimentation plus saine. Il faut le temps de la transition. Ensuite, l’équilibre se rétablira. Dès lors que les agriculteurs utiliseront moins d’intrants et moins d’énergie, et qu’ils seront mieux rémunérés, les coûts vont baisser. Donc les prix aussi.

En même temps, on supprime des aides pour le maintien de l’agriculture biologique. N’est-ce pas un contre-signal ?

Le mouvement est en marche. Parmi les agriculteurs qui se convertissent au bio, le taux d’échec est très faible – à peine 3 % font machine arrière, et la moitié d’entre eux parce qu’ils prennent leur retraite. Ce qui est vrai, c’est qu’il peut y avoir des vulnérabilités à prendre en compte. Pour anticiper cela, on pourrait réfléchir à la création d’un fonds assurantiel qui couvrirait certains risques et indemniserait des producteurs en difficulté. Mais attention : considérer que l’agriculture bio a vocation à être aidée durablement, c’est considérer qu’elle ne peut pas être rentable. Or elle va l’être ! Et d’autant plus si on rémunère mieux tous les services qu’elle rend par ailleurs. On investit dans la transition.

Vous avez annoncé un plan pour développer l’agriculture bio. Où en êtes-vous ?

Nous sommes à fond dessus, il sera prêt très vite, comme l’a dit le président de la République devant les jeunes agriculteurs. Après les États généraux de l’alimentation, ce sera une deuxième phase qui nous permettra de monter en puissance. L’objectif reste de consacrer au bio 15 % de la surface agricole utile en 2022. On va doubler la surface bio en quatre ans.

Quel rôle comptez-vous jouer dans les négociations sur la Politique Agricole Commune (PAC) ?

Je vais m’y impliquer complètement. Le budget de la PAC peut être un levier extraordinaire pour aller vers une alimentation de qualité. Si on l’utilise bien, on peut métamorphoser notre mode de production agricole en quelques années. Les agriculteurs sont au cœur de la transition écologique, ils produisent des énergies renouvelables, ils contribuent à stocker du carbone dans les sols, ils peuvent aider à la reconquête de la biodiversité – il faut les rémunérer pour cela. La PAC doit nous aider à retrouver notre souveraineté alimentaire en favorisant, par exemple, la production de protéines végétales.

Les agriculteurs sont hostiles au traité de libre-échange avec le Mercosur, qui permettrait d’importer 70.000 tonnes de viande bovine chaque année en Europe. Faut-il ratifier cet accord ?

En l’état, ce traité n’est pas acceptable. Il serait trop préjudiciable, notamment pour nos agriculteurs et la France a des lignes rouges très claires. Ça fait longtemps que je mets en garde sur les effets pervers que peuvent avoir ces traités de libre-échange. Pour le Ceta, nous avons défini un plan d’action et nous attendons des réponses de la Commission européenne pour apporter des garanties supplémentaires et, in fine, ce sera aux parlementaires de se prononcer.

Faut-il aller jusqu’à des formes de protectionnisme pour protéger nos produits de la concurrence de produits de moins bonne qualité ?

Ce n’est pas une question de nationalité, mais une question d’équité. Les traités de libre-échange tels qu’ils existent ne sont pas climato-­compatibles. On demande des efforts à nos agriculteurs et à nos industriels, mais ceux d’autres parties du monde s’exonèrent des contraintes liées au changement climatique quand leurs produits arrivent aux frontières de l’Europe. Il ne faut plus l’accepter. Les traités de libre-échange doivent devenir des traités de juste-échange.

Votre "plan loup" suscite des critiques de toute part. N’illustre-t-il pas votre difficulté à trouver des compromis entre l’idéal écologique (la préservation d’une espèce) et les intérêts agricoles (la protection des troupeaux) ?

Il est très facile de fustiger ce plan depuis un salon parisien ou une tribune médiatique. C’est faire abstraction de la réalité quotidienne des éleveurs. Moi, je suis obligé de mener de front la préservation de la faune sauvage et celle des troupeaux. Savoir qu’il faut éliminer des loups, ça m’arrache le cœur. Mais je comprends aussi la détresse de l’éleveur dont les brebis meurent au fond d’un ravin parce qu’elles ont été prises de panique. Il n’y a pas de solution miracle. Notre plan est équilibré – il ne s’agit ni de tuer tous les loups ni de n’en tuer aucun. Après des mois de concertation, nous sommes arrivés au moins mauvais des compromis.

(Illustration : Nicolas Hulot veut développer le bio. Reuters)

lejdd.fr


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Brèves

La prison à la fac de Nanterre !...

mardi 29 avril 2008

Le GENEPI
(Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées)
vous invite le 13 mai sur le campus de l’Université Paris X - Nanterre _ pour une grande journée d’action.

Projection du film de Thomas Lacoste
"Rétention de sûreté, une peine infinie"
13 mai, 10h, bâtiment B, amphi B2

Conférence ayant comme thème :
Les politiques pénales ,
avec la participation de M.Vion
(directeur de la Maison d’arrêt de Nanterre),
le syndicat de la magistrature, et le GENEPI
13 mai, 14h, bâtiment F, salle des actes (1er étage)

Représentation de la compagnie de Théâtre La Fabrique
avec sa pièce "Est-ce qu’on peut dire la prison"
Le 13 mai, 18h, à La ferme du bonheur, 220 Avenue
République (sur le campus de l’université)
Exposition photos de François Lecompte,
Le 13 mai, dans le hall de la bibliothèque universitaire
3 stands d’information
bâtiment F, bâtiment D, bâtiment C en extérieur

Venez Nombreux !
Daniel DERIOT

P.S. La fac de Nanterre est accessible en train
à partir de Saint-Lazare(10 minutes) et avec le RER A.