A. E. I. O. U.

lundi 12 février 2018
par  Raoul Marc Jennar
popularité : 1%

Par Raoul-Marc Jennar

Dans un document de 55 pages signé par Trump, les USA confirment leur volonté d’imposer leur leadership au monde et rejettent toute idée d’un monde multipolaire. Une nouvelle course aux armements est destinée à placer Washington en "position de force" dans toutes les situations. Ce monogramme utilisé par les empereurs de la branche autrichienne des Habsbourg résume la formule latine Austria Est Imperare Orbi Universo, il est de la mission de l’Autriche de dominer le monde. Il suffit de remplacer Austria par America et on trouvera la synthèse d’un document que vient de signer Donald Trump et qui s’intitule National Security Strategy of the United States of America - December 2017.

En 55 pages, les plus hautes autorités américaines confirment avec force leur volonté d’imposer à la planète entière leur leadership et par là même leur refus de s’inscrire dans un monde multipolaire qui réduit de fait leur sphère d’influence aux pays qui entendent demeurer leurs vassaux. La vision messianique du rôle prépondérant des États-Unis d’Amérique dans le monde demeure plus que jamais le credo de la politique étrangère américaine : « America will lead abroad » affirme le document. Puisque « American principles are a lasting force for good in the world » On ne pourrait pas mieux répéter, une nouvelle fois, que ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour le monde.

L’émergence d’autres puissances est perçue comme un défi, une menace pour les États-Unis, leurs alliés et leurs partenaires. Il ne peut y avoir sur la planète qu’une seule influence dominante, celle des USA. Le légitime développement d’autres pays qui les conduit à exercer un rôle déterminant dans les relations internationales est interprété dans ce document comme une menace pour la puissance, l’influence, les intérêts et donc la sécurité et la prospérité des USA. La Chine et la Russie sont désignés comme les plus grandes menaces auxquelles sont associés la Corée du Nord et l’Iran. Pour restaurer la suprématie US – "America first" ne signifie pas seulement d’abord l’Amérique, mais aussi "l’Amérique über alles" – le document établit la politique US sur quatre piliers : sécurité, domination économique et énergétique, augmentation de la force militaire, exaltation des valeurs américaines.

La sécurité d’abord

Le premier pilier vise à « protéger le peuple américain, la patrie et le style de vie américain ». Pour chacun de ces objectifs, le document annonce les actions prioritaires : renforcer le contrôle aux frontières et réformer le système d’immigration, protéger les infrastructures sensibles et poursuivre les cyber acteurs hostiles, mettre en place un système de défense anti missiles basé sur plusieurs niveaux de protection, poursuivre la menace jusqu’à sa source afin qu’elle ne puisse atteindre les frontières du pays.

Préserver la domination économique et énergétique

Le deuxième pilier consiste à promouvoir la prospérité de l’Amérique en rajeunissant l’économie, en insistant sur des accords commerciaux bilatéraux équilibrés qui prennent en compte les déséquilibres commerciaux et en renégociant les accords existants, en maintenant le leadership US dans le domaine de la recherche et des technologies en protégeant l’économie contre les concurrents qui acquièrent déloyalement la propriété intellectuelle, en stimulant la domination énergétique des USA et en combattant les projets qui contrarient la croissance énergétique.

La paix par la force

Le document considère que Chine, Russie, Corée du Nord, Iran et le terrorisme international constituent une menace globale pour les USA, leur alliés et leurs partenaires. Il s’agit donc de placer les États-Unis dans « une position de force » dans toutes les situations où ils sont en compétition avec les autres acteurs mondiaux en maintenant une suprématie militaire avec leurs alliés et partenaires. L’objectif est d’utiliser tous les « outils nationaux du pouvoir » (industries nationales d’armement et forces armées) afin de s’assurer qu’aucune région dans le monde ne soit dominée par un autre pouvoir. Tous les moyens seront renforcés et les alliés seront invités à partager le poids de la responsabilité de se protéger contre des menaces communes. C’est une nouvelle course aux armements que lance ainsi l’Amérique de Trump.

Promouvoir l’influence américaine

Les USA se présentent comme un modèle avancé de démocratie et de défense des Droits Humains fondamentaux admiré dans le monde entier. Ils se considèrent comme les leaders d’une communauté d’États démocratiques dévoués au bien de leur peuple grâce à une économie de marché libre, à un puissant secteur privé et à l’État de Droit. Ils offrent au reste du monde une alternative à la Chine et à la Russie dont les investissements publics créeraient un état de subordination. Washington usera des sanctions diplomatiques et d’autres moyens pour isoler les pays et les dirigeants dont les actions sont contraires aux valeurs américaines de liberté individuelle, de libre compétition, d’égalité devant la loi.

Le paravent des valeurs pour maintenir A.E.I.O.U.

Les idéaux mis en avant par le discours officiel américain sont infiniment respectables et tous les peuples du monde aspirent à ce qu’ils deviennent réalité. Mais la lucidité s’impose. Au nom des valeurs américaines, le gouvernement des USA a renversé des gouvernements démocratiquement élus qui protégeaient leur peuple contre les agissements des entreprises privées américaines. Au nom de la défense de la démocratie, le gouvernement des USA a soutenu les plus cruelles des dictatures en Amérique Latine et apporté son appui à l’Espagne de Franco, au Portugal de Salazar et à la Grèce des Colonels. Au nom de la défense de l’État de Droit, de la démocratie et des Droits de l’Homme, le gouvernement américain a violé le Droit international en envahissant et en détruisant des pays qui ne le menaçaient en aucune façon : plus de cinquante pays ont été victimes des USA depuis 1945 ; selon les travaux d’universitaires américains, depuis 1950, le nombre total de morts suite aux interventions ou occupations américaines dans le monde s’élève à 1,3 milliard. Dans beaucoup de cas, la justification des interventions américaines au nom des valeurs a caché la défense d’intérêts privés US. C’est ce que le document « National Security Strategy » signé par Trump appelle « protéger nos intérêts ».

Parmi les victimes de cette volonté américaine de dominer le monde, je ne citerai qu’un exemple : un petit pays, attaché à sa neutralité, soucieux de protéger l’intégrité de son territoire, connaissant un développant croissant, n’étant menacé par aucun mouvement extrémiste, n’ayant jamais attaqué aucun pays, n’étant en guerre avec aucun État, est devenu, parce que ses choix ne plaisaient pas à Washington, le pays le plus bombardé de toute l’histoire de l’humanité et le pays ayant subi la plus longue guerre chimique, ce qui a créé les conditions de la victoire des hommes de Pol Pot, l’extermination de plus de 2 millions des Cambodgiens et la disparition quasi complète des ressources humaines dont toute société a besoin. Entre 1970 et 1979, la population du Cambodge est passée de 8 à 4,5 millions, dont 600.000 ayant fui l’enfer qu’était devenu leur pays.

Et parce que les survivants ont été libérés de la tyrannie polpotiste par les Vietnamiens, les USA leur ont imposé le plus total des embargos, empêchant toute aide à la reconstruction et au développement. Pendant douze ans. Au nom des valeurs américaines.

Raoul Marc Jennar

blogs.mediapart.fr


Commentaires

Agenda

<<

2018

 

<<

Octobre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930311234
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois