Pauvre Carmen !

mercredi 31 janvier 2018
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Par André Bellon

La version de Carmen présentée par Leo Muscato à l’opéra de Florence n’est pas seulement une nouvelle facétie de metteur en scène qui cherche à se valoriser en détournant une œuvre célèbre, par exemple en transformant, début 2016, Cyrano de Bergerac, icone romantique, en chef d’hôpital psychiatrique. Sans être fanatique du mot à mot de tout texte, il faut quand même rappeler qu’une œuvre a son intégrité et que la réécriture est un détournement intellectuellement malfaisant.

Carmen est un personnage exceptionnel, épris de liberté, en quelque sorte un Don Juan féminin, alliant la même force, les mêmes mépris et le même destin tragique que son homologue masculin. Ce n’est pas un hasard si les deux personnages sont condamnés et meurent en criant « NON ». Don José n’est, pour sa part, qu’un individu falot, manipulé par Carmen et balloté dans l’ouragan d’un amour fou qui ne peut que le détruire.

En voulant faire de Carmen une femme battue parmi les autres, c’est toute la force du personnage qui disparait. Bien plus, le metteur en scène semble sous-entendre qu’une femme ne peut avoir pour identité que celle de femme battue. Que ces actes doivent être condamnés est évident et nécessaire. Mais vouloir être dans la tendance initiée par Hollywood qui a, heureusement enfin, découvert la lune, à savoir des pratiques qui y ont toujours existé - tout en oubliant d’évoquer les relations de pouvoir - n’est pas franchement audacieux. Limiter la place et le rôle des femmes par ce biais est pour le moins méprisant.

À imposer sur tous les sujets une lecture politiquement correcte, on n’est pas loin de la police de la pensée. Cela étant, en tant qu’admirateur de Mérimée et Bizet, je suis évidemment touché par cette attaque faite au patrimoine culturel français. Mais j’ai essayé de comprendre et de partager les motivations de nos amis italiens. Je propose donc que, lors de la prochaine représentation de Rigoletto, ce dernier ne soit plus un fou, ce qui stigmatise une minorité, mais une danseuse du Moulin Rouge (parité oblige). Je propose également que sa fille ne soit plus assassinée, ce qui est une violence faite aux femmes, mais soit une petite sœur des pauvres qu’on envisage de canoniser à la fin.

PS : Dernière nouvelle : il paraitrait que Carmen aurait été interdite en Australie parce que Carmen et ses camarades fabriquent des cigarettes. Quand la bêtise rejoint la correction sociale...

pouruneconstituante.fr


Commentaires

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Pauvre Carmen !
mercredi 31 janvier 2018 à 19h14 - par  Roland M___

On n’en finit pas des mises en scènes poubelles d’Opéra ou de pièces de théâtres classiques sous prétexte de modernité et d’originalités. Le seul motif est de ce faire remarquer et, de ce fait, avoir l’occasion de perpétuer leur forfait.
Don Juan avec des flingues et Dona Elvire à poil (Francis Huster)
Les Troyens de Berlioz avec des Kalachnikov,
Cela amène d’intéressant par rapport au texte ? Si l’on veut faire une parodie, il faut être intelligent.

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