"Les impôts vont baisser de 2 milliards d’euros en 2018" : l’enfumage de Bruno Le Maire

dimanche 28 janvier 2018
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Par Emmanuel Lévy et Thomas Vampouille

Dans une vidéo adressée ce mercredi 24 janvier à l’éditorialiste Éric Brunet sur Twitter, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire promet aux Français deux milliards de baisse d’impôts en 2018. Mais la méthode de calcul de Bercy est contestable à plusieurs titres…

"Les impôts vont bien baisser en 2018". Droit dans ses bottes, Bruno Le Maire a pris la peine ce mercredi 24 janvier de répondre, dans une courte vidéo sur Twitter, à l’éditorialiste de RMC Éric Brunet, qui avait interpellé l’exécutif avec cette question : "Est-ce que Macron nous a menti quand il nous a dit qu’il allait baisser les impôts ?". Et le ministre de l’Économie et des Finances de brandir ce chiffre à l’appui : "Ils vont baisser très précisément de 2 milliards d’euros" (et de "5,5 milliards d’euros en année pleine). [1] Ce qui est loin d’être établi… Explications.

La savante confusion entretenue par le gouvernement

D’abord, le gouvernement parle-t-il vraiment de baisse des impôts ou bien de hausse du pouvoir d’achat ? La différence peut paraître subtile mais elle est fondamentale : quand on parle de pouvoir d’achat, on prend en compte non seulement l’évolution des impôts, mais aussi celle des prestations sociales, du coût de la vie, voire des changements d’habitudes escomptés. Or, pour arriver à son calcul, le gouvernement a déjà admis, par la voix de son porte-parole Benjamin Griveaux le 20 décembre, tenir compte de changements de comportements qu’il espère. "La fiscalité indirecte sur le tabac et sur le diesel a pour vocation de changer les comportements", a ainsi détaillé le techno. Argument imparable : l’État augmente les taxes mais si les Français fument moins et bazardent leur voiture diesel, ils gagneront du pouvoir d’achat. CQFD. C’est comme si Bercy augmentait la TVA mais calculait que les Français feraient par conséquent moins de courses et que donc, ils gagneraient du pouvoir d’achat au bout du compte ! C’est donc déjà en pariant sur ces changements d’habitudes que l’exécutif promet aux Français 2 milliards de pouvoir d’achat en plus, puis 5,5 milliards l’an prochain en année pleine. En les faisant passer discretos pour des baisses nettes d’impôt... Abracadabra !

Le calcul bien moins optimiste de l’OFCE

Même sur le résultat de ses calculs, le gouvernement est contesté : trop optimistes. D’après ceux de l’OFCE, au contraire, les mesures du budget voté promettent de s’avérer dans leur ensemble "quasiment neutres sur le pouvoir d’achat global des ménages en moyenne en 2018". Concrètement, il s’agirait de 200 millions d’euros de hausse, autant dire pas grand-chose. En revanche, pour ce qui est des impôts, l’organisme table plutôt sur… une hausse nette de 1,6 milliard d’euros.

Deux milliards de baisse d’impôt, oui… mais pour les ultra-riches !

Autre chose que masque l’écran de fumée de Bruno Le Maire : les baisses de cotisations et de la taxe d’habitation dont il argue ne sont pas, comme il l’affirme, les "deux mesures principales" de la loi de Finances votée pour 2018. La plus grosse baisse d’impôt de l’année est ailleurs : c’est la transformation de l’impôt sur la fortune (ISF) en super taxe sur l’immobilier. Avec un chèque net de 3,2 milliards d’euros, ce dispositif est le plus puissant du budget. Mais il ne concerne que ceux qui le payent, c’est-à-dire les plus fortunés des Français, soit 1% seulement des ménages (environ 340.000 foyers). Fait amusant : dans un rapport que publiera justement ce jeudi le Conseil des prélèvements obligatoires, figure en annexe un rapport dit "particulier", commandé à une inspectrice générale des finances et à un économiste de France Stratégie. Les deux auteurs ont établi une intéressante décomposition de qui économise quoi parmi ces riches bienheureux. Un niveau de détail qui donne à voir qui sont les véritables gagnants. Et c’est là qu’on peut trouver 2 milliards d’euros de baisse nette d’impôt : c’est la galette partagée… entre 34.000 ménages anciennement soumis à l’impôt sur la fortune ! Soit 0,1% des Français.

Les plus attentifs auront noté que, curieusement, le ministre en a bien rabattu sur les chiffres brandis il y a à peine un mois par son propre gouvernement. À l’issue du Conseil des ministres du 20 décembre, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux promet en effet "une baisse d’impôt pour les ménages de 5,5 milliards d’euros pour 2018". Réponse à une note de l’Insee qui calcule que le budget 2018 va "augmenter les prélèvements obligatoires sur les ménages d’environ 4,5 milliards d’euros".

Le technicien de l’enfumage

Bruno Le Maire tient donc compte d’un élément passé sous silence par son collègue : les deux mesures qu’il cite, à savoir "la baisse de la taxe d’habitation et la baisse des charges et des cotisations sur les salaires", ne produiront pas leur plein effet cette année. Ainsi, la baisse des cotisations salariales est prévue en deux temps : -2,2 points depuis le 1er janvier, -0,75 à venir en octobre. Tandis qu’en face, l’augmentation parallèle d’1,7 point de la CSG, elle, est pleinement effective depuis le début de l’année. Quant à la baisse de la taxe d’habitation pour 80 % de ceux qui la paient, elle n’interviendra pas non plus avant la fin d’année. D’où cette précision de Bruno Le Maire dans sa vidéo : "2 milliards d’euros cette année" d’impôts en moins puis, "dès 2019, ce sera 5,5 milliards d’euros". En année pleine.

marianne.net


[15 milliards ou 2 milliards, faudrait savoir !


Commentaires

Logo de Roland M___
"Les impôts vont baisser de 2 milliards d’euros en 2018" : l’enfumage de Bruno Le Maire
dimanche 28 janvier 2018 à 10h09 - par  Roland M___

Baisser les impôts ! Baisser les impôts ! Baisser les impôts ! Mais pourquoi faire ? —> Antienne de droite pour détruire le "contrat social"

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