Un logo bien « lait »

dimanche 24 décembre 2017
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« Dans le cadre de son atelier Alimentation et petits budgets, la filière laitière vous propose un focus sur l’impact du Nutri-Score. » La ministre de la Santé venait à peine de signer l’acte de baptême instaurant un nouvel étiquetage nutritionnel à cinq couleurs, qui permet d’un coup d’œil de repérer les aliments bons ou mauvais pour la santé, que le Cerin, le Centre de recherche et d’informations nutritionnelles, le faux nez de l’industrie lactée, rameutait les journalistes pour un déjeuner débat de 2 heures 30 sur le sujet.

Au menu : « mieux comprendre en quoi le Nutri-Score risque de pénaliser »… devinez qui ? Les populations… « À budget modeste ». En clair, à cause de ce nouvel étiquetage plus limpide, les pauvres vont tout à coup se rendre compte et qu’ils n’ont pas assez d’oseille pour manger sain et que la plupart des aliments industriels pas chers sont signalés par un feu orange ou rouge parce que surchargés en mauvais gras, en sucre et en sel. Avec, pour servir cette soupe, un économiste sociologue de l’alimentation, un blogueur culinaire et une diététicienne maison…

Et le Cerin a prévu de remettre le couvert sur les méfaits de Nutri-Score le 18 janvier, lors d’un nouveau point presse. Si l’industrie laitière cogne à coups de louche sur ce logo cinq couleurs, c’est parce qu’elle compte parmi ses clients les principaux fabricants de desserts lactés, de crèmes glacées, de pâtisseries industrielles et de barres chocolatées. Prenez le groupe Mars, géant de la confiserie (Twix, Bounty, M&M’s…), avec un chiffre d’affaires annuel de 30 milliards de dollars, la quasi-totalité de ses produits soumis aux feux quincolores virent orange ou rouge, comme l’a montré la revue UFC-Que Choisir.

Mars et cinq autres multinationales de l’agroalimentaire, telles que Mondelez, Nestlé ou Unilever, ont d’ailleurs lancé leur propre logo, fondé sur une fumeuse approche par portion qui le rend indéchiffrable. Il faut dire que le ministère de la Santé a « oublié » dans son arrêté de rendre obligatoire l’étiquette Nutri-Score. Résultat : la guerre de l’étiquetage nutritionnel qui a commencé il y a plus de quatre ans se poursuit avec l’industrie laitière dans le rôle du coupe-jarret.

Pour que cesse le dénigrement, 20 sociétés savantes, des associations de consommateurs et des professionnels de la santé ont lancé, le 4 décembre, une pétition intitulée « Oui au Nutri-Score », qui a recueilli à ce jour, plus de 15 000 signatures. On peut toujours croire au Père Noël !

Le Canard Enchaîné N° 5069 du 20 décembre 2017


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