Quelque chose de Johnny

lundi 11 décembre 2017
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Par Anne Roumanoff

Johnny et ma voisine

– Mme Morel, la voisine du rez-de-chaussée, est décédée.
– Qu’est-ce que vous voulez… C’est triste, mais elle était malade depuis un petit moment, puis elle n’était plus toute jeune : 83 ans, elle n’est pas tombée de la poussette.
– Vous venez à son enterrement mardi matin ? J’ai peur qu’il n’y ait pas grand monde.
– Non merci ! Les enterrements, ça me fout le cafard. Excusez-moi, je dois vous laisser, je vais sur les Champs-Elysées pour Johnny.
– Vous n’allez pas à l’enterrement de Mme Morel que vous connaissiez bien, et vous vous déplacez pour Johnny ?
– Johnny, ça n’a rien à voir ! Johnny, c’était comme quelqu’un de la famille. Il a accompagné ma vie depuis cinquante ans.
– À l’enterrement de Mme Morel, vu qu’on sera moins de dix, votre présence sera importante. Pour Johnny, vous serez noyée dans la foule.
– On ne peut pas comparer. Johnny, c’était une star, une icône, un monument. Mme Morel, c’était… C’était…
– C’était juste un être humain.

Sociologiquement parlant

– Incroyable, cette ferveur populaire ! Cet homme avait le talent de transcender les clivages partisans, les générations et les classes sociales.
– D’accord, mais de là à le comparer à Victor Hugo… Gavroche à la rigueur, Jean Valjean si on veut, mais Victor Hugo, non. On en fait presque une divinité moderne. Quand on pense que Mozart a été jeté dans une fosse commune…
– Johnny était unique et ses obsèques ont été à son image, démesurées avec du rock, des beaux textes, des sourires, des larmes, des musiciens en cuir, des riches, des pauvres, des jolies femmes blondes, des acteurs au visage grave, des politiques en costume, des fans en blouson de jean, des familles frigorifiées, des bikers sur leur Harley… Pour une fois qu’il y a un sentiment d’unité nationale dans ce pays, on ne va pas commencer à chipoter. Si l’on réfléchit, quand est-ce la dernière fois que c’est arrivé ? Pour la Coupe du monde en 1998, pour Charlie en 2015… Personne n’a forcé les gens à venir. C’est la fameuse France invisible qui était là à se geler, depuis 6 heures du matin.
– Mais pourquoi lui ? Qu’est-ce qu’il avait de si incroyable ?
– Il aimait le public et le public l’aimait. On ne peut pas expliquer rationnellement ce lien d’amour, c’est le mystère des grandes stars.

Hommage national

– Maman, c’est quoi un fromage ?
– Un hommage, ma chérie, un hommage. On se réunit pour se souvenir de la personne qu’on a aimée.
– Moi j’aimerais bien te rendre un hommage, maman.
– Je ne suis pas morte, ma chérie.
– Maman, pourquoi on attend toujours que les gens soient morts pour leur dire à quel point on les aime ?
– Parce que c’est quand une personne n’est plus là qu’on s’aperçoit à quel point elle va nous manquer.

Sous l’œil des caméras

– Laeticia arrive, fais un gros plan. Vite, zoome ! Mince, elle a ses lunettes, on ne voit pas ses larmes.
– T’as chopé les gamines qui pleurent ?
– Oui, et j’ai aussi une photo de Sylvie qui embrasse Nathalie Baye.
– Quand même, quand t’y penses, cet homme aura vécu, chanté, il se sera marié, il aura aimé, souffert, et il est mort sous l’œil des caméras.
– Au moins, là où il est, il est tranquille, plus de paparazzi pour le poursuivre. J’espère que, de là-haut, toute cette démesure l’aura fait sourire.

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