Le test de la perdrix

mardi 14 novembre 2017
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« Pitoyable, pathétique et irresponsable. » Le patron de l’Union Nationale de l’Apiculture Française n’a pas mâché ses mots à l’égard de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, qui vient d’adouber le sulfoxaflor pour remplacer les néonicotinoïdes, ces insecticides « tueurs d’abeilles » dont l’interdiction totale sur le sol national est programmée en 2020.

La raison du courroux du patron des apiculteurs ? Le sulfoxaflor est déjà malvenu aux États-Unis, parce qu’il est classé là-bas parmi les… néonicotinoïdes. Faudrait savoir ! L’occasion pour Le Canard de remettre sur la table une étude injustement oubliée qui montre que les butineuses ne sont pas les seules à trinquer. Afin d’évaluer la dangerosité d’une substance, les toxicologues utilisent comme indicateur la dose médiane létale, ou « LD 50 » de son petit nom. En clair, la quantité de produit à partir de laquelle 50 % des cobayes servant aux tests tournent de l’œil.

En 2013, des chercheurs ont voulu savoir quelle était pour les vertébrés la LD 50 de l’imidaclopride, le néonicotinoïde le plus utilisé du monde, présent dans pas moins de 120 pays. Nos scientifiques ont pris 100 perdrix rouges et ont donné à becqueter à chacune 25 grammes de grains de blé enrobés d’imidaclopride, l’équivalent de leur ration quotidienne. Au bout de dix jours, ne survivaient à l’agonie que 42 % des pauvres bêtes. Le même test mené par une autre équipe sur des souris s’est révélé plus catastrophique encore : trois grains de maïs imbibés d’imidaclopride suffisent pour atteindre la LD 50.

Ça pique un peu quand on se souvient que l’un des arguments de vente des fabricants d’insecticides néonicotinoïdes était justement l’innocuité de leurs produits pour les vertébrés. Les scientifiques se sont mis en tête de quantifier l’hécatombe. Partant du principe qu’environ 1 % de graines se retrouvent en surface accessible aux granivores, un biologiste écossais a calculé qu’un seul hectare ensemencé avec des graines enrobées pouvait potentiellement envoyer ad patres 100 perdrix et 167 souris. Fâcheux alors que cette année encore, en France, 6 millions d’hectares ont été traités.

Au vu des effets sur la perdrix et sur la souris les toxicologues se font désormais du mouron pour un autre vertébré : l’homme. D’autant que des résidus de néonicotinoïdes on en retrouve dans 80 % des thés, 75 % des miels, 25 % des tomates… Après les perdrix, gaffe aux dindons de la farce !

(Illustration : La Perdrix rouge est une espèce d’oiseaux de la famille des phasianidés. Cette espèce est en voie de régression depuis le XIXème siècle et a localement disparu d’une partie de son aire naturelle de répartition.)

Le Canard Enchaîné N° 5062 du 1er novembre 2017


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