Pierre Rabhi : « Je veux aller à cette paix de légèreté et d’amour »

dimanche 12 novembre 2017
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La paix : utopie ou réalité ? Si chacun(e) de nous aspire à vivre en paix, quelles sont les pistes pour l’incarner et la partager ? Rencontre avec l’écrivain philosophe Pierre Rabhi. Entretien réalisé par Sabah Rahman.

Comment définiriez-vous la paix ?

La paix est un état magnifique où tout s’harmonise, pas seulement en nous, mais autour de nous. C’est un état exceptionnel qui part d’un être humain apaisé, pour rayonner hors de soi. Cette paix intérieure nous aide à nous connecter à quelque chose d’éternel. Malheureusement elle est difficile à atteindre car elle est détruite par la peur.

La peur de quoi ?

L’être humain est conscient qu’il est provisoire, qu’il mourra un jour. Il n’y a aucune dérogation à cela. Cette certitude liée à notre finitude ne peut pas amener la paix en nous-mêmes, elle engendre plutôt des tourments, des guerres et des violences (idéologiques, religieuses, etc.). Par conséquent comment établir la paix consciente de la mort ? Et finalement comment harmoniser notre réalité terrestre avec notre insignifiance ?

Oui justement, comment ?

Par le connais-toi toi-même de Socrate, car c’est l’origine. Le problème est que nous savons beaucoup de choses mais que nous nous ignorons nous-mêmes. C’est d’autant plus difficile que nous sommes toujours en train de juger l’autre et que nous ne sommes pas suffisamment dans l’intériorité pour observer comment nous fonctionnons. Nous héritons également de tout un passé par lequel nous sommes conditionnés. Ce conditionnement est tellement transmis de générations en générations qu’il en devient la norme. Tout le monde essaie de surnager là où il peut avec ses difficultés, ses souffrances. C’est pourquoi il faut toujours avoir de la compassion pour l’être humain. C’est très difficile pour chacun. Cela a été un peu mon expérience : ayant été musulman puis chrétien, j’avais beaucoup de mal à me sortir des contradictions internes. Élevé par des Européens chrétiens durant mon enfance, je suis passé de l’islam au christianisme en vivant très tôt certaines contradictions parfois tout à fait ordinaires. Comme par exemple d’un côté il ne faut pas boire de vin et ne pas manger de porc et de l’autre on se régale de vin et de porc. Or chacun revendique la vérité et déclare l’erreur chez l’autre, etc. D’où les frictions, les conflits, les malentendus… Dans ce contexte l’amour pacifié n’arrive pas à germer, fleurir et surgir.

Comment avez-vous pu dépasser ces contradictions pour accueillir la paix en vous ?

Je ne prétends pas que j’ai complètement acquis la paix. J’ai aussi des tourments. Mais ce que je sais c’est que la paix est une réalité à laquelle j’essaie de m’ouvrir, et en tant que petit être humain, il y a des jours où cela se passe bien et d’autres moins. Je veux aller à cette paix, vraiment, cette paix de légèreté, d’amour, j’y aspire avec toute mon énergie, mais pour y accéder : un jour on est debout et le lendemain on tombe, puis on se relève, on continue et ainsi de suite. Le chemin n’est pas forcément facile car nous avons aussi à nous libérer de tout ce qui nous a conditionné. C’est pour cela que j’aime beaucoup le philosophe indien Jiddu Krishnamurti parce qu’il est l’un des rares à avoir compris profondément la nécessité de l’être humain d’évoluer par lui-même, par l’éclairage et la lucidité qu’il acquière par lui-même, sans obéir à quoi que ce soit. Je reste aussi très attaché à la figure de Jésus, car pour lui l’amour est la seule énergie capable de changer les choses. Il ne s’agit pas de notre champ romantique, car l’amour inconditionnel est beaucoup plus grand que nos petites histoires de couple, c’est une énergie extrêmement importante qui agit partout, qui aime tout, les arbres, la nature, la vie… Or cet amour a été dénaturé, et celui-ci est à l’origine des guerres parce que l’on pense “j’aime mon pays donc je vais le défendre”. On n’a pas compris que l’amour est une énergie universelle qu’il nous est possible de refléter. C’est un peu comme la lune, on dit que s’il n’y avait pas le soleil on ne verrait pas la lune ni les étoiles, parce qu’elle reflète la lumière. Or au lieu d’aimer cette réalité, on la détruit par manque d’amour. Et tant que l’on n’aura pas aboli en nous-mêmes toutes les choses qui génèrent le tourment, je ne vois pas comment on peut restaurer la paix.

Le 21 septembre est célébrée comme la journée internationale de la paix. Que pensez-vous de cette démarche symbolique ?

C’est aussi un jour ou l’on va sans doute bombarder la Syrie ! C’est infantile : on cherche toujours à édulcorer les choses. On ne construit pas la paix simplement parce que l’on va la déclarer. Même si on peut décréter bien sûr des lois qui font que le vivre ensemble ne doit pas causer de préjudices aux autres. Dans ce cas on instaure une paix obligatoire. Mais lorsqu’on dit par exemple “Liberté-Égalité-Fraternité” : la liberté, il faut la construire, l’égalité aussi, et la fraternité ça ne se décrète pas. On ne peut pas obliger une personne à être fraternelle. C’est un sentiment d’amour qui émane de nous mêmes, des profondeurs. Aimer c’est très exigeant.

L’origine de la paix c’est finalement l’amour selon vous…

Bien entendu. La paix elle EST, l’amour EST. Et la paix commence par cette intériorité. La question est de savoir simplement si je m’ouvre à cela ou pas.

(Photo : ©Patrick Lazic)

kaizen-magazine.com


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La prison à la fac de Nanterre !...

mardi 29 avril 2008

Le GENEPI
(Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées)
vous invite le 13 mai sur le campus de l’Université Paris X - Nanterre _ pour une grande journée d’action.

Projection du film de Thomas Lacoste
"Rétention de sûreté, une peine infinie"
13 mai, 10h, bâtiment B, amphi B2

Conférence ayant comme thème :
Les politiques pénales ,
avec la participation de M.Vion
(directeur de la Maison d’arrêt de Nanterre),
le syndicat de la magistrature, et le GENEPI
13 mai, 14h, bâtiment F, salle des actes (1er étage)

Représentation de la compagnie de Théâtre La Fabrique
avec sa pièce "Est-ce qu’on peut dire la prison"
Le 13 mai, 18h, à La ferme du bonheur, 220 Avenue
République (sur le campus de l’université)
Exposition photos de François Lecompte,
Le 13 mai, dans le hall de la bibliothèque universitaire
3 stands d’information
bâtiment F, bâtiment D, bâtiment C en extérieur

Venez Nombreux !
Daniel DERIOT

P.S. La fac de Nanterre est accessible en train
à partir de Saint-Lazare(10 minutes) et avec le RER A.