Nationalisme et identité culturelle

Le cas de la Catalogne
mardi 10 octobre 2017
popularité : 1%

Par Patrick Mignard

Le Nationalisme est un poison social et politique. Fondé sur une réalité sociale telle la spécificité d’une culture, d’une langue, d’une histoire, il la détourne à des fins, de pouvoir, des fins mercantiles, des fins d’exclusion. L’Histoire nous apprend que le nationalisme est porteur de toutes les pires dérives et, jamais, en aucun cas, il n’apporte la paix, l’unité et la sérénité, au peuple qu’il manipule.

Cela dit… Une des richesses de l’humanité c’est la diversité des peuples qui la compose. Quoi de plus sinistre qu’une humanité où chaque individu ressemblerait à son voisin. Non seulement la diversité est à reconnaître mais elle est aussi à préserver. Tout le problème réside dans le système qui sous-tend ces différences. Hormis si le cadre totalitaire qui fige les différences en interdisant leur expression,… et, qui, une fois disparu, voit l’explosion des nationalismes dans leurs manifestations les plus destructrices (exemple : l’ex Yougoslavie, entre autres…), le cadre qu’offre le capitalisme, sous des aspects trompeurs de liberté, est loin d’éviter toute dérive. Au 20ème siècle, c’est bien le capitalisme qui par ses crises, ses contradictions, a permis l’émergence de nationalismes dont tout le monde connaît les conséquences.

Ce qui se joue en Espagne/Catalogne n’est qu’une répétition, à une autre échelle, de ces tragiques épisodes. Qu’il y ait une identité, une culture catalane, c’est une évidence. Mais que se joue-t-il dans cette revendication de l’indépendance ? Ne soyons pas naïfs ! Dans le cadre d’un système capitaliste, la reconnaissance par l’État d’une minorité n’a certainement pas pour fondement le respect des différences culturelles. Cette reconnaissance, même si elle est reconnue constitutionnellement (cas de la constitution espagnole), n’existe que si la minorité maintient une pression, voire un rapport de force avec l’État. En l’absence de ce rapport de force, c’est la disparition de la minorité en tant que telle et son assimilation (cas de la France).

Pourquoi ? Le capitalisme, est fondé sur la valorisation du capital. C’est son unique but. Toute l’organisation de l’État tend à créer les conditions sociales de cette valorisation. Dans un cadre, dit démocratique, contrairement à un système totalitaire, il est enclin à négocier, moduler, mais sans jamais perdre de vue l’objectif principal. Ceci est vrai dans tous les domaines, social, culturel, cultuel, écologique… La Catalogne ne fait, évidemment pas exception, d’autant plus qu’elle est la région la plus riche de la nation espagnole. La revendication de l’identité culturelle catalane n’est donc acceptable pour l’État espagnol que si elle est compatible avec le contrôle qu’il peut exercer sur cette région.

Il existe par ailleurs un « capitalisme catalan » qui a intérêts liés avec le reste de l’Espagne, mais aussi avec l’Europe, et il est bien certain qu’il ne sacrifiera pas ses intérêts pour une question d’« identité nationale ». La tendance actuelle à la délocalisation de banques, voire d’entreprises catalanes dans la perspective d’une indépendance exprime bien les craintes du capitalisme catalan. Qu’il existe en Catalogne, une classe politique, qui se verrait bien en totale autonomie par rapport au pouvoir central espagnol dans le cadre d’une indépendance est également évident… encore faut-il que ses intérêts, ses prétentions, ses aspirations soient compatibles avec les intérêts du monde des affaires catalan. Il est en fait probable que le résultat de ce qui va se joue hier, aujourd’hui et demain soit la résultante de ces conflits internes à la Catalogne entre un nationalisme rigide porté par une partie de la population et les politiciens locaux, et les intérêts capitalistes catalans

La « cerise sur le gâteau » de toute cette affaire est, bien sûr, l’attitude absurde, le 3 octobre – jour du référendum en Catalogne - du pouvoir central espagnol qui a agi avec une brutalité sans pareille et qui a certainement jeté dans les bras des indépendantistes, des catalans peu convaincus par l’autonomie de leur région. Le discours, tranché et partisan, du roi d’Espagne a fini par faire ressurgir dans les consciences, des images d’un passé espagnol qui peinent à s’estomper avec le temps. Le nationalisme n’est pas, et n’a jamais été, la réponse efficace au désir de défendre son identité culturelle, mais celui-ci surgit favorisé par un système d’organisation économique et sociale – le capitalisme – qui fait plus la part belle aux intérêts mercantiles et individuels qu’à l’intérêt général.

Le dialogue, sur des bases saines, est alors illusoire et stérile et tous les excès et aventures sont possibles. On sait comment commence le nationalisme,… on sait aussi comme ça se termine.

Patrick MIGNARD
Octobre 2017


Commentaires

Agenda

<<

2017

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Brèves

HLM, des locataires blindés

jeudi 2 décembre 2010

Plus de 50.000 familles parmi les plus riches de France bénéficient d’un logement HLM.

Fin 2007, quelque 53 000 familles parmi les plus fortunées de France étaient logées en HLM, selon des chiffres de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, révélés par La Tribune. (Mais ne vous précipitez pas sur le lien : l’article est payant bien sûr ! Ces gens-là ont investi le net seulement pour faire de l’argent) 37 000 familles logent en Ile-de-France, dont 18 000 à Paris, et 15 000 en province. Elles gagnent 11 200 euros par mois avec un enfant ou 13 500 euros par mois avec deux enfants.

bakchich.info