Enlever de l’espace public ces sans-abri que je ne saurais voir !

samedi 19 août 2017
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Par Astier Valentin

Un titre violent pour une vérité sociale violente. Mais pourquoi tant d’agressivité ? Depuis 20 ans, les dispositifs anti-sans-abri ont pris une ampleur dangereuse. Retour sur les « astuces » pour éloigner les personnes à la rue de l’espace public.

Dans les années 60, des politiques de prévention urbaine ont été instaurées aux États-Unis avec pour objectif de réduire les actes d’incivilité. Un courant de pensée venant tout droit de Chicago, théorisait l’idée que si il y avait un acte criminel, il y avait également un contexte qui l’a peut-être influencé. Depuis 40 ans, les gouvernements français successifs se sont inspirés de cette pensée, mais l’ont réduite seulement à la transformation de l’environnement. Des dispositifs se nommant « prévention situationnelle » qui consiste à construire un environnement plus sûr pour réduire le sentiment d’insécurité.

Aujourd’hui, ces politiques n’ont plus pour visée, la délinquance seulement, mais aussi les populations toxicomanes et les sans-abri. C’est sous le mandat de Valéry Giscard d’Estaing que le début de la prévention situationnelle commence. Elle sera amplifiée sous Mitterrand. Aujourd’hui, nombre de ces dispositifs ne sont plus appliqués pour préserver la sécurité mais pour occulter la pauvreté, la misère et la marginalisation. Pour les toxicomanes par exemple, la SNCF de Marseille avait pour projet de mettre en place un éclairage bleu pour les empêcher de trouver leurs veines et se piquer. Les sans-domicile-fixe font ainsi partie des premières victimes. D’ailleurs, certaines villes ne s’en cachent plus, appliquant de plus en plus d’arrêtés anti-mendicité.

En 2014 à Saint-Ouen, un bailleur social distribuait un tract dans lequel il menaçait les locataires d’expulsion, s’ils permettaient à certains sans-abri de dormir dans le hall de l’immeuble, ou encore s’ils leur offraient de la nourriture. Dans le métro parisien, on peut voir apparaître des bancs inclinés, des pics en métal ou même de puissantes lumières éloignant les SDF hors des stations. Selon L’association Survival Group

les Mairies jouent sur l’esthétique pour camoufler leur dispositif anti-sans-abri. À Argenteuil, les employés municipaux les repoussent avec des répulsifs nauséabonds. Des produits que l’on utilise sur les insectes, notamment pour faire fuir les mouches et les moustiques. Dans les environs d’Angoulême, des grillages ont été installés autour des bancs. Au total, neuf ont été grillagés au centre-ville à la veille de Noël.

Je pourrais continuer encore longtemps comme cela. Des milliers de dispositifs anti-sans-abri installés depuis plusieurs décennies. Pour terminer, il est bon de savoir que la mendicité n’est plus considérée comme un délit depuis 1994. Auparavant, elle était passible d’une peine de prison. Aujourd’hui, elle est autorisée à condition qu’elle ne porte pas atteinte à l’ordre public.

Astier Valentin

blogs.mediapart.fr


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