Du beurre dans les épinards et du Fipronil dans les oeufs

vendredi 11 août 2017
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Par Jean-Luc Gasnier

Sans doute par souci de rentabilité, histoire de mettre du beurre dans les épinards, des sociétés faisant commerce de la désinfection des bâtiments d’élevage ont utilisé des méthodes proscrites et ont finalement trouvé le moyen de mettre du Fipronil dans les œufs.


Le Fipronil est une molécule, qui présente des propriétés insecticides et acaricides, utilisée fréquemment, en tant que substance active dans des produits à usage vétérinaire, mais strictement interdite chez les animaux destinés à la consommation humaine ; on la trouve donc en principe plus fréquemment sur le poil de nos animaux de compagnie que dans nos préparations culinaires. Mais l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) se veut rassurante : le produit est « modérément toxique ». Et les médias, paroles d’expert à l’appui, afin de calmer les esprits, font un peu de pédagogie pratique, aisément accessible : ainsi, selon la station de radio « France-Info », citée par le Huffington Post « il faudrait en effet qu’un adulte mange entre 7 et 15 œufs contaminés par jour pour qu’il en subisse les effets négatifs, à savoir des vertiges, des nausées ou des vomissements ». Le professeur de toxicologie Alfred Bernard, de l’université catholique de Louvain, également cité dans l’article du Huffington Post (ici), achève de nous sécuriser : « les cas mortels sont rarissimes. Peut-être un cas en 30 ans. Il faut vraiment des doses massives, de l’ordre pratiquement d’un demi-gramme. Dans un œuf, vous avez 10.000 à 100.000 fois moins ».

Consommez donc tranquilles, braves gens...

Certes, mais les doses gargantuesques d’œufs contaminés au Fipronil qu’il nous faudrait soi-disant ingérer pour mettre notre santé en danger sont les doses liées à la toxicité aigüe du Fipronil, c’est-à-dire correspondant à l’ingestion de la molécule incriminée en une seule prise. Or, nous ne mangeons pas des œufs une seule fois dans notre vie (et pas dans des proportions phénoménales) mais, au contraire, nous en consommons quasiment quotidiennement sous différentes formes et dans beaucoup de produits dérivés. Dans le domaine de l’alimentation, bien plus que la toxicité aigüe, c’est la toxicité chronique qu’il est nécessaire de prendre en compte afin de mesurer les effets d’un produit sur la santé humaine. La toxicité chronique tente d’apprécier les doses à partir desquelles des effets cancérogènes, mutagènes ou autres vont apparaître si l’on absorbe de façon répétée, sur une longue période, la molécule testée. Les cancers, les maladies dégénératives, les stérilités apparaissent généralement après une période d’exposition importante au produit.

Et dans le cas du Fipronil ainsi que l’attestent des documents de l’Afssa (lire ici) les doses liées à la toxicité chronique sont beaucoup plus faibles que celles de la toxicité aigüe. Compte tenu de tous les effets délétères de cette molécule et notamment de son rôle soupçonné en tant que perturbateur endocrinien la DJA (Dose journalière admissible) du Fipronil a été fixée à 0,0002 mg/kg/j (à la page 27 du document) ce qui signifie qu’un homme de 75 kgs ne peut absorber plus de 0,015 mg de Fipronil (0,0002 x75) provenant de ses aliments et de ses boissons sans courir un risque pour sa santé ! On est très, très loin du demi-gramme évoqué par le professeur Bernard ! Aujourd’hui, les autorités sanitaires semblent bien en peine de tracer le Fipronil introduit dans la chaîne alimentaire mais, comme d’habitude et a posteriori, renforcent les contrôles. Le discours volontiers lénifiant de la plupart des médias sur l’absence de réelle dangerosité du Fipronil masque donc des réalités inquiétantes : le dévoiement de l’élevage industriel, l’extraordinaire imbrication et complexité des circuits de l’agro-industrie, et l’absence de contrôles efficaces susceptibles de prévenir la contamination de nos aliments par des molécules dont les effets toxiques ne se révèleront que sur le long terme.

Dans les grands chaudrons des industriels de l’alimentation, on trouve des ingrédients venus des quatre coins de la planète, au détriment de l’environnement, de la traçabilité, et de la sécurité alimentaire. Ce cocktail permet d’abaisser les coûts de fabrication et d’optimiser les bénéfices des sociétés ; il met du beurre dans les épinards pour les actionnaires mais, pour les consommateurs, il commence à sentir furieusement la merde !

blogs.mediapart.fr


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