Les carottes sont cuites pour le bio

jeudi 10 août 2017
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« J’ai personnellement à cœur que l’agriculture bio soit beaucoup mieux dotée. Rendez-vous aux États généraux de l’alimentation. Je veux rassurer ceux qui s’inquiètent : c’est une de mes priorités ». Ce 2 août sur les ondes, Nicolas Hulot, notre ministre de la Transition écologique, faisait preuve d’un indécrottable optimisme. D’autant que la France venait, six jours plus tôt, de rater une occasion en or de doper sa filière bio.

Une fois n’est pas coutume, Bruxelles avait donné son feu vert. On allait pouvoir transvaser chaque année 900 millions d’euros d’aides européennes de la PAC, la politique agricole commune, jusqu’alors réservées à l’agriculture intensive dans le panier des petits paysans et vers tous ceux qui font du bio. Sauf que Stéphane Travert, notre ministre de l’Agriculture, n’a finalement réaffecté que 60 % de la somme. L’essentiel étant dévolu à la survie de l’agriculture de montagne, il ne restera pour le bio que des queues de cerise. N’en déplaise à Hulot, il est peu probable que les États généraux de l’alimentation, ce grand raout voulu par le candidat Macron pour favoriser « une agriculture plus saine et plus durable », nous enlèvent définitivement de l’assiette les résidus de pesticides.

Faute d’oseille, finies les « aides au maintien », ce coup de pouce financier qui permettait aux agriculteurs reconvertis dans le bio de tenir le temps de devenir rentables. En effet, celui qui décide de lâcher le pulvérisateur et le sac d’engrais chimiques voit d’abord ses rendements chuter de 50 %. Alors qu’il lui faut patienter deux ans – le temps que ses champs se refassent une santé – avant de pouvoir estampiller « agriculture biologique » les tomates ou les salades qu’il veut vendre. Tout ça alors que la demande a fait un bond de 20 % l’an dernier, les consommateurs en ayant acheté pour 7 milliards d’euros. Et, c’est bête comme chou, faute d’avoir suffisamment d’agriculteurs bio, la France ne produit que la moitié de ce qu’elle consomme.

Il y a dix ans, lors du Grenelle de l’environnement, l’État promettait 20 % des surfaces agricoles sans pesticides en 2020. Le nouveau ministre de l’Agriculture vient d’annoncer que ce serait finalement seulement 8 % en 2021 ! En fait, les 32 254 producteurs bio ne pèsent pas lourd face au lobby céréalier et à ses 54 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. « Jusqu’au bout, la filière blé et maïs, première bénéficiaire des 9 Milliards d’euros d’aides de la PAC, a fait un immense lobbying à Matignon pour que le bio n’ait droit qu’aux miettes du gâteau », déplore-t-on chez notre ministre de la Transition Écologique.

Cela va-t-il gâcher les vacances de monsieur Hulot ?...

Le Canard Enchaîné N° 5050 du 9 août 2017


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