L’islam en prison

de Daniel Deriot
mercredi 12 septembre 2007
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Le ramadan débute cette année le 13 septembre ; les musulmans pratiquants, pour certains respectent le jeûne diurne durant cette période, d’autres ont une pratique moins stricte. Quoi qu’il en soit, ce moment particulier de la pratique de l’islam est l’occasion de réfléchir à la place que prend la religion, et cette religion en particulier, en prison.

La religion a longtemps joué, et joue encore, un rôle important en prison. D’abord, parce que la notion d’amendement, associée qu’on le veuille ou non à la peine de prison, est souvent centrale dans les religions. Punir consiste à rappeler la loi, à protéger la société, et à " faire changer la personne ", comme le rappelle le conseil constitutionnel, dans sa décision du 20 janvier 1994, saisi le 23 décembre 1993, sur la constitutionnalité de la loi instituant une peine incompressible, et relative au nouveau code pénal et à certaines dispositions de procédure pénale : " Considérant que l’exécution des peines privatives de liberté en matière correctionnelle et criminelle a été conçue, non seulement pour protéger la société et assurer la punition du condamné, mais aussi pour favoriser l’amendement de celui-ci et préparer son éventuelle réinsertion ". Or, les religions font de l’amendement un axe important de leur enseignement.

Ensuite, la rupture, inhérente à l’incarcération, est favorable à la spiritualité. Ainsi, nombre de personnes se tournent vers la religion au moment de leur incarcération. Il ne s’agit pas de décrire une telle pratique comme "une foi de circonstance", qui ne serait pas sincère, mais seulement de souligner que certaines circonstances sont plus propices que d’autres à l’instauration d’un lien spirituel.

Parmi les différentes religions, l’islam tient une place particulière en prison.

D’abord parce qu’elle compte beaucoup d’adeptes, alors même que le nombre d’aumôniers musulmans en prison est faible (comme dans le milieu libre d’ailleurs). Il n’existe pas de statistiques officielles qui distingueraient les personnes selon leur confession (comme cela était le cas jusqu’en 1911), mais il est généralement admis que dans certaines maisons d’arrêt, la proportion de personnes de confession musulmane varie entre 50% et 80%. A contrario, il y a seulement 70 aumôniers musulmans sur 900 aumôniers toutes confessions confondues (chiffres donnés par Pascal Clément, garde des Sceaux, dans son discours au Sénat sur le projet de loi de Finances 2007).

Ensuite, la place particulière que tient l’islam en prison est liée aux conditions mêmes de sa pratique. Sans parler d’inégalités manifestes, il est à noter que la trop faible présence d’aumôniers musulmans conduit parfois à une interdiction de la prière collective du vendredi, faute d’encadrement. Par ailleurs, les produits alimentaires qu’il est possible de cantiner ne sont pas nécessairement en conformité avec les préceptes religieux (à l’exception des établissements des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle, sous régime concordataire). Le fait de ne pas pouvoir recevoir de colis au moment de l’Aïd peut également être vécu comme injuste alors que cela est possible à certains moments pour d’autres religions, notamment en fin d’année ; certes, le colis de fin d’année n’est plus associé à Noël, mais il n’en demeure pas moins qu’il coïncide avec cette fête, dont l’origine est chrétienne. Enfin, l’islam, d’une certaine façon, fait peur car la confusion est souvent faite avec les courants intégristes, ce qui n’est pas anodin car la peur d’un mouvement, quel qu’il soit, est notamment source de comportements agressifs, voire racistes. L’intégrisme musulman trouve sans doute en prison un terrain propice à son développement, car le combat idéologique qu’il représente peut parfois se substituer à la résolution de souffrances individuelles ; ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas, parmi les musulmans qui sont incarcérés, de nombreux modérés.

La religion occupe en prison une place particulière car il s’y trouve des personnes que leur situation peut rendre plus réceptives à la spiritualité. Dans ces conditions, il convient de trouver le juste équilibre entre, présenter la spiritualité en tant que telle ou en tant qu’elle peut sans doute soulager certaines souffrances et, ne jamais exploiter la fragilité des personnes pour imposer cette spiritualité. S’agissant de l’islam, et compte tenu du nombre de personnes potentiellement concernées, rendre possible la pratique de cette religion, dans des conditions satisfaisantes, est primordial. La laïcité est un principe fondateur de la république ; mais, cela suppose implicitement d’offrir la liberté de culte aux personnes, dans le respect des choix individuels, moyen évident pour éviter la radicalisation de certains mouvements ; moyen évident également pour limiter les réactions hostiles, dûes à l’ignorance, à partir du moment où la pratique que la religion n’est plus apparentée à une activité presque clandestine.

Source : Ban Public


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Malgré le visa délivré par l’ambassade de France en Israël et les certificats attestant que son voyage était pris en charge par l’AFP et la ville de Bayeux, il n’a pas été autorisé par les autorités israéliennes à quitter la bande de Gaza où il réside.

R.B. for NouvelObs